Nous ne sommes pas des francophones

Article de Robert Laplante publié dans L'Action National le 13 janvier 2012

Tous les assauts portés contre la loi 101, toute la guerre de propagande conduite contre la vocation intégratrice de la culture québécoise donnent aujourd’hui leurs fruits. Le combat linguistique est à reprendre. Il est à refaire non pas pour les raisons intrinsèques à notre situation démographique – nous sommes une poussière sur le continent et cela nous obligera toujours à la plus grande vitalité. Non, il est à refaire parce que notre régression politique est en passe de nous faire perdre des repères que nous pensions avoir pourtant bien plantés dans notre paysage idéologique et notre bagage culturel.

De démission tranquille en petites trahisons, du refus de combattre à l’engourdissement des réflexes devant les effets combinés de la défense velléitaire et de l’assaut sournois sur toutes les institutions mené par Ottawa et des phalanges de saboteurs payés pour instiller le consentement à la minorisation, le Québec se retrouve maintenant dans une inquiétante vulnérabilité. Et ce n’est pas d’abord une affaire de négligence et de manque de vigilance et de laxisme. C’est une affaire de pouvoir. Ottawa a repris l’initiative politique et conduit depuis des décennies une guerre psychologique et de propagande qui est parvenue à saper les bases du consensus sur lequel s’est construite, jadis, l’adhésion à la loi 101. Non seulement la guérilla juridique incessante qu’il lui a menée est-elle parvenue à l’émasculer, mais encore et surtout, le nation building et une agressive politique d’indirect rule ont-ils fait porter les attaques sur les ressorts mêmes de la culture québécoise, de sa mémoire, de sa dynamique identitaire et de ses aspirations à se poser comme Référence et Norme de sa vie sociale, politique et symbolique.

Les élites politiques québécoises ont perdu l’initiative et toutes les batailles parce qu’elles ont refusé de combattre. Cédant aux très anciennes peurs et au refus de se penser dans l’hostilité, elles se sont consolées dans les demi-mesures. Par un télescopage malsain, le réflexe minoritaire de l’éternelle minimisation des pertes a renforcé la peur de la confrontation pour laisser accepter la lente érosion des pouvoirs de la loi 101 originelle. Au lieu de riposter aux jugements de la cour étrangère par l’adoption d’une nouvelle loi 101 qui aurait consacré le conflit des légitimités, les gouvernements, les uns après les autres, se sont accommodés des reculs, chaque fois se disant qu’il ne s’agissait que d’un petit recul, que l’essentiel n’était pas atteint, etc. Résultat, non seulement il ne reste plus rien de la loi, sa matrice culturelle a été évidée.

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