Article de Éric Grenier dans canoé.ca/emploi - 24 mai 2012
Quelques jours après la Fête des Patriotes, et un mois pile avant la Fête Nationale, le constat que dresse le Magazine Jobboom sur l’état du français au travail a de quoi faire convulser les membres de la Société Saint-Jean-Baptiste, dans son enquête Le français au travail, une cause désuète?.

Premier constat, plutôt en demi-teinte:
Malgré différents évènements anecdotiques concernant la présence de dirigeants unilingues anglais à la tête de certaines divisions d’institutions québécoises (Banque nationale, Caisse de dépôt), 82,4% des Québécois travaillent essentiellement en français. Ça correspond, en gros, au même pourcentage de francophones dans la population en général. À Montréal, la grande région incluant les banlieues nord et sud, c’est beaucoup moins, autour de 64,5%. Ce n’est pas loin de la proportion là aussi de la réalité linguistique globale. Par contre, les anglophones ne représentent pas 35 % de la population de la région métropolitaine, seulement 17%. C’est donc dire qu’une grande partie des allophones ne travaillent pas en français, mais en anglais.
Deuxième constat, et lui fait mal:
Travailler en anglais au Québec signifie pouvoir et argent n’est pas un mythe, mais une réalité. Selon des données obtenues en exclusivité par le Magazine Jobboom, tirées d’une étude du démographe Patrick Sabourin, révèlent que les travailleurs qui ne travaillent qu’en français sont ceux qui tirent les revenus moyens les plus faibles, à 41 000$ par année. Ceux qui ne travaillent qu’en anglais (parce que c’est possible au Québec) gagnent 22% de plus, à 49 100$! Au Québec, pas au Canada… Sans surprise, les travailleurs appelés à travailler dans les deux langues sont les mieux rémunérés, avec un revenu annuel moyen de 53 900$. Donc, 35 ans après la loi 101, les francophones unilingues demeurent une sous-classe de travailleurs en comparaison des unilingues anglophones.
Et le pouvoir aussi avantage les anglos. Ils sont près de 12% à occuper un poste de cadre supérieur et de direction, contre seulement 8,3% des francophones.
Troisième constat:
Les francophones sont les premiers à brimer leur propre droit en travailler en français. Plusieurs témoignages de francos et d’anglos recueillis dans le cadre de cette enquête de Jobboom confirment la tendance des francophones à angliciser leurs milieux de travail dès qu’il y a un non-francophone dans la salle. Pour faire plus simple, par paresse, par désir de pratiquer leur anglais, par indifférence par rapport aux lois linguistiques.
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