Cette langue qui dérange tant

La francophonie est tranquillement effacée des Jeux Olympiques

MQF – 25/02/2018

Sans surprise, les Jeux olympiques de Pyeongchang sont un immense succès. La Corée du Sud est présentée sous son meilleur jour et les athlètes du monde entier multiplient les exploits. Les scandales, la tricherie et les dépassements de coûts pharaoniques de Sotchi semblent bien lointains.

Nous l’avions écrit la semaine dernière, les Jeux ont cette capacité de balayer sous le tapis pendant deux semaines les problèmes les plus gênants. La même chose était arrivée il y a 2 ans à Rio. Ce n’est qu’une fois les athlètes partis que l’avenir des éléphants blancs légués en héritage et les problèmes de pollution existants sont revenus dans l’actualité.

Du point de vue canadien, les téléspectateurs en ont pour leur argent. Il se passe rarement une journée sans que l’un de nos athlètes remporte une médaille.

Encore une fois, l’Acadie n’a pas envoyé d’athlète aux Olympiques d’hiver. Nos derniers représentants restent Shawn Sawyer (patinage artistique), d’Edmundston, et Serge Després (bobsleigh), de Cocagne, qui ont fait le voyage à Turin en 2006.

Nous pouvons toutefois nous consoler en sachant que ce qui a peut-être été la plus grande performance des Jeux trouve sa source au Nouveau-Brunswick. Le patineur de vitesse Ted-Jan Bloemen a remporté le 10 000 mètres sur longue piste, certainement l’une des épreuves les plus prestigieuses et les plus exigeantes de la quinzaine. Toutes les médailles n’ont pas le même poids, et celle-là est parmi celles qui pèsent le plus.

C’est la première fois que le Canada remportait une médaille dans cette épreuve. Or, Bloemen, qui a vécu presque toute sa vie aux Pays-Bas, porte la feuille d’érable sur son uniforme grâce à son père, un citoyen canadien originaire de Bathurst.

Il aura fallu un incident à caractère linguistique pour mettre fin temporairement à la «magie» olympique, du moins chez les francophones du Canada.

Vous connaissez l’histoire. Un dirigeant de Hockey Canada a exigé que l’annonceur maison des rencontres olympiques à l’aréna de Gangneung, un Québécois, prononce certains noms d’origine latine avec un accent anglophone. L’affaire a fait un brouhaha, en particulier au Québec, mais aussi à Ottawa.

Le véritable scandale ne réside toutefois pas dans cette demande.

Après tout, si Derek Roy, qui est franco-ontarien et qui parle aussi bien la langue de Molière que vous ou moi exige que son nom de famille soit prononcé Wr-oye plutôt qu’à la française, bien lui en fasse. Il ne sera pas le premier à vouloir se fondre dans la masse anglophone.

C’est plutôt la rapidité – certains diront le zèle – de Hockey Canada à vouloir s’attarder à ce «problème» qui est préoccupant. Il y a deux poids, deux mesures. En effet, vous devinerez que bien des noms francophones ont été anglicisés dans les compétitions internationales au cours des années, sans qu’un seul bonze de Hockey Canada n’y trouve à redire.

C’est seulement quand un nom est prononcé à la française que cela chatouille les oreilles de ces augustes messieurs.

Tout cela est d’autant plus déplorable que le président de Hockey Canada est originaire du Nouveau-Brunswick. L’Acadie Nouvelle vous l’a présenté il y a une dizaine de jours. Il s’agit de Scott Smith, natif de Bathurst.

N’attendez toutefois rien de lui ou de quiconque dans cette organisation sur le front linguistique. C’est dans les habitudes de la maison. Les hauts cris de la ministre fédérale Mélanie Joly ou du gouvernement du Québec n’y changeront rien.

Au Canada, les sports olympiques se pratiquent dans les deux langues officielles, mais sont surtout gérés en anglais. Cela s’explique par le fait que la majorité des fédérations nationales sportives (dont Hockey Canada) sont basées à Calgary.

Le français est constamment relégué au second plan, ce qui provoque parfois des controverses. Souvenez-vous des cérémonies d’ouverture des Jeux olympiques de Vancouver de 2010. Le français avait été presque complètement évacué. Un exemple parmi tant d’autres: des poèmes emblématiques avaient été lus par des personnalités connues. Ceux écrits originalement en français avaient été traduits et récités en anglais pour l’occasion.

Par ailleurs, les athlètes affrontent les meilleurs de leur discipline partout dans le monde. La langue commune est l’anglais, ce qui influence nos athlètes.

Des héros olympiques comme Charles Hamelin ou Mikaël Kingsbury sont de fréquents utilisateurs de Twitter. Ils écrivent presque uniquement en anglais.

Qu’on se le dise, les athlètes canadiens sont une source exceptionnelle d’inspiration pour notre jeunesse, tant en Acadie qu’ailleurs au Canada. Mais cela se fait en anglais, même si le français est officiellement l’une des deux langues officielles du mouvement olympique.

Cela n’empêche pas des organismes comme Hockey Canada de trouver que la langue de Gaétan Boucher et de Pierre Harvey prend encore trop de place. Et ils ne se gênent pas pour nous le faire savoir.

Le français n’a pas fini d’être bafoué. En ce sens, le Nouveau-Brunswick et les Jeux olympiques ont plus en commun qu’on ne pourrait le croire.

23/02/2018 – GRAVEL, François

 

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