La Charte de la langue française fait partie de l’ADN de la nation québécoise

« Les Québécois de langue française ne représentent que 2 % de la population de l’Amérique du Nord. Or le bilinguisme institutionnel entraîne invariablement l’assimilation des langues minoritaires. À l’extérieur du Québec, il n’a pas empêché l’assimilation massive des francophones, qui s’est même accélérée. »

MQF – 19 juillet 2018

Il est faux de croire que la Charte de la langue française du Québec est une exception en matière linguistique. Il y a des lois linguistiques dans presque la totalité des États du monde dont la grande majorité possède un système scolaire unilingue et applique des politiques d’immigration, linguistique et culturelle, modelées selon leurs besoins.

À la face du monde, le Québec est un État agissant comme les autres États. Nous n’avons pas à douter du bien-fondé de nos politiques. Organiser, protéger, restreindre et promouvoir, c’est commun à la législation linguistique.

Or, en raison de sa différence culturelle ainsi que de sa volonté de perpétuer sa culture française en Amérique du Nord, il est nécessaire que le Québec applique des solutions novatrices et audacieuses au cœur de ses politiques d’immigration, linguistique et culturelle.

Comme Camille Laurin et ses compères ont su faire en 1977 en adoptant la Charte de la langue française.

Un coup de force à l’époque mais incontestablement une loi moderne et sensible à la réalité politique québécoise. Elle a encore aujourd’hui toute sa légitimité puisque l’État du Québec ne possède pas tous ses pouvoirs. Avant d’être un État fédéré, il est un État inachevé.

D’autant plus qu’il est de plus en plus difficile d’appliquer des solutions novatrices et audacieuses en raison des mesures politiques et juridiques imposées par la Constitution canadienne de 1982.  Plus de 40 ans après son adoption à l’Assemblée nationale, la Charte de la langue française a été charcutée par les tribunaux du Québec et du Canada. Par surcroît, lorsque des mesures sont prises par le Québec pour améliorer le sort de la langue française et mettre fin au bilinguisme institutionnel, le gouvernement du Québec lui-même n’applique pas toujours ce qui le devrait, comme le démontre l’inapplication depuis plus de 15 ans de l’article 1 de la loi 104 qui dispose que « les ministères et organismes publics du Québec doivent communiquer uniquement en français avec les corporations établies au Québec et les personnes morales. » Ce « laisser-aller » politique provoque à la fois une discrimination à l’embauche de citoyens unilingues de langue française et défavorise un grand nombre de nouveaux arrivants qui ne maîtrisent pas la langue anglaise.

L’attachement des Québécois à la langue française

Les Québécois ne sont pas dupes. Un récent sondage Léger, commandé par le Mouvement Québec français et dévoilé en juin dernier, rapporte que « 55% des Québécois et Québécoises sont d’avis que la situation du français au Québec est actuellement moins bonne qu’il y a 10 ans.  Par ailleurs, ils sont 57% à croire que la situation du français sera moins bonne dans 10 ans qu’elle ne l’est actuellement. Seuls 5% des Québécois pensent, en éternels positifs, que la situation de la langue est à la fois meilleure qu’il y a 10 ans et destinée à s’améliorer encore au courant de la prochaine décennie. »

Face à sa situation historique et politique, le Québec a le devoir de favoriser l’apprentissage, la maîtrise, la valorisation et la défense de la langue française au sein de ses institutions publiques ainsi que sur l’ensemble de son territoire. Il est nécessaire que tous les Québécois ─ les nouveaux arrivants comme les natifs ─  puissent maîtriser la langue française le plus efficacement possible afin de contribuer pour le mieux à l’essor économique et culturel de la nation québécoise.

Il est aussi le devoir de Québec de conserver son identité culturelle propre. C’est d’autant plus un devoir pour le Québec qu’il ne maîtrise pas tous les leviers de contrôle de ses politiques migratoire, linguistique et culturelle au sein du régime fédéral canadien. À la lumière des dernières études et autres statistiques, ses efforts sont toutefois nettement insuffisants ou pas suffisamment efficaces. Les seules statistiques sur l’alphabétisation au Québec le démontrent clairement.

Pourtant, la volonté des Québécois de maîtriser et protéger sa langue française est toujours aussi forte comme le démontre ce sondage de 2018, où « […] les francophones les plus liés affectivement au Québec sont plus susceptibles de croire que la protection du français est insuffisante. Ils sont 65 % dans ce cas, par rapport à 46 % pour les répondants se disant « plutôt attachés » au Québec. De plus, « 26 % des québécois de langue française estime que l’Adoption de la Charte de la langue française (Loi 101) est l’événement historique le plus important des 50 dernières années, tout juste derrière la Révolution tranquille à 30%. »

Un perpétuel combat

Au sein d’un Canada multiculturel à majorité de langue anglaise, le Québec affronte et affrontera sans cesse des enjeux démographiques et linguistiques existentiels. La réalité est telle qu’il lui faut et faudra résister sans relâche, qu’il lui faut et faudra aussi faire preuve de créativité, si le Québec veut demeurer… le Québec.

De tout évidence, un autre coup de force est inévitable. Il lui faudra tôt ou tard renforcer la Charte de la langue française.

 

Un texte du Mouvement Québec français

 

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