Chronique de Gilles Proulx publiée dans Le Journal de Montréal le 12 juillet 2012
«La semaine dernière, le secrétaire général de la francophonie, Abdou Diouf, ex-président du Sénégal, que j’ai déjà eu l’occasion de rencontrer, a vanté le petit Québec comme si nous nous comportions en Gaulois courageux face au César de la mondialisation en résistant à notre banalisation dans l’univers nord-américain. Si seulement c’était le cas ! […] Heureusement que les gens du Mouvement Québec Français sont allés rappeler au millier de conférenciers du Forum mondial de la langue française quelques tristes évidences touchant le déclin de notre langue ici même. Il ne fallait pas compter sur Stephen Harper et Jean Charest, qui a les oreilles pleines d’acouphènes dès qu’il est question de langue, pour apprendre ces mauvaises nouvelles à Abdou Diouf.»
«M. Diouf a-t-il allumé sa radio au Québec ? Des animateurs massacrent allègrement la langue française même si leurs petits propriétaires ont obtenu des licences en français (avant de faire jouer un maximum de chansons en anglais).
M. Diouf pourrait aller se bala¬der dans la métropole : l’affichage est revenu aux good old days.
Le parti au pouvoir n’a jamais envisagé d’enseigner obligatoirement le français de manière intensive aux petits anglo-québé¬cois… alors qu’elle va impo¬ser le bain linguistique obligatoire à tous les petits francophones (ce qui sera catastro¬¬phi¬que puisque bon nombre ne parvenaient déjà pas à faire leur cursus en un an…). Mais le but est atteint : angliciser le Québec, le faire glisser vers ce que Lord Durham jugeait inéluctable. Puisque des élections s’en viennent, notre premier ministre pseudo-francophile aura-t-il au moins la témérité d’imposer des descriptifs français à l’affichage anglicisant ?
M. Diouf sait-il que le club de hockey canadien francise ses cadres, qui travaillent néanmoins en anglais (ne nous faisons pas d’illusions), mais surtout en oubliant la patinoire… Et encore, cette francisation des dirigeants n’a lieu qu’en raison d’une saison désastreuse et parce que, quand même, on craint une rivalité avec d’éventuels Nordiques revenus à Québec. Ôtez ces deux facteurs et le CH redevient la machine à faire la promotion de l’anglais et de l’américanisation qu’elle est devenue depuis la stérile capitainerie de Saku « Don’t speak French » Koivu.
Même chose avec la loi 101 : depuis que les libéraux sont au pouvoir, elle a été édentée… jusqu’à ce que, tout récemment, une offensive cosmétique de l’Office de la langue française nous apprenne que des élections se préparent… Quel cynisme ! Je n’ai pas de mal à croire que Jean Charest soit vraiment un grand lecteur du stratège chinois Sun Tzu, auteur de L’art de la guerre.»
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