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Langue française: «we’re getting over it»

Le Québec est le seul État de notre continent où le français peut être la langue officielle et commune. La mondialisation ne justifie en rien le recours à l’anglais entre Québécois de langues maternelles diverses dans les milieux de travail, dans les entreprises et dans le commerce. Le problème ne réside pas dans le fait que des emplois nécessitent l’usage de l’anglais ou d’autres langues dans les communications avec l’extérieur du Québec. Le problème est que la mondialisation sert de prétexte à un nombre croissant d’entreprises établies ici pour obliger leurs employés à transiger en anglais avec d’autres résidents du Québec, collègues, clients ou fournisseurs, surtout à Montréal ou dans les autres régions linguistiquement mixtes.

MQF – 04/12/2017

Québec en tenant une conférence de presse presque exclusivement en anglais. Pourquoi ? C’est la question à laquelle plusieurs chroniqueurs essaient de répondre. C’est pourtant bien simple ! Ce qui s’est produit à l’ouverture du magasin Adidas est la conséquence de 25 ans de comportement irresponsable de la part des adultes francophones occupant des postes d’autorité. Quand les élites canadiennes-françaises jettent l’éponge et font reculer le dossier linguistique, les compagnies, les jeunes, les anglophones et les immigrants comprennent rapidement le message.

Quand les gens d’affaires, à très forte majorité de langue française, ne rappellent pas à l’ordre leurs représentants (Michel Leblanc, Yves-Thomas Dorval et Éric Tétrault) lorsque ces derniers banalisent en commission parlementaire l’importance de franciser l’immigration, il ne faut pas se surprendre du fiasco en la matière annoncé la semaine passée par la vérificatrice générale.

Quand le Mouvement Desjardins bilinguise intégralement tout son service à la clientèle pour aller chercher de nouveaux clients, le Mouvement, qui est devenu ce qu’il est avec l’épargne des travailleurs francophones, dit publiquement qu’il n’y a pas une seule langue commune, mais bien deux. Le Mouvement dit aussi à ses milliers d’employés que ce qui est normal c’est le bilinguisme institutionnel. Avec son « press 9 », il dit à tous les immigrants et les anglophones que « There is no need to learn French » pour bien placer son argent au Québec. Comme nous sommes tous clients à divers degrés chez Desjardins, le message rentre de façon subliminale et nous endort avec le temps.

Quand aucun doyen, recteur ou professeur d’université de langue française au Québec ne s’élève pour dénoncer le déséquilibre dans le financement public entre les universités de langue française et anglaise, les jeunes étudiants n’apprennent pas toute l’importance du financement public dans le prestige d’une langue sur un territoire. Si les adultes occupant des postes d’autorité dans les universités de langue française laissent tomber un milliard de dollars par année d’investissements publics au profit des universités de langue anglaise, comment voulez-vous qu’un étudiant veuille déboulonner ce tabou par ses travaux de recherche ? Comment voulez-vous qu’il s’intéresse à la diversité linguistique et au cas d’espèce que nous représentons sur la planète ?

Quand des professeurs et des directeurs généraux de cégeps de langue française font tout pour bilinguiser l’offre de cours devant la fuite des effectifs vers le collégial anglais au lieu de se battre pour l’application de la loi 101 au collégial, on est loin de l’attitude offensive des professeurs de la Centrale de l’enseignement du Québec (CEQ), qui ont poussé au début des années 1970 pour qu’immigrants et Québécois aillent au primaire et au secondaire en français. Au lieu de compter leurs pertes en laissant le terrain aux institutions de langue anglaise, ils ont agi.

Quand, dans les ascenseurs du CHUM et de SSQ assurance, un francophone occupant un poste d’autorité décide de programmer l’ascenseur en bilingue, il met le français sur un pied d’égalité avec l’anglais. Est-ce qu’un anglophone a vraiment besoin de se faire traduire en anglais « premier étage » pour comprendre où il se situe ?

Quand une candidate à la mairie de Montréal bilinguise tous ses messages vidéo, bilinguise ses pancartes électorales et fait une bonne partie de son discours de victoire en anglais, le message envoyé à la jeunesse et aux immigrants est clair. Une fois à la tête de Montréal, il n’est plus le temps de sermonner Adidas en leur rappelant que Montréal est une ville de langue française, il fallait donner l’exemple avant en donnant le ton. Comment peut-on être à la fois à l’avant-garde avec de palpitants projets de mobilité et de logements abordables et se comporter linguistiquement comme à l’époque de la grande noirceur ?

Quand, dans nos médias de langue française, les responsables du contenu des émissions à grande écoute (Tout le monde en parle) ou des bulletins de nouvelles refusent de donner la parole à ceux qui pourraient faire une pédagogie intelligente du dossier linguistique sous prétexte que le sujet ne prend pas auprès des jeunes, comment voulez-vous que cela devienne une priorité pour ces derniers ?

Quand trop peu de têtes d’affiche du milieu artistique s’intéressent à l’avenir de la culture de langue française, il est normal que le dossier linguistique ne lève pas. Plusieurs connaissent très bien le dossier environnemental, prennent position et incitent les citoyens à agir, ce qui est très, très bien. Par contre, peu seraient capables d’expliquer le fonctionnement de l’écosystème linguistique, et ce, même si le sujet n’a jamais été aussi bien documenté et vulgarisé.

Pour toutes ces raisons, il ne faut pas s’offusquer du comportement d’Adidas et de son gérant, car c’est toute l’élite canadienne-française qui clame haut et fort depuis des décennies : « We’re getting over it. »

04/12/2017 – BOUCHARD , Éric

 

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