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Dossier – La loi 101 au collégial

 

OBJECTIF : Sensibiliser les partis politiques et autres acteurs sociaux afin que leurs actions politiques favorisent l’application de la loi 101 au collégial

 

  • La problématique
  • Angliciser en amont
  • Une formule gagnante 
En 2011, l’ex-député de Borduas, Pierre Curzi, rendait public une étude exhaustive expliquant pourquoi le refus d’étendre l’application de la loi 101 au collégial favorisait l’anglicisation du monde du travail. L’étude de Curzi se basait sur celle de l’Institut de recherche sur le français en Amérique et sur les données de l’enquête sur les ménages de Statistique Canada. En somme, parmi les jeunes ayant déjà fait le saut du secondaire français au cégep anglais, ceux qui souhaitent poursuivre leurs études choisiront presque systématiquement l’université anglaise. Aussi, dans la plupart des cas, leur langue de travail sera l’anglais.

Plus précisément, 50% des francophones ayant fait leurs études postsecondaires en anglais travailleront en anglais. En comparaison, 95% de ceux ayant étudié en français gagneront leur vie par la suite dans la langue de Boucar Diouf.

Chez les allophones, 75% de ceux ayant complété leurs études postsecondaires en anglais travailleront dans cette langue une fois sur le marché du travail. Or, c’est l’exact opposé dans le cas des finissants allophones d’un cégep francophone, la vaste majorité optant pour un emploi en français, sans compter leurs habitudes de consommation qui tendront à favoriser davantage la culture francophone. N’est-ce pas là une preuve amplement suffisante de l’efficacité du cégep français comme lieu par excellence de l’intégration à la langue française et à la culture québécoise?

Ceux qui refusent d’appliquer la loi 101 au collégial  ne voient pas le lien de cause à effet avec sous-financement de nos universités de langue française et les pertes d’effectifs essuyées par le réseau collégial francophone. 4000 étudiants par année, ce n’est pas rien. Cela représente une cohorte (deux ans et demi) de 10 000 étudiants qui viennent grossir les effectifs des cégeps de langue anglaise au détriment des cégeps francophones. Au Québec, alors que la communauté anglophone forme seulement 8% de la population, 23% des cégépiens qui suivent la formation pré-universitaire choisissent de le faire en anglais. Par ailleurs, les universités de langue anglaise attirent plus de 21% de tous les étudiants formés au primaire et au secondaire. Puisque le financement se révèle directement lié au nombre d’étudiants, les universités de langue française s’en trouvent donc grandement désavantagées.

Il faut sortir de ce cul-de-sac institutionnel et linguistique. La mesure phare, c’est la loi 101 au cégep. Cela fait des décennies qu’on en parle, mais qu’on refuse d’agir. Imaginez tous les emplois directs et indirects qui s’exerceraient en langue française si tous ces étudiants, plutôt que de migrer vers le réseau anglophone, fréquentaient nos institutions postsecondaires francophones. Tout en respectant scrupuleusement les droits de la minorité historique anglophone, nous participerions ainsi à faire de Montréal, une ville véritablement de langue commune française, à l’instar de Toronto, ville anglaise où, tout naturellement, on forme les étudiants en anglais pour qu’ils travaillent ensuite… en anglais.

Empêcher les jeunes d’apprendre l’anglais?

Bien que les données justifiaient en 2011 d’étendre les dispositions de la Charte de la langue française (CLF) au collégial, il subsistait une réticence quant à l’idée d’empêcher l’apprentissage de l’anglais à de jeunes adultes. Le Comité des jeunes du PQ (CNJPQ) comprenait bien la pertinence de la mesure, mais cherchait à voir de quelle façon ce pas en avant ne serait pas perçu chez la jeunesse comme une fermeture au monde et aux possibilités d’emploi accrues qu’offre la connaissance d’une seconde ou d’une troisième langue. L’équipe du bureau du député de Borduas et le CNJPQ se sont mis en mode créativité et ont proposé de développer des créneaux d’excellence linguistique dans différents cégeps de langue française où tous pourraient suivre des cours de langue seconde dans le cadre du bloc des cours complémentaires. Ainsi, pour les étudiants ne maîtrisant pas suffisamment l’anglais, ces cours s’ajouteraient aux trois cours déjà prévus dans le bloc des cours obligatoires. Pour les autres, l’apprentissage d’une troisième langue devenait possible. De plus, certains cégeps en perte d’effectifs auraient pu attirer les jeunes des grands centres avec une spécialisation en espagnol ou en mandarin. La formule était gagnante pour tous et c’est pourquoi la mesure a été adoptée à la quasi-unanimité au Congrès de 2011.

Brimer la liberté de choix ?

