La langue française en pleine évolution

JOELLE SMETS | LESOIR.BE | 04/04/2016

Un accent circonflexe supprimé dans les nouveaux manuels scolaires et la France a crié au scandale ! Nénufar écrit sans son "ph" dans les livres d’école, ognon sans son "i" et la France a cru imploser. On touchait à son patrimoine, à son identité, à son être même. La décadence menaçait l’Hexagone. La Belgique partagea la même indignation et se laissa emporter par cette fièvre orthographique, oubliant que depuis 1990, elle a accepté les nouvelles règles de graphie élaborées par le Conseil supérieur de la Langue française.

Il est vrai que ces normes se heurtèrent et se heurtent encore à un certain immobilisme. Régulièrement, des circulaires ministérielles rappellent aux écoles qu’il convient d’enseigner en priorité la nouvelle orthographe mais sans l’imposer; l’ancienne et la nouvelle orthographe étant toutes deux admises. Périodiquement, des dépliants sont distribués aux établissements scolaires, administrations et institutions pour inciter à l’emploi des règles simplifiées du français mais la plupart préfèrent encore et toujours appliquer les anciennes orthographes alors que les rectifications sont aussi modérées que ponctuelles et que souvent, elles cautionnent des usages attestés. « Le français est une langue vivante ; il ne peut qu’évoluer au fil du temps. Il ne faut pas oublier qu’une langue n’est pas "fabriquée" par des académiciens ou des grammairiens, mais qu’elle existe de par les personnes qui l’utilisent : celles-ci ont toujours le dernier mot », explique Michel Francard, linguiste et professeur à l’UCL. « Le français d’aujourd’hui n’est pas celui que l’on parlait autrefois. L’orthographe change, comme la prononciation, le lexique et la grammaire. Quelques exemples : aujourd’hui, dans le langage courant, on utilise de plus en plus le subjonctif avec la locution conjonctive "après que" alors que la norme prescrit l’emploi de l’indicatif. Cet usage se répand comme celui d’écrire "aucun frais", alors que le pluriel "aucuns frais" est recommandé. La prononciation évolue également au fil des siècles. Au XVIe, en français populaire, sont apparues des formes comme "mon pèze", "ma mèze", au lieu de "mon père", "ma mère". C’est d’ailleurs de là que provient notre "chaise", dérivant de "chaire". Aujourd’hui de plus en plus de francophones prononcent le "in" (comme dans "brin") "un" de "brun". »

Affichage commercial: La stratégie Canadian Tire

MONTRÉAL, le 14 avril 2016 ─ Nous apprenions hier que le gouvernement provincial n’obligerait pas, par simple règlement, l’ajout d’un générique français à une marque de commerce anglaise sur l’affichage extérieur d’un commerce. Ce qu’on comprend c’est que des avis juridiques que le gouvernement a obtenus mettraient en garde ce dernier contre de nouvelles contestations judiciaires. Ce qui ressort de la nouvelle et de l’interprétation qu’en fait le Mouvement Québec français (MQF) c’est que le gouvernement modifiera le règlement sur l’affichage commercial afin de s’assurer d’une nette prédominance du français en général sur les façades plutôt que de s’attaquer directement aux marques de commerce qui semblent inattaquables. 

Un observateur honnête, rigoureux, lucide et incisif du débat

BRIAN MYLES | LEDEVOIR.COM | 09/04/2016

Voilà maintenant 106 ans que Le Devoir appuie les honnêtes gens et dénonce les coquins. L’expression à la formulation surannée qu’employait notre fondateur, Henri Bourassa, dans son tout premier éditorial du 10 janvier 1910 est encore en vogue dans notre salle de rédaction.

Les artisans du Devoir y font parfois référence, d’un ton mi-amusé, lorsqu’ils débusquent de nouveaux squelettes dans les placards encombrés de la chose publique.Le Devoir n’est plus l’organe de combat qu’il était du temps où Bourassa dénonçait l’impérialisme britannique, mais il reste porteur d’une tradition, pour ne pas dire une mission dont je suis le neuvième fiduciaire dans l’histoire. Une immense responsabilité.

L'intersectionnalité à deux vitesses

PIER-YVES CHAMPAGNE | RICOCHET.MEDIA | 08/04/2016

Dead Obies a récemment sorti son nouvel album intitulé Gesamtkunstwerk. Oeuvre d'art totale. Je crois que Christian Rioux et consorts ont bien reçu le message ; vous avez le droit de ne pas aimer ce qu'on fait, mais laissez-nous créer en paix. Deux semaines plus tôt, Tout le monde en parle recevait Louis Morissette concernant l'affaire des Black Face. Curieusement, la liberté artistique venait de prendre le bord. Du moins devait-elle être considérablement limitée par certaines normes culturelles ou politiques, ce que Louis Morissette déplorait par ailleurs, mais finit par reconnaître devant l'insistance de ses oposants.

Qu’est-ce qui motive ce double standard? La question raciale, essentiellement. Le Black Face est une pratique raciste, et refuser d’employer un noir pour jouer un rôle de noir contribue à entretenir les inégalités systémiques dont sont victimes les minorités ethniques au Québec, notamment dans le milieu du cinéma et de la télévision. Qu’en est-il de la controverse entourant Dead Obies? Le fait de créer dans les deux langues officielles du Canada, le français et l’anglais, cela ne constitue pas à première vue une forme de pratique artistique discriminatoire ou oppressante. C’est sans doute pourquoi chez les jeunes progressistes, Dead Obies est aussi populaire, alors que ces mêmes progressistes dénoncent vertement la liberté artistique lorsque c’est Louis Morissette qui la revendique pour faire des Black Face.