Un ardent défenseur de la langue française

Article d'Henri Marineau publié dans Québec Hebdo le 16 janvier 2012

Parmi la liste des grands disparus Québécois au cours de la dernière année se retrouve le nom de Jean-Marc Léger, décédé à Montréal, sa ville natale, le 14 février 2011. En cette période de profondes perturbations autour de la défense de la langue française sur le territoire du Québec, j’ai cru opportun de rappeler à votre mémoire toute l’influence que ce journaliste et écrivain a eue sur le rayonnement de notre langue.

Après ses études classiques et une spécialisation en droit, en sciences sociales et en histoire, Jean-Marc Léger entreprend sa carrière à l'âge de 24 ans en tant que journaliste et éditorialiste en information internationale, d’abord à La Presse de 1951 à 1956 puis au Devoir de 1957 à 1969 .
En octobre 1953, à l'âge de 26 ans, il agit comme précurseur en se rendant à Paris pour proposer la création d'un organisme central qui aurait comme mandat de convoquer chaque année une réunion générale dans laquelle les représentants des divers pays où l'on parle le français rencontreraient les délégués de la France et des territoires outre-mer pour discuter de leurs intérêts culturels communs.
L’idée de la Francophonie venait de prendre vie, déjà pressentie à l’époque par Jean-Marc Léger qui, au terme des conférences de Niamey, une quinzaine d’années plus tard, soit en 1969 et 1970, se voit confier l'important rôle de développer cette idée, en invitant à la coopération culturelle et technique tous les pays où le français est parlé et devra être la langue de ces échanges coopératifs. Finalement, la convocation du premier véritable Sommet de la Francophonie n'aura lieu qu'après un autre aussi long délai, soit en 1986.

Entre-temps, il préside l'Union canadienne des journalistes de langue française de 1959 à 1961 et l'Association internationale des journalistes de langue française de 1960 à 1962. Il est, de 1962 à 1963, le tout premier directeur de l'Office de la langue française, le fondateur et le premier secrétaire général, de sa création en 1961 jusqu'en 1978, de l'Association des universités partiellement ou entièrement de langue française, devenue l'Agence universitaire de la Francophonie.
Travailleur infatigable, Jean-Marc Léger met sur pied et anime depuis Paris, à titre de secrétaire général, de 1970 à 1974, l'Agence de coopération culturelle et technique, la première organisation internationale s'adressant aux pays francophones, laquelle deviendra l'Organisation internationale de la Francophonie.

De 1978 à 1981, il devient délégué général du Québec à Bruxelles. Pendant les années 1980, il est deux fois sous-ministre adjoint, d'abord au ministère de l'Éducation de1981 à 1984, puis à celui des Relations internationales du Québec de 1984 à 1986. De 1986 à 1988, le gouvernement du Québec lui confie le poste de commissaire général à la Francophonie, rattaché à ce dernier ministère, et chargé de missions à caractère culturel auprès du Comité international des Sommets francophones.
Passionné d’histoire et fervent nationaliste, Jean-Marc Léger termine sa carrière professionnelle comme directeur de la Fondation Lionel-Groulx de 1989 à 1998 en plus d’agir comme conseiller spécial en relations internationales auprès de divers organismes.

Jean-Marc Léger est aussi auteur de livres consacrés, entre autres, à la souveraineté du Québec. Il fut, d'ailleurs, l'un des premiers journalistes à se prononcer ouvertement en faveur de l'indépendance du Québec. Toutefois (signe des temps ?), en 1964, l’affirmation de cette conviction indépendantiste lui coûtera la direction du Devoir : en effet, alors qu'il est pressenti pour succéder à Gérard Filion, la direction lui préfère Claude Ryan. Un peu plus tard, « de façon cordiale et justifiée », raconte un jour Léger, Ryan lui demandera de quitter l'éditorial et de redevenir « simple journaliste », invoquant la « cohérence » des positions !

Jean-Marc Léger, un homme de convictions dont la droiture n’a jamais divergé de ses valeurs profondes d’ardent défenseur de la langue française…un modèle de qui nous aurions grandement avantage à nous inspirer en ces temps troubles où le français se retrouve menacé jusque dans ses racines sur la terre de ses origines en Amérique !
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