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Le bilinguisme dans le milieu du travail poursuit sa croissance

Les seuls motifs valables pour qu’un employeur exige la connaissance d’une autre langue devraient être liés aux relations à l’extérieur du Québec.

MQF – 07/12/2017

La proportion des personnes qui travaillent surtout en français a diminué en 10 ans.

C’est une tendance connue qui s’impose encore plus nettement : au Québec, le recours au bilinguisme en milieu de travail poursuit sa croissance, alors que la proportion de travailleurs qui travaillent surtout en français diminue. Est-ce à dire que le français recule ? Les avis divergent.

Dans le dernier grand bloc de données tirées du recensement 2016, Statistique Canada révélait mercredi que 79,7 % des travailleurs québécois utilisent le français de façon « prédominante » au boulot. Or, il y a dix ans, c’était 82 %. L’anglais comme langue prédominante de travail est également en baisse (de 12,4 % à 12 %).

Le corollaire, c’est qu’au lieu de parler surtout français ou anglais au travail, de plus en plus de Québécois parlent les deux langues « à égalité ». Ils sont donc maintenant 7,2 % à travailler à la fois en anglais et en français, une hausse de 2,6 points de pourcentage depuis le recensement de 2006.

Dans la région de Montréal, épicentre de la question linguistique au Québec, la proportion de ceux qui parlent uniquement ou surtout français (ce qui revient à le parler de façon prédominante) est passée de 72,2 % à 69,6 % en une décennie. L’anglais comme langue prédominante a enregistré une baisse d’un point (17,9 %). Le bilinguisme anglais-français représente ainsi le quotidien de 11,2 % des travailleurs montréalais.

« Le portrait est complexe, note Jean-Pierre Corbeil, coauteur du rapport de Statistique Canada. Oui, le phénomène du bilinguisme au travail semble se poursuivre. Mais quand on regarde l’utilisation au moins régulière du français au travail, c’est stable à 94 %. On note aussi que les allophones utilisent moins l’anglais comme langue prédominante au travail, et que ça se fait au profit du français… »

Avec une méthodologie différente, Statistique Canada arrive sensiblement aux mêmes résultats que l’Office québécois de la langue française (OQLF) quand il s’agit de dresser le portrait de l’état du français au travail. La semaine dernière, l’OQLF publiait une étude qui disait notamment que 89 % des Québécois travaillaient principalement en français, et que l’usage du français au travail a progressé chez les allophones.

« Il y a de petits écarts liés à nos méthodes, mais les résultats convergent », observe M. Corbeil. Le porte-parole de l’OQLF, Jean-Pierre Le Blanc, utilisait les mêmes mots plus tard en journée. « Les deux enquêtes sont cohérentes, dit-il. Dans l’ensemble, la vaste majorité des gens continuent à travailler en français, mais il y a cette tendance au bilinguisme qui est liée à la mondialisation et à la transformation [de la réalité] de certains secteurs d’activités. Il faut en ce sens demeurer vigilant. »

Chercheur et président de l’Association d’études canadiennes, Jack Jedwab estime dans la foulée qu’il n’y a « rien de dramatique » dans les données de Statistique Canada. « On parle d’un léger changement. Mais souvent, on porte plus d’attention à la tendance qu’à l’importance de la tendance… À mon sens, dans une situation de mondialisation et dans le contexte nord-américain qui est le nôtre, je ne pense pas qu’on devrait être surpris ou inquiété des résultats. »

Soulignant que le recensement a aussi montré une augmentation du taux de bilinguisme chez les Québécois, M. Jedwab fait valoir qu’il « y a une mixité qui s’installe, et qui a tendance à remplacer la prédominance » du français. Normal, dans ces circonstances, que le milieu du travail reflète cette réalité, dit-il.

Rien de neuf pour Couillard

À Québec, le premier ministre Couillard a noté que « l’utilisation du français au travail dans toutes les catégories [peu importe la fréquence de son utilisation] est restée exactement la même entre 2006 et 2016, soit 94 % ».

« Il y a des gens qui parlent le français et d’autres langues au travail, a mis en relief M. Couillard. Il ne faut pas s’en surprendre, et ça m’apparaît quelque chose à quoi on doit s’attendre, compte tenu du profil de la population québécoise, et notamment à Montréal. »

M. Couillard a aussi tenu à relever que « de plus en plus de travailleurs de langue maternelle anglaise ou tierce utilisent le français. Ça a augmenté chez les anglophones, ça a augmenté considérablement chez [les allophones]. »

Le premier ministre a rappelé qu’il « faut continuer d’être vigilants », mais il a ajouté que « dépeindre la situation comme une catastrophe ou une crise, ce n’est absolument pas conforme à la réalité ».

La pointe s’adressait au chef de l’opposition, Jean-François Lisée, qui a qualifié M. Couillard de « jovialiste linguistique ». Selon M. Lisée, l’attitude passive du gouvernement libéral dans le dossier du français au travail travestit l’esprit de la loi 101. « Camille Laurin [le père de la Loi] disait « langue usuelle et habituelle de travail, sauf exception ». Le premier ministre, lui, dit : l’exception doit être la règle. »

Le directeur général du Mouvement Québec français, Éric Bouchard, s’inquiète lui aussi des données dévoilées mercredi. « C’est extrêmement négatif quand on sort des pourcentages et qu’on regarde les chiffres absolus, soutient-il. Il y a 73 000 personnes de moins qui parlent le français de façon prédominante. Je ne sais pas comment on peut voir le verre à moitié plein dans ces conditions. »

M. Bouchard estime que « les progrès dans un petit secteur [les données sur les allophones, par exemple] ne peuvent pas contrebalancer le recul global » que le rapport de Statistique Canada révèle, selon lui.

Les données de l’agence fédérale montrent par ailleurs que l’utilisation des langues tierces (autres que le français et l’anglais) au travail au Canada est demeurée stable, à près de 5 %. Au Canada hors Québec, près de 98,6 % des travailleurs utilisent l’anglais sur une base régulière — là aussi, c’est stable.

30/11/2017 – BOURGAULT-CÔTÉ, Guillaume

 

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