Article de Christian Philip - Recteur de l’Académie de Montpellier et Daniel Turp, Professeur titulaire à l'université de Montréal publié dans Le Devoir le 20 juin 2012

«La langue française est boudée, voire combattue, au point que certains font campagne pour l’anglais seule langue internationale, au détriment du multilinguisme. On voudrait permettre aux établissements d’enseignement supérieur d’enseigner totalement en langue anglaise, d’autres proposent non l’enseignement des langues, mais l’enseignement du seul anglais dès l’âge de trois ans. Toute personne ayant un avis contraire est considérée non seulement comme démodée et dépassée, mais comme dangereuse car forcément d’extrême droite ou nationaliste.
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«Il faut sauver le français, et pour le sauver, il faut défendre le multilinguisme. Si on gagne la bataille du multilinguisme, on gagnera la bataille du français. Encore une fois, l’un n’ira pas sans l’autre. Ce combat, la Francophonie ne le gagnera pas seule. Nous devons resserrer nos liens avec les autres grandes aires linguistiques et les organisations les représentant (y compris le Commonwealth), mener ensemble certaines actions de promotion du multilinguisme. Nous sommes représentatifs d’une aire où le français cohabite avec d’autres langues, certaines officielles, d’autres locales ou régionales. Pourquoi ne pas nous appuyer sur cette réalité pour proposer à ces autres grandes aires linguistiques d’agir de concert ?»
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«La marche en avant nécessite que l’on prenne en compte deux paramètres incontournables. D’abord, celui de l’urgence : on n’a que trop attendu. Il faut que des décisions claires assorties d’un effet de levier rapide soient prises au prochain Sommet en octobre 2012, préparées par le Forum mondial de la langue française organisé à Québec en juillet. Ne nous leurrons pas, le français peut être vite menacé comme langue universelle. Il ne s’inscrit pas dans une dynamique comparable à d’autres langues.
Ensuite, celui des populations cibles : c’est-à-dire en priorité la jeunesse, car elle est l’avenir de la Francophonie, mais aussi les décideurs publics et privés, car ils font la Francophonie d’aujourd’hui.
«Le moment est venu en Francophonie de se présenter comme les premiers défenseurs du multilinguisme et, à ce titre, de faire preuve d’un civisme linguistique affirmé et revendiqué par les chefs d’États et de gouvernement de la Francophonie.
Manque de civisme
Ce n’est malheureusement pas le cas aujourd’hui. Ce manque de civisme linguistique francophone est particulièrement fort dans plusieurs pays, particulièrement en France où la majorité des élites voient la Francophonie et la langue française non pas comme des occasions à saisir, mais comme des obstacles.
La langue française est boudée, voire combattue, au point que certains font campagne pour l’anglais seule langue internationale, au détriment du multilinguisme. On voudrait permettre aux établissements d’enseignement supérieur d’enseigner totalement en langue anglaise, d’autres proposent non l’enseignement des langues, mais l’enseignement du seul anglais dès l’âge de trois ans. Toute personne ayant un avis contraire est considérée non seulement comme démodée et dépassée, mais comme dangereuse car forcément d’extrême droite ou nationaliste.
Pour les tenants de la langue unique, la langue française n’aurait plus de rôle à jouer dans la mondialisation actuelle. Il faudrait en prendre acte et passer sans état d’âme à autre chose. Des élites mènent bataille pour en finir avec le français.»
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