Valérie Plante utilise-t-elle trop l’anglais dans ses discours?

Projet Montréal encourage bilinguisme institutionnel. Il est décevant de constater que la mairesse de Montréal, Valérie Plante, contribue au recul du français, la langue commune et officielle du Québec. Sait-elle que les grands syndicats du Québec dénoncent à l’unisson le bilinguisme institutionnel ?

MQF – 17/01/2018

VIDÉO – Billinguisme institutionnel

La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJBM) et le Mouvement Montréal français (MMF) accusent la mairesse de Montréal, Valérie Plante, d’avoir trop souvent recours à la langue de Shakespeare quand elle prend la parole publiquement.

Les deux organismes font référence en particulier à son discours de présentation du budget.

Selon une méthode éprouvée notamment à la Chambre des communes, Valérie Plante livre certains de ses discours dans les deux langues officielles du Canada en alternant les passages en français et en anglais. Elle a utilisé cette formule lors de la présentation du budget de la ville, mais aussi lors de son assermentation.

Dans un communiqué commun, la SSJBM et le MMF rappellent que le premier article de la Charte de la ville établit que « Montréal est une ville de langue française ». Ils exhortent Valérie Plante à changer de méthode.

La comédienne et animatrice Sophie Stanké, porte-parole du Mouvement Montréal Français, affirme que « tricoter » des discours avec les deux langues relève du « bilinguisme institutionnel ». Elle redoute que cette pratique se généralise, comme l’utilisation de la formule « bonjour, hi », entendue dans plusieurs commerces du centre-ville et qui a fait polémique.

La porte-parole du Mouvement Montréal Français déclare avoir reçu près de 200 courriels de personnes qui partagent son inquiétude. Elle dit avoir le soutien, entre autres, du Parti québécois et du Bloc québécois, pour lesquels elle a déjà été candidate.

Mme Stanké soutient que Valérie Plante « doit montrer l’exemple » et juge important de mettre la mairesse « dans le droit chemin » dès le début de son mandat. Sophie Stanké se défend d’être en croisade contre l’anglais ou tout autre langue (elle parle quatre langues, dont l’anglais), mais considère qu’à Montréal, « c’est le français en premier ».

Elle concède cependant qu’il est normal d’accommoder la minorité anglophone. Elle ne remet pas en cause, par exemple, le fait que la mairesse réponde dans leur langue aux journalistes anglophones pendant les conférences de presse. En revanche, elle se dit en désaccord avec des conférences de presse dont les discours introductifs seraient systématiquement dans les deux langues.

L’attachée de presse de la mairesse, Geneviève Jutras, ne comprend pas ces critiques car, dit-elle, Valérie Plante parle majoritairement en français, même si elle est très à l’aise en anglais. Mme Jutras affirme que Valérie Plante a tout à fait conscience du fait que Montréal est une ville francophone et qu’elle a beaucoup de respect pour cette réalité.

Qu’en est-il de ses prédécesseurs?

Valérie Plante n’est pas pas la première à alterner l’utilisation du français et de l’anglais dans ses discours. Denis Coderre a, par exemple, utilisé cette méthode lors de la présentation des budgets en 2014, 2015 et 2016. Le conseiller municipal de Snowdon, Marvin Rotrand, doyen du conseil municipal, souligne que Denis Coderre parlait très souvent en anglais dans ses discours publics, mais aussi lors des séances du conseil municipal, et qu’il en était de même pour Gérald Tremblay, qui est parfaitement bilingue.

En revanche, lors des présentations du budget, Gérald Tremblay avait recours à une méthode plus traditionnelle. En 2012, par exemple, il avait présenté son budget en faisant un discours d’une douzaine de minutes en français avant de le résumer brièvement en anglais.

Pierre Bourque, maire de 1994 à 2001, utilisait peu l’anglais, selon les souvenirs de plusieurs journalistes et politiciens qui l’ont côtoyé à cette époque. Marvin Rotrand se rappelle que Jean Doré utilisait quant à lui très régulièrement l’anglais, sans que personne ne s’en offusque. Quant à Jean Drapeau, ses prises de paroles en anglais étaient rares, car il n’était pas familier avec la langue.

Si Valérie Plante a effectivement présenté le budget dans les deux langues, le président du comité exécutif, Benoît Dorais, s’est, lui, exprimé seulement en français.

Ce que regrette d’ailleurs le conseiller Marvin Rotrand, qui rappelle que le prédécesseur de Benoît Dorais, Pierre Desrochers, faisait toujours quelques commentaires en anglais sur le budget. Selon M. Rotrand, Montréal est en concurrence avec des grandes villes partout dans le monde : « Quand on présente le budget, on s’adresse à des maisons de cotation, des banques ou des investisseurs potentiels qui, généralement, utilisent l’anglais. »

Le conseiller Marvin Rotrand souhaiterait que Montréal s’inspire de la ville de New York, qui est, à son avis, « un exemple de tolérance et qui donne accès à des informations en 90 langues ». Un souhait irréaliste, estime Sophie Stanké, qui juge le contexte totalement différent puisque Montréal se bat depuis plusieurs années pour préserver le français dans une mer anglophone.

M. Rotrand rétorque que le français n’est pas menacé et que ce n’est pas un enjeu pour la plupart des Montréalais.

La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal et le Mouvement Montréal français ont demandé une rencontre avec Valérie Plante. La mairesse a répondu favorablement, mais la date n’a pas encore été arrêtée.

17/01/2018 – DESROCHERS, Annie

 

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