Le français dans les cours d'école francophone à Montréal : vu d'ailleurs

Chronique de Christian Rioux dans Le Devoir, 13 janvier 2012

Ainsi, le débat sur l'imposition du français dans les cours de récréation des écoles de la CSDM apparaît d'une banalité assez déconcertante vu de l'étranger.[...]Un peu partout dans le monde, ce qu'on appelle les classes d'immersion, qui accueillent des immigrants ou des élèves de milieu minoritaire, adopte ce genre de mesures. Elles visent à permettre aux enfants qui étudient une langue qui n'est pas la leur ou celle du milieu dans lequel ils baignent d'être immergés dans celle-ci non seulement en classe, mais aussi bien à la cafétéria que lors des activités sportives ou dans la cour de récréation. [...] Il serait temps de se rendre compte qu'avec plus de 50 % d'immigrants, la majorité des classes de la CSDM sont en pratique devenues des classes d'immersion où l'attraction de l'anglais est de plus en plus difficile à contrer.

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La plupart des professeurs savent qu'un enfant qui étudie une nouvelle langue ne peut pas se contenter de la parler en classe. Selon les contextes, on devra donc s'assurer qu'il la pratique dans toutes les activités de l'école. Cela est encore plus impératif si cette langue n'est pas simplement destinée à demeurer une langue seconde, comme devrait l'être l'anglais au Québec par exemple, mais à devenir sa langue principale, sinon à remplacer un jour sa langue maternelle.

Ainsi, il n'est pas rare que le flamand doive être imposé dans les cours de récréation des écoles flamandes des environs de Bruxelles. La raison est simple. En banlieue de Bruxelles, une ville dont la population à 80 % francophone progresse toujours du côté flamand, les néerlandophones n'ont pas toujours la force d'attraction nécessaire pour créer un véritable milieu d'immersion. Surtout que ces écoles comptent un grand nombre d'immigrants qui parlent déjà le français. Les enfants marocains, par exemple, auront tendance à revenir au français dès qu'ils sortent de la classe, comme certains de nos immigrants ont tendance à le faire avec l'anglais. Il ne s'agit donc pas d'une simple tracasserie, mais d'une exigence essentielle à l'apprentissage correct et rapide du néerlandais, destiné à devenir leur nouvelle langue principale.

En Italie, le gouvernement a récemment décidé d'agir en sens inverse. Mais le but est le même. Pour maintenir la force d'attraction de l'italien, aucune école ne devra compter plus de 30 % d'immigrants. Cette mesure, malheureusement montée en épingle par une droite anti-immigrants et une gauche un peu frileuse, fait penser au busing encore pratiqué dans de nombreuses villes américaines pour sortir les enfants noirs des ghettos. En Italie, la mesure vise un meilleur apprentissage de l'italien et de la culture majoritaire. Bref, une meilleure intégration.

La France est aussi confrontée à ce genre de problèmes. On sait que les élèves des écoles des banlieues où se concentrent les immigrants éprouvent plus de difficultés dans l'apprentissage du français. Pour contrer cette tendance, depuis quelques années, le gouvernement exige de tous les candidats à l'immigration une connaissance minimale du français. Cette mesure est aussi appliquée en Grande-Bretagne. Or, le gouvernement français vient justement de rehausser le niveau de langue exigé cette fois pour la naturalisation afin que celui-ci corresponde environ à celui d'un élève de cinquième secondaire.