Affichage bilingue : le temps est-il venu de serrer la vis?

Il ne faut pas que les Acadiens soient timides à imposer un affichage bilingue car tous les États du monde légifèrent en matière linguistique.

MQF – 05/06/2018

Doit-on en faire plus pour assurer l’affichage bilingue dans les communautés où les francophones sont majoritaires? L’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick (AFMNB) pense que oui et veut recommander à ses membres d’adopter des arrêtés municipaux contraignants.

« Un moment donné, le règlement devient peut-être nécessaire », lance le directeur général de l’AFMNB, Frédérick Dion.

Depuis près de 10 ans, l’AFMNB se fie à la bonne volonté des municipalités pour que le français prenne plus de place dans l’affichage commercial des villes bilingues. Il y a eu des progrès, selon Frédérick Dion, qui croit toutefois que la méthode du bâton s’impose de plus en plus.

On pourrait suggérer l’option de la réglementation de façon plus pressante. À Dieppe, par exemple, après quelques années d’efforts, on s’est rendu compte qu’on avait atteint un plafond et que, pour aller plus loin, l’approche réglementaire devenait nécessaire. ─ Frédérick Dion, directeur général de l’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick.

L’association aimerait maintenant que les municipalités adoptent des arrêtés pour forcer les entreprises à respecter l’affichage commercial bilingue.

Frédérick Dion dit qu’il est même prêt à demander l’adoption d’une loi provinciale. « On est une province bilingue ou on ne l’est pas. »

« On veut voir à Shediac et ailleurs si on a atteint le maximum possible avec l’approche volontaire et si le règlement nous permettrait d’aller plus loin », précise-t-il.

De modestes améliorations

Quinze municipalités du Nouveau-Brunswick ont adopté une politique linguistique en matière d’affichage au cours des dix dernières années. Ces villes et villages ont aussi encouragé les entreprises à modifier leur affiche extérieure pour faire plus de place au français.

Dans la province, environ 250 entreprises ont modifié leur affiche extérieure, dont 46 à Dieppe, 41 à Shediac, 22 à Saint-Antoine et 9 à Bathurst.

Le programme « Notre paysage linguistique », offert par l’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick, a donné une impulsion à ces changements. Le programme, qui a pris fin le 31 mars, aura coûté un peu plus de 300 000 $.

« Ce n’est pas la panacée, notre programme. On a eu des résultats intéressants, comme à Shediac où on a vu une nette amélioration, mais il faut voir comment on peut aller plus loin », dit Frédérick Dion.

Les villes de Dieppe et d’Atholville se sont dotées d’arrêtés municipaux qui imposent le bilinguisme dans l’affichage commercial. Dans le cas des autres municipalités, il s’agit plutôt d’une politique linguistique qui encourage le bilinguisme, sans pour autant forcer les entreprises à s’y soumettre.

Les municipalités prêtes à passer à la prochaine étape?

Le maire de Richibucto et ancien président de l’AFMNB, Roger Doiron, croit qu’il y a encore beaucoup de chemin à faire.

« C’est sûr qu’à l’heure actuelle, la méthode douce n’a pas nécessairement donné des résultats. Est-ce qu’on doit légiférer? C’est une très bonne question. Chez nous, avec le conseil municipal que j’ai, j’aurais de la misère à faire accepter un règlement pour obliger les commerces à afficher en français et en anglais. »

Le maire de Richibucto, Roger Doiron.
Le maire de Richibucto, Roger Doiron Photo : Radio-Canada
Et il est loin d’être convaincu que toutes les municipalités sont prêtes à adopter des arrêtés municipaux sur l’affichage bilingue.

« On se rend compte que ce n’est pas aussi évident que ça peut paraître. Dans des communautés comme les nôtres, même si les francophones sont majoritaires, il y a du travail à faire pour mettre fin à la résistance de certains francophones de l’importance d’avoir de l’affichage bilingue », affirme Roger Doiron.

Il y a encore de la sensibilisation à faire, mais il y a encore de nos francophones qui sont frileux, très frileux, à vouloir exiger que l’on s’affiche dans les deux langues. ─ Roger Doiron, maire de Richibucto

L’AFMNB a l’intention de faire le bilan du programme « Notre paysage linguistique » lors de sa prochaine assemblée générale annuelle. Elle décidera ensuite de la prochaine étape à suivre.

Les municipalités à avoir adopté une politique linguistique :

  • Atholville
  • Bathurst
  • Beaubassin-Est
  • Bouctouche
    Cap-Pelé
  • Dieppe
  • Memramcook
  • Moncton
  • Petit-Rocher
  • Pointe-Verte
  • Rogersville
  • Saint-Antoine
  • Saint-Louis-de-Kent
  • Shediac
  • Richibucto
SOURCE – 01/06/2018 – ALLARD, Catherine

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