Traité sur la chasse à l’Anglais

Article de Akos Verboczy publié dans le journal Métro Montréal le 21 décembre 2011

Dans «Secrets de la chasse à l’Anglais», ouvrage-phare du chanoine Lionel Groulx, ce dernier décrit une méthode canayenne ancestrale pour faire triompher le fait français au Québec. Dans ce traité, on apprend entre autres que l'écusson sur les manteaux Canada Goose* constitue une cible parfaite pour les pratiquants de cette activité qui, hélas, est encore fort populaire de nos jours, quoique courageusement dénoncée par des citoyens du monde modèles.

De la chasse à l’Anglais, demandez-vous? Votre scepticisme m’étonne autant qu’il m’inquiète. Pendant que vous levez le sourcil, les panaches d’Anglos unilingues s’accumulent sur les murs de la Société Saint-Jean Baptiste de Montréal, dans le chalet de Pierre Curzi et dans les derniers retranchements du Parti québécois.

Quoi, vous voulez être servis en français au dépanneur du coin? Vous trouvez questionnable que sa propriétaire n’ait pas encore eu le temps d’apprendre à compter jusqu’à 10 dans la langue de ses clients après autant d’années passées derrière sa caisse enregistreuse? De toute évidence, vous faites partie du «Québec dépassé» et votre étroitesse d’esprit fait la honte de votre Belle province dans le triangle City/SoHo/Mile-End, communément appelé «le monde».

Braves patriotes, ôtez votre ceinture fléchée et déposez vos armes le cœur léger. Prenez note que vous n’êtes plus en 1971, «que le Québec ne représente que 0,1% de l’humanité», que Montréal n’est pas Rimouski, que «Facebook se moque des frontières» et qu’il y a des nids-de-poule puis du décrochage scolaire dont il faut s’occuper. Glorieusement entrés dans le 21e siècle, nous sommes dorénavant gouvernés par la mondialisation qui a démocratiquement décrété que la langue du commerce international, de la culture et des gens cools était la langue anglaise et non pas votre patois incompréhensible.

Ainsi donc, dans votre dépanneur (qui, je vous le rappelle, est un commerce situé sur le globe terrestre), vous devez commander votre gratteux en anglais, dire thank you/bye et partir écouter la Poule aux œufs d’or avec cette joie de vivre qui fait votre charme.

Les mêmes raisons justifient l’unilinguisme du Vérificateur général du Canada, des juges de la Cour suprême, des députés du NPD, de la haute direction de la Caisse de dépôt, de la Banque nationale et de l’entraîneur-chef du Canadien. En autant qu’ils aient des subalternes francophones parlant anglais et des secrétaires qui peuvent aller suivre des cours de français à leur place, tout va très bien Ma'am the Marquise (lire: Français à la Caisse de dépôt: 10 ans de cours for nothing).

Vous trouvez que c’est quand même anormal que tout ce beau monde qui vient au Québec pour vivre, étudier, travailler, commercer ou faire du sqweegee ne soit pas minimalement tenu de baragouiner le français? Qu’il est somme toute curieux qu’on exige le bilinguisme des francophones afin de permettre l’unilinguisme des anglophones? Je vous sens frileux, pour ne pas dire intolérant, et vous «nuisez au Québec qui voudrait vivre sans complexe, avec une ambition souriante». Oui oui, souriante!

Retenez que «le Québec est assez “décomplexé” pour fonder son avenir davantage sur la séduction des nouveaux arrivants que sur des restrictions additionnelles imposées à l’anglais et aux immigrants». En d’autres mots, dans ce merveilleux monde en pain d’épice, si vous parlez à l’étranger gentiment (en anglais de préférence), ce dernier s’inclinera devant votre ouverture à l’Autre et s’abonnera dès le lendemain à la revue Québec Français, comme dans le bon vieux temps d’avant la Loi 101 où tous vivaient ici en si grande harmonie.

Vous voulez quoi au juste? Isoler le Québec du reste du monde, «l’éloigner des valeurs universelles» et nous condamner collectivement à écouter Paul Piché jusqu’à l’épuisement total?

Heureusement, des exemples d’ouverture se manifestent de plus en plus. Comme ce Torontois d’origine qui clame fièrement qu’il a mieux à faire à Montréal que d’apprendre le français. Ou cet autre qui déplorait la «myopie des Québécois» devant le cash de ces millions de Chinois, de Russes et d’Indiens qui voudraient tant venir nous enrichir, mais qui sont rebutés par les affiches en français, tout juste bonnes «pour que grand-maman de Terrebonne ne soit pas dépaysée chez Best Buy». Ben oui, de quoi elle se mêle la vieille autochtone, qu’elle retourne dont chez elle s’occuper de ses cochons.

Avouez qu’ils donnent l’exemple ces prêtres du vivre-ensemble. En tout cas, pour être décomplexés, ils sont décomplexés, c’est le moins qu’on puisse dire.

Longtemps le rêve de la Gazette, de Gilbert Rozon et de Johanne Marcotte, ce nouvel idéal est enfin ouvertement promu, celui qui voudra faire du Québec un sous-département festif du Dakota du Nord, un Éden où on n’entendra plus parler de constitution, où les divisions politiques auront cédé leur place au pragmatisme, à la lucidité et au bon sens, où on parlera tous le franglais impeccable de Sugar Sammy et où, aussi amusante puisse-t-elle être, la chasse à l’Anglais sera définitivement remplacée par un passe-temps bien plus moderne, la décoration des cupcakes.

N’avez-vous pas hâte de vous ouvrir sur le monde?

***

* Peut-être ne le saviez-vous pas, mais «l’écusson qui orne les vêtements Canada Goose est devenu le symbole même de l’esprit d’exploration, de la qualité supérieure, de l’authenticité et de l’exceptionnel savoir-faire canadien.»

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Commentaires (1)

Ce dynamique jeune homme, fils d'immigrés musulmans au Québec et

Noël écoles Québec

http://www.youtube.com/watch?v=cb5wWR7QsEw&feature=share

Ce dynamique jeune homme, fils d'immigrés musulmans au Québec et né au Québec, tient des propos qu'il vaut la peine d'écouter. Des choses très justes dans l'ensemble qui démontrent la bêtise de certaines personnes en autorité qui ne se rendent pas compte des conséquences néfastes de certaines « tolérances »...