Un observateur honnête, rigoureux, lucide et incisif du débat

BRIAN MYLES | LEDEVOIR.COM | 09/04/2016

Voilà maintenant 106 ans que Le Devoir appuie les honnêtes gens et dénonce les coquins. L’expression à la formulation surannée qu’employait notre fondateur, Henri Bourassa, dans son tout premier éditorial du 10 janvier 1910 est encore en vogue dans notre salle de rédaction.

Les artisans du Devoir y font parfois référence, d’un ton mi-amusé, lorsqu’ils débusquent de nouveaux squelettes dans les placards encombrés de la chose publique.Le Devoir n’est plus l’organe de combat qu’il était du temps où Bourassa dénonçait l’impérialisme britannique, mais il reste porteur d’une tradition, pour ne pas dire une mission dont je suis le neuvième fiduciaire dans l’histoire. Une immense responsabilité.

L'intersectionnalité à deux vitesses

PIER-YVES CHAMPAGNE | RICOCHET.MEDIA | 08/04/2016

Dead Obies a récemment sorti son nouvel album intitulé Gesamtkunstwerk. Oeuvre d'art totale. Je crois que Christian Rioux et consorts ont bien reçu le message ; vous avez le droit de ne pas aimer ce qu'on fait, mais laissez-nous créer en paix. Deux semaines plus tôt, Tout le monde en parle recevait Louis Morissette concernant l'affaire des Black Face. Curieusement, la liberté artistique venait de prendre le bord. Du moins devait-elle être considérablement limitée par certaines normes culturelles ou politiques, ce que Louis Morissette déplorait par ailleurs, mais finit par reconnaître devant l'insistance de ses oposants.

Qu’est-ce qui motive ce double standard? La question raciale, essentiellement. Le Black Face est une pratique raciste, et refuser d’employer un noir pour jouer un rôle de noir contribue à entretenir les inégalités systémiques dont sont victimes les minorités ethniques au Québec, notamment dans le milieu du cinéma et de la télévision. Qu’en est-il de la controverse entourant Dead Obies? Le fait de créer dans les deux langues officielles du Canada, le français et l’anglais, cela ne constitue pas à première vue une forme de pratique artistique discriminatoire ou oppressante. C’est sans doute pourquoi chez les jeunes progressistes, Dead Obies est aussi populaire, alors que ces mêmes progressistes dénoncent vertement la liberté artistique lorsque c’est Louis Morissette qui la revendique pour faire des Black Face.

Le français : un vulgaire atout

TANIA LONGPRÉ | JOURNALDEMONTREAL.COM | 09/04/2016

Dans le Devoir de cette semaine, Robert Dutrisac  rapportait que les nouveaux arrivants ne parlant que français éprouvaient plus de difficultés à obtenir un emploi que ceux ne connaissant que l’anglais.

Le français ne devrait pas être un « atout », mais une nécessité. Présentement, pour travailler dans un stationnement du centre-ville de Montréal, dans les cuisines d’un Vieux Duluth de l’est de Montréal ou encore dans un cinéma de Laval, la langue incontournable, c’est l’anglais. Vous parlez anglais ? Ça va. Le français, bof, c’est un plus. Du moins, pour plusieurs corps d’emplois non spécialisés.

Le français n’est plus obligatoire. Ne pas parler français n’est pas handicapant.

Certains immigrants pensent que l’apprentissage du français est un incontournable, un passage obligé. C’est un grossier mensonge. Vous n’avez qu’à demander aux 60 % des immigrants ne parlant pas français qui ne se francisent pas, et de constater qu’ils sont en mesure de travailler. De gagner leur vie, la réalité, c’est que le français, dans la grande région métropolitaine n’est pas la langue du ventre. 

Le dernier préjugé «acceptable»

JEAN-BENOÎT NADEAU | LEDEVOIR.COM | 11/04/2016

Une étude récente d’un professeur américain sur le terrorisme islamiste sauce Daesh a fait grand bruit. Figurez-vous que la francophonie serait la cause des attaques terroristes qui accablent depuis un an les pays… francophones !

Dans le genre raisonnement circulaire, on ne fait pas mieux.

En fait, ce que ce genre d’étude révèle, c’est à quel point les médias anglophones sont prompts à publier des inepties quand il s’agit de dénigrer la France, le Québec et tout ce qui touche la francophonie en général. Sur ce plan, ils pèchent rarement par omission.

J’irais plus loin en disant que la francophobie est peut-être le dernier préjugé acceptable du monde anglophone — hors islam. La presse anglophone (aux États-Unis comme au Canada et en Grande-Bretagne) s’autorise fréquemment à écrire des horreurs sur les Frogs qui ne passeraient pas du tout à propos des juifs, des noirs, des Mexicains ou des Indiens.