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Cachez cette réalité que je ne saurais voir

Le Québec s’anglicise. La langue française recule particulièrement dans la région de Montréal. L’assimilation des Québécois de langue française est indéniable et l’histoire de l’Amérique française le témoigne par les changements de statut politique et juridique du Canada et du Québec.

La Proclamation royale (1763) est l’annexion de la Nouvelle-France à l’Empire britannique. Ce bouleversement politique représente pour les Canadiens français une perte de leur souveraineté et aussi du contrôle de leur économie. C’est le début de la dépendance à l’Empire britannique.

L’Acte d’Union (1840) est une première tentative de la part de l’Empire britannique d’assimiler les Canadiens français. Cependant, grâce à sa force démographique, ils font contrepoids et cette assimilation est alors impossible.

L’Acte de l’Amérique du Nord britannique (1867) est le début de l’assimilation du Canada français submergé par de nouvelles provinces anglophones. C’est à partir de ce changement de statut que les lois anticatholiques et antifrançaises furent adoptées dans les provinces anglaises par des gouvernements contrôlés par des Orangistes enracinés dans l’idéologie de la race supérieure.

Enfin, la Loi constitutionnelle de 1982 s’avère le début d’un processus judiciaire de déconstruction de la Charte de la langue française (1977) par les Tribunaux canadiens qui provoquent le retour en force de la langue anglaise à Montréal par un bilinguisme institutionnel organisé avec la complicité de l’État québécois.

Les membres ou celles et ceux qui suivent le Mouvement Québec français savent que la langue française recule rapidement depuis les années 1990 car le poids démographique des Québécois de langue française maternelle est passé de 83% à 79%.

Selon une étude du démographe Marc Termote, il ne restera en 2056 que 72% des Québécois qui utiliseront la langue française comme langue d’usage. 

La démographie ne pardonne pas. Il faut renverser la tendance. Protégeons notre langue et notre identité et cela sans complexe.

Pour paraphraser l’intellectuel Pierre Bourgault, protéger notre langue (et notre identité), c’est protéger toutes les langues (et toutes les identités) contre l’hégémonie d’une seule.

Réagissons et vite.

MQF – 31/01/2017

À LIRE – Les vérités alternatives ne sont pas l’apanage exclusif du nouveau président américain. Elles sont aussi largement répandues de ce côté-ci de la frontière par nos politiciens et les agents de relations publiques de divers groupes d’intérêt qui déploient toute leur ingéniosité à enrober des réalités dérangeantes de pieux mensonges pour conserver l’illusion qu’ils nous disent la vérité. La déchéance de la langue française au Canada n’échappe pas à ces visions tronquées pour mieux adoucir notre résistance.

La récente étude de Statistique Canada sur l’immigration et la diversité révèle cette vérité troublante que le français est en déclin au Québec et ailleurs au Canada malgré les assertions de certains ministres ou politiciens qui voudraient nous faire croire autrement. Contrairement à l’enthousiasme qu’ils manifestent devant la montée du bilinguisme au Canada, il serait plus de mise qu’ils s’en inquiètent car cette hausse est essentiellement dû à sa progression au Québec alors qu’il recule dans le reste du pays.

Les projections de Statistique Canada jusqu’en 2036 permettent d’entrevoir un avenir où la langue commune sera l’anglais partout au Canada et où la langue française sera celle d’une minorité parmi d’autres. Dans une telle conjoncture, la langue française risque d’être réduite à un usage folklorique et le Québec de devenir l’Acadie de demain. En ne disposant pas de la plaine maîtrise de notre développement, nous sommes une race en péril. Malgré ces évidences, nos leaders politiques se rebutent à une telle vérité, y compris chez certains qui se prétendent souverainistes et qui nous présentent une plate-forme diluée sur la langue.

Comme le Tartuffe de Molière, nos politiciens préfèrent cacher cette vérité que le peuple ne saurait voir sans que sa fierté soit blessée et qu’il n’éprouve de coupables pensées d’émancipation. C’est ainsi qu’ils s’efforcent de nous présenter des faits alternatifs comme le progrès du bilinguisme ou l’ouverture du reste du Canada à la dualité linguistique en omettant de dire que cette ouverture repose sur le bilinguisme des francophones. Pendant qu’ils s’égarent dans les artifices, nous disparaissons un peu plus chaque jour sans trop nous en rendre compte.

Le Québec a besoin d’un plus grand nombre d’allumeurs de réverbère pour nous éclairer sur le triste sort de notre langue et de notre identité si nous ne sortons pas de la léthargie dans laquelle nous engourdissent les fédéralistes inconditionnels. Il a aussi un très grand besoin d’une nouvelle génération de politiciens qui partageront ce souci de vérité sur les dangers courus et la volonté d’y faire face en toute lucidité pour assurer la pérennité de notre langue et de notre identité.

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