Accueil / Francophonie / Il y 10 ans, Lord Durham suscitait la controverse à Ottawa

Il y 10 ans, Lord Durham suscitait la controverse à Ottawa

L’appréciation de l’histoire du Canada et du Québec n’est pas la même de la part des anglophones et des francophones. Le Canada français et les Québécois ne rendront jamais hommage à Lord Durham.

MQF – 20/11/2017

En 2007, Ottawa célébrait son 150e anniversaire en tant que capitale. À cette occasion, la Commission de la capitale nationale (CCN) organisait une exposition sur des personnages ayant façonné le Canada. Parmi eux, Lord Durham, un choix qui a provoqué l’ire des francophones. Récit d’une controverse historique.

La CCN ne se doutait pas de la polémique que susciterait son exposition murale Une capitale de choix, sur le 150e anniversaire du choix de la ville d’Ottawa comme capitale nationale.

Pour souligner l’événement, l’agence fédérale décide de rendre hommage à une douzaine de personnages qui ont participé à l’évolution du Canada-Uni.

Parmi ces personnages, John A. Macdonald, la reine Victoria et John George Lambton, dit Lord Durham. La présence de ce dernier sur la rue Sparks suscite alors une controverse qui finira par animer la région pendant quelques semaines.

En 1839, Lord Durham, alors gouvernement général de l’Amérique du Nord britannique, publiait son célèbre rapport faisant suite à la rébellion des Patriotes de 1847. Ce rapport donnera naissance à l’Acte d’Union en 1840.

Les trois recommandations du rapport Durham :

  • L’union du Haut-Canada et du Bas-Canada ;
  • L’instauration d’un gouvernement responsable afin de donner un réel poids politique à la population ;
  • L’assimilation des Canadiens français, « sans histoire et sans littérature » selon Durham.

Dans la brève biographie rédigée par le CCN, on fait référence à l’union des deux Canada et à l’instauration de la responsabilité ministérielle, mais pas à la proposition d’assimiler les Canadiens français.

C’est pour les tirer de cette infériorité que je désire donner aux Canadiens notre caractère anglais. ─ Extrait du rapport Durham

Cette omission provoque la consternation de plusieurs francophones, dont le président d’Impératif français de l’époque, Jean-Paul Perreault.

« C’est insultant de voir que dans la capitale de la fédération canadienne, on utilise des ressources pour rendre hommage à celui qui a proposé un plan de génocide culturel pour les Canadiens français », déclare-t-il au quotidien Le Droit.

La CCN présente finalement des excuses et retire le portrait de Durham le 5 novembre, croyant mettre fin à la controverse.

Loin de clore cet épisode, la décision provoque plutôt la colère d’anglophones aux quatre coins du pays, qui y voient du révisionnisme de l’histoire.

« Aucun lecteur raisonnable de l’histoire ne pourrait conclure que Lord Durham a été mauvais pour le Canada », peut-on lire dans un éditorial du Ottawa Citizen. « La suppression de Durham est un danger à notre démocratie », titre pour sa part un chroniqueur du Daily News.

La CCN choisit finalement de corriger la biographie de Lord Durham, en prenant soin de bien mentionner son rapport. Le 23 novembre 2007, Durham et sa biographie corrigée font leur retour officiel sur la rue Sparks.

La période de tumulte semblait être définitivement passée, mais la question continue de faire des vagues jusqu’à la Chambre des communes, où des députés du Bloc québécois demandent au gouvernement de présenter des excuses officielles aux Canadiens français – chose que le gouvernement Harper n’a pas faite.

Le débat sur le legs de Lord Durham ne se conclura jamais vraiment. Dix ans plus tard, il continue de ressurgir régulièrement dans l’actualité et de provoquer des débats.

19/11/2017 – BOUCHARD, Daniel

 

Commentaires

Voir aussi

L’écrivaine Leïla Slimani, nouvelle voix francophone d’Emmanuel Macron

Les prochains mois nous diront pourquoi Emmanuel Macron nomme cette représentante pour la francophonie. MQF …

Power by

Download Free AZ | Free Wordpress Themes