Accueil / Québec / Trop petit pour réussir?

Trop petit pour réussir?

Le Québec est le seul État majoritairement francophone de l’Amérique du nord. Le contexte de la mondialisation rend le combat pour la diversité culturelle et linguistique plus important que jamais. Le combat du Québec français s’inscrit dans un mouvement universel contre l’uniformisation des cultures nationales et leur réduction au rang de simples marchandises. Ce mouvement s’inscrit lui-même dans le prolongement de l’affirmation du droit des peuples à l’autodétermination et de la décolonisation qui a marqué les dernières décennies.

MQF – 02/01/2018

Dans Le candidat, récit de son incursion en politique active lors des élections fédérales de 2015, le journaliste Noah Richler affirme que, « parmi les Canadiens de toutes provinces confondues, les Québécois sont ceux qui ont le mieux compris le potentiel des arts et du sport comme vecteur de communication ». Dans le cas du sport, est-ce si sûr ? Les Québécois aiment généralement le sport, surtout le hockey, qu’ils associent souvent à leur identité collective. Or, dans ce domaine comme dans les autres, force est de constater que cette identité vit des moments difficiles.

À cette période de l’année, c’est une tradition, le Championnat du monde de hockey junior bat son plein. À Buffalo, qui accueille l’édition de 2018, l’équipe canadienne, pourtant dirigée par deux Québécois, n’a qu’un seul joueur d’ici dans ses rangs. Cette sous-représentation relève elle aussi de la tradition. Le Québec a beau être, comme le souligne le journaliste sportif Martin Leclerc, « la nation qui a inventé le hockey », il peine à trouver une place au sein de la délégation canadienne, dominée par les représentants de l’Ontario et de l’Ouest. Toute ressemblance avec la situation politique du pays n’est peut-être pas fortuite.

Une Équipe Québec

Pour remédier à cet effacement du Québec dans une discipline où il devrait pourtant briller, certains commentateurs ont avancé l’idée de présenter une Équipe Québec à ce championnat. La proposition se défend. Les Jeux olympiques n’acceptent que des pays, mais d’autres compétitions internationales se montrent plus ouvertes. « Au soccer, note Martin Leclerc, l’Écosse et le pays de Galles (respectivement aux 2e et 3e rangs des plus anciennes fédérations de ce sport dans le monde) ont le droit de participer à l’Euro ou à la Coupe du monde de la FIFA. » Le Québec, en tant que lieu de naissance du hockey, pourrait donc revendiquer sa place dans les grandes compétitions.

Chaque fois qu’elle est émise, cette hypothèse déclenche la polémique. Dans un commentaire publié le 11 décembre dernier sur le site Web de Radio-Canada, l’ancien joueur Enrico Ciccone rejette l’idée d’une Équipe Québec au hockey junior, tout en soulignant sa fierté d’être Québécois. Selon lui, cette équipe se ferait humilier par les puissances que sont le Canada, les États-Unis, la Russie, la Finlande et la Suède. Ciccone se défend de faire de la politique, mais, le cas échéant, il ferait un bon candidat libéral.

Ce point de vue a profondément irrité Martin Leclerc, candidat néodémocrate défait en 2015, qui a répliqué à Ciccone quelques heures plus tard. Avec 96 000 joueurs fédérés, a-t-il écrit, le Québec est la quatrième fédération de hockey au monde. S’il avait la chance de jouer sur la scène internationale, il serait du calibre de la Suède et de la Finlande. Affirmer qu’il est trop petit pour compétitionner avec les grands est donc une aberration.

Leclerc, d’ailleurs, en connaît un bout sur ce dernier argument. Il publie, ces jours-ci, Mister Playoffs (Hurtubise, 2017, 304 pages), une biographie du hockeyeur Daniel Brière, qui s’est illustré dans les uniformes des Sabres de Buffalo, des Flyers de Philadelphie et du Canadien de Montréal. Brière a fait mentir tous ceux qui croyaient que sa petite taille l’empêcherait de réussir. C’est même lors des séries éliminatoires, réputées pour leur jeu rude et serré, que le joueur de Gatineau a brillé avec le plus d’éclat, d’où le surnom — anglais, évidemment — qu’on lui a attribué.

Du hockey colonisé

Récit sportif énergique dans lequel Leclerc emprunte le « je », plutôt charmant et généreux, de Brière, cette biographie trace un portrait assassin de Michel Therrien, ex-entraîneur du Canadien, dépeint comme un antipédagogue rustre et mesquin, et souligne, au passage, que les joueurs québécois aiment se retrouver entre eux, mais n’ont pas le droit de parler français au travail.

Afin d’éviter que des groupuscules se forment dans le vestiaire, Lindy Ruff [entraîneur des Sabres de Buffalo] tenait absolument à ce que l’anglais soit en tout temps la langue commune durant les activités de l’équipe. Ça le froissait considérablement d’entendre deux Russes ou deux Québécois discuter entre eux dans leur langue maternelle, et il mettait systématiquement à l’amende ceux qui contrevenaient à ce règlement. ─ Daniel Brière (propos recueillis par Martin Leclerc)

On peut comprendre que les équipes de la LNH imposent une langue commune et que cette dernière soit l’anglais, langue de la majorité. Est-il acceptable, cependant, que les équipes de la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ), dont la grande majorité des joueurs sont francophones, imposent elles aussi l’anglais comme langue de travail ?

Dans un texte paru dans Le Devoir le 26 août 2017, Michel Roche, professeur à l’Université du Québec à Chicoutimi, dénonçait cette attitude de colonisé, en soulignant qu’en Russie, dans la Ligue continentale de hockey, la langue des équipes est le russe. Quand les Suédois représentent leur pays dans les compétitions internationales, ils parlent en suédois. Les Québécois ? Si le Canada daigne les choisir, ils doivent parler en anglais. S’ils tiennent à parler en français, au hockey comme dans le reste, leur horizon se limite à la réserve provinciale.

C’est ça, être colonisé, disait Pierre Bourgault.

30/12/2017 – CORNELLIER, Louis

 

 

Commentaires

Voir aussi

Valérie Plante et la langue française

Projet Montréal encourage bilinguisme institutionnel. Il est décevant de constater que la mairesse de Montréal, Valérie …

Power by

Download Free AZ | Free Wordpress Themes