Commissaire aux langues officielles : un candidat écarté dit ne pas avoir voulu jouer le jeu politique

Cette histoire n’est pas surprenante. Au contraire.

MQF – 26/05/2017

Le juriste acadien Michel Doucet, candidat au poste de commissaire aux langues officielles du Canada, soutient qu’un député libéral fédéral lui a indiqué que s’il ne parlait pas à certains chefs de file du Parti libéral du Canada, il ne pourrait pas obtenir le poste.

L’avocat spécialisé en droits linguistiques de Moncton Michel Doucet a postulé pour le poste de commissaire aux langues officielles du Canada. Il est passé par toutes les étapes du processus de sélection, des évaluations du comité de sélection aux entrevues. Il en était rendu à l’ultime étape.

Radio-Canada révélait plus tôt cette semaine qu’une liste de candidats présélectionnés avait été soumise directement à la ministre Mélanie Joly, qui effectuait elle-même l’entrevue finale. Michel Doucet n’a pas accédé à cette entrevue finale.

« Il n’y a eu aucune question d’un autre processus d’évaluation ou d’entrevue auprès de la ministre Joly. J’ai appris la nomination de Mme Meilleur comme tout le monde le 10 mai par le reportage de Radio-Canada. »

«  C’est pas comme ça que ça marche  »

Au mois de mars, Michel Doucet soutient avoir discuté avec un député libéral fédéral, qui ne participait pas, par ailleurs, à la sélection du prochain commissaire aux langues officielles.

Il m’a dit oublie ça, tout le monde sait que c’est madame Meilleur qui va être nommée au poste de commissaire aux langues officielles.

– Michel Doucet

L’avocat lui a répondu qu’il croyait que le processus suivait son cours. « Il m’a indiqué à ce moment-là que si j’étais sérieux, peut-être ce serait mieux pour moi de parler à certains chefs de file du gouvernement du Parti libéral ».

Michel Doucet dit avoir répliqué que lorsqu’il présentait une candidature, il voulait être choisi pour ses compétences et non pas pour ses allégeances politiques. « On m’a répondu : “C’est beau, félicitations! C’est un beau principe, mais c’est pas comme ça que ça marche!” »

Selon l’avocat, le député libéral fédéral était convaincu que pour obtenir le poste de commissaire aux langues officielles du Canada, les contacts politiques étaient importants.

« D’ailleurs, on l’a vu que Mme Meilleur elle-même l’a dit lorsqu’elle est allée parler avec les gens dans les bureaux du premier ministre. Sur ce plan-là, j’ai été naïf, je croyais que la réalité politique canadienne avait changé et qu’on évaluait les gens sur leurs compétences, mais je crois que les contacts politiques demeurent tout aussi importants ».

Une nomination déjà contestée

La nomination de Madeleine Meilleur au poste de commissaire aux langues officielles a été loin de faire l’unanimité récemment à la réunion du Comité permanent des langues officielles de la Chambre des communes.

Le premier ministre Justin Trudeau a récemment annoncé la candidature de l’ex-députée libérale provinciale d’Ottawa-Vanier pour remplacer Graham Fraser, une candidature qualifiée de partisane par les partis d’opposition.

Une plainte à l’étude

L’avocat Michel Doucet dit maintenant étudier la possibilité de déposer une plainte au Commissariat aux langues officielles contre le premier ministre et contre le gouvernement fédéral.

Je ne le fais pas pour favoriser ma candidature, parce que ma candidature est morte, elle le sera certainement, morte, après cette entrevue.

– Michel Doucet

« On a pratiquement annoncé le poste avant que [les] consultations avec les partis d’opposition n’aient eu lieu. Mme Joly dit qu’elle a consulté des porte-parole des partis d’opposition, c’est pas ça que prévoit la loi. Donc sur ce plan-là, il pourrait y avoir une plainte », ajoute-t-il.

Il serait intéressant, selon Michel Doucet, que dès le début de son mandat comme commissaire aux langues officielles Madeleine Meilleur enquête pour vérifier si le gouvernement, dans le processus qui a mené à sa nomination, a respecté la procédure qui est prévue dans la Loi sur les langues officielles. « C’est important… On crée ici un précédent qui peut avoir un impact sur la nomination d’autres hauts fonctionnaires au niveau fédéral et aussi sur l’indépendance du Commissariat aux langues officielles. »

C’est un poste qui est trop important dans ce cas-ci pour qu’on permette de le noyer dans certaines magouilles politiques. Je crois que les choses doivent être clarifiées.

– Michel Doucet

25/05/2017 – STEINBACH, Nicolas

 

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