Certes, de la même manière qu’à l’égard des cégépiens, on peut prétendre que l’application de la CLF au primaire et au secondaire brime le «droit individuel» et la «liberté de choix» de parents adultes. Mais, rappelons-nous que ce qui était inacceptable en 1977 pour plusieurs est devenu une norme largement acceptée aujourd’hui. Dans un autre ordre d’idées, personne ne s’offusque à ce que l’on interdise complètement la consommation d’alcool chez les jeunes adultes qui prennent la route alors que l’on permet aux adultes plus vieux d’avoir un taux de 0.079% au volant? On brime les adultes qui veulent rouler rapidement sur les routes en leur donnant des amendes salées, en leur enlevant des points d’inaptitude et leur faisant payer plus cher leur assurance. Parlez-en particulièrement aux motocyclistes ! Après tout, c’est un choix personnel de rouler à 180 km/h sur sa moto… La rhétorique de l’adulte libre de choisir ne tenant plus, il n’y a donc rien qui justifie de ne pas appliquer la Charte de la langue française au collégial!

 

EN COMPLÉMENT

 

ÉTUDES ET ENQUÊTES

ÉTUDES ET ENQUÊTES

DÉPLACEMENTS LINGUISTIQUES PARMI LES NOUVEAUX INSCRITS (GRAPHIQUES)

DÉPLACEMENTS LINGUISTIQUES PARMI LES NOUVEAUX INSCRITS (GRAPHIQUES)

De 1981-1990 à 2001-2010, les nouvelles inscriptions de francophones au cégep anglais progressent régulièrement. Par comparaison, celles des anglophones au cégep français ne font pas le poids. Elles étaient d’ailleurs plus fréquentes dans les années 1980 que dans les années 2000. ─ CASTONGUAY, Charles. Le français langue commune : Projet inachevé. Les Éditions du Renouveau québécois, 2013, pages 96-97.

[…], le nombre de nouveaux inscrits allophones au cégep anglais se maintient, tandis que celui des nouveaux inscrits allophones au cégep français augmente suffisamment pour compenser la croissance des nouveaux inscrits francophones au cégeps anglais. ─ CASTONGUAY, Charles. Le français langue commune : Projet inachevé. Les Éditions du Renouveau québécois, 2013, page 97.

[…], le régime de libre choix a profité au cégep anglais à hauteur de 120 000 nouveaux inscrits, contre 10 000 au cégep français. Voilà le bilan global, en chiffres réels, de trente ans de laisser-faire. ─ CASTONGUAY, Charles. Le français langue commune : Projet inachevé. Les Éditions du Renouveau québécois, 2013, page 97.

Le libre choix au cégep revient ainsi à financer l’anglicisation d’une part importante de l’élite québécoise de demain. Alors, rien ne presse, vraiment ? On laisse filer une autre décennie ? La loi 101 n’est pas mesquine. Elle reconnaît à de nombreux francophones et allophones le droit de fréquenter l’école anglaise. Appliquée au collégial, la loi 101 ferait preuve d’une même générosité. Tout comme le fait actuellement l’école anglaise, le cégep anglais continuerait ainsi à tirer des déplacements linguistiques un gain net appréciable. Cependant, […] le cégep français en tirerait un gain net conforme au statut majoritaire des francophones et à leur volonté de faire du français la langue commune du Québec. ─ CASTONGUAY, Charles. Le français langue commune : Projet inachevé. Les Éditions du Renouveau québécois, 2013, page 98.

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QUELQUES DONNÉES LINGUISTIQUES EN RÉSUMÉ

QUELQUES DONNÉES LINGUISTIQUES EN RÉSUMÉ

Il y a 8 % d’anglophones au Québec [1] ;

11 % de tous les élèves qui fréquentent le primaire et le secondaire vont à l’école anglaise et 16 % vont au collégial anglais [2] ;

Parmi les étudiants du collégial qui font une formation préuniversitaire, 23 % étudient en anglais. À l’université, c’est 21 % des Québécois qui choisissent une université de langue anglaise [2] ;

« le cégep anglais a attiré 54 426 nouveaux inscrits francophones et 75 024 nouveaux inscrits allophones » entre 1981 et 2010. En tout, c’est un peu plus de 125 000 étudiants francophones et allophones qui ont fait leurs études au cégep anglais. Ces chiffres ne sont pas banals, surtout lorsqu’on sait que la langue des études supérieures est fortement corrélée avec la langue parlée au travail [1] ;

Lorsqu’un jeune quitte le secondaire français pour le collégial anglais, il ne revient jamais à l’université de langue française. Trois allophones sur quatre (75%) ayant fait leurs études postsecondaires en anglais travailleront en anglais le reste de leur vie. C’est exactement le contraire qui se produit chez ceux qui font le choix des études postsecondaires en français [2] ;

Chez les francophones, 50 % de ceux qui font leurs études en anglais travaillent en anglais alors que 93 % de ceux qui étudient au collégial en français travaillent par la suite dans cette langue [2] ;

[1] (source) Le français langue commune, un projet inachevé, CASTONGUAY, Charles, Éditions du Renouveau québécois (2013)

[2] (source) L’application de la Charte de la langue française au collégial : Un prolongement nécessaire – Étude – CURZI, Pierre. BOUCHARD, Éric (2011)

VIDÉOS

VIDÉOS

Charles Castonguay, professeur de mathématiques, chercheur en démographie linguistique, présente les chiffres qui expliquent l’indice d’attraction des collèges français et anglais du Québec.

Patrick Sabourin, spécialiste de la dynamique linguistique canadienne et des projections démographiques, présente les chiffres qui expliquent les comportements linguistiques des étudiants du Québec.

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