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Dossier : La loi 101 au collégial

Objectif : Modifier la proposition principale du Parti Québécois afin que le programme adopté en septembre 2017 favorise davantage le français comme langue commune de l’espace public.

Modification #1 – Ajout à la proposition principale du PQ – Appliquer la loi 101 au collégial

  •  Biffer et ajout 
  •  Pourquoi 
Les paragraphes 0546, 0547 et 0548 de la proposition principale disent:

0546 Le choix des cégeps anglophones par une trop grande proportion d’élèves allophones doit être renversé par une action robuste pour rendre les cégeps francophones plus attractifs sur tous les plans, notamment dans leur offre linguistique, en :

0547 Permettant aux étudiants des cégeps francophones qui le désirent et qui démontrent une maîtrise du français suffisante de suivre au cégep un parcours en anglais enrichi qui pourra comporter une session dans un cégep anglophone ;

0548 Ainsi, les étudiants allophones et francophones qui choisissent aujourd’hui un cégep anglophone afin d’y acquérir une meilleure connaissance de l’anglais pourront atteindre le même objectif, légitime, mais en choisissant pour y arriver un cégep francophone.

Proposition : Biffer les paragraphes 0547 et 0548 pour les remplacer par la proposition suivante:

Le Parti Québécois :

A) Étendra aux cégeps et aux écoles de formation professionnelle les dispositions de l’actuelle Charte de la langue française appliquées aux écoles ;

B) Favorisera l’apprentissage intensif de l’anglais langue seconde et/ou du français langue seconde au moment le plus efficace à la fin du primaire ou au secondaire ;

C) Instaurera une épreuve uniforme de français dans les cégeps anglophones ;

D) Permettra l’accessibilité à des cours optionnels intensifs dans plusieurs autres langues intégrant les communautés culturelles dans le cadre d’échanges bilatéraux linguistiques et culturels.

La problématique

En 2011, l’ex-député de Borduas, Pierre Curzi, rendait public une étude exhaustive expliquant pourquoi le refus d’étendre l’application de la loi 101 au collégial favorisait l’anglicisation du monde du travail. L’étude de Curzi se basait sur celle de l’Institut de recherche sur le français en Amérique et sur les données de l’enquête sur les ménages de Statistique Canada. En somme, parmi les jeunes ayant déjà fait le saut du secondaire français au cégep anglais, ceux qui souhaitent poursuivre leurs études choisiront presque systématiquement l’université anglaise. Aussi, dans la plupart des cas, leur langue de travail sera l’anglais.

Plus précisément, 50% des francophones ayant fait leurs études postsecondaires en anglais travailleront en anglais. En comparaison, 95% de ceux ayant étudié en français gagneront leur vie par la suite dans la langue de Boucar Diouf.

Chez les allophones, 75% de ceux ayant complété leurs études postsecondaires en anglais travailleront dans cette langue une fois sur le marché du travail. Or, c’est l’exact opposé dans le cas des finissants allophones d’un cégep francophone, la vaste majorité optant pour un emploi en français, sans compter leurs habitudes de consommation qui tendront à favoriser davantage la culture francophone. N’est-ce pas là une preuve amplement suffisante de l’efficacité du cégep français comme lieu par excellence de l’intégration à la langue française et à la culture québécoise?

Angliciser en amont

Selon les données disponibles au moment de la publication de l’étude de Curzi, il y avait en 3 500 étudiants qui passaient annuellement du secondaire français au collégial anglais, soit 1 750 francophones et 1750 allophones. En 2014, 4000 étudiants (2 000 francophones et allophones) ont sauté la clôture vers le collégial anglais. Ces 500 étudiants additionnels représentent une augmentation de 14% depuis 2007.  Pour plusieurs, cette perte de 4000 étudiants a une faible incidence sur la vitalité de notre langue commune. Mais, le cumul révèle que, ne serait-ce que sur la durée d’une carrière, soit environ 35 ans, c’est plus de 140 000 personnes sur le marché du travail qui auront une forte propension à privilégier l’anglais dans leur vie quotidienne et professionnelle.

L’État met tout son poids du côté de l’anglais

Ceux qui refusent d’appliquer la loi 101 au collégial  ne voient pas le lien de cause à effet avec sous-financement de nos universités de langue française et les pertes d’effectifs essuyées par le réseau collégial francophone. 4000 étudiants par année, ce n’est pas rien. Cela représente une cohorte (deux ans et demi) de 10 000 étudiants qui viennent grossir les effectifs des cégeps de langue anglaise au détriment des cégeps francophones. Au Québec, alors que la communauté anglophone forme seulement 8% de la population, 23% des cégépiens qui suivent la formation pré-universitaire choisissent de le faire en anglais. Par ailleurs, les universités de langue anglaise attirent plus de 21% de tous les étudiants formés au primaire et au secondaire. Puisque le financement se révèle directement lié au nombre d’étudiants, les universités de langue française s’en trouvent donc grandement désavantagées.

Il faut sortir de ce cul-de-sac institutionnel et linguistique. La mesure phare, c’est la loi 101 au cégep. Cela fait des décennies qu’on en parle, mais qu’on refuse d’agir. Imaginez tous les emplois directs et indirects qui s’exerceraient en langue française si tous ces étudiants, plutôt que de migrer vers le réseau anglophone, fréquentaient nos institutions postsecondaires francophones. Tout en respectant scrupuleusement les droits de la minorité historique anglophone, nous participerions ainsi à faire de Montréal, une ville véritablement de langue commune française, à l’instar de Toronto, ville anglaise où, tout naturellement, on forme les étudiants en anglais pour qu’ils travaillent ensuite… en anglais.

Rappelons que les péquistes avaient adopté la mesure lors de leur dernier congrès en 2011. Aucune analyse politique sérieuse (journaux ou études universitaires) n’a attribué la défaite de 2014 et la très mince victoire en 2012 au fait que le PQ ait dans son programme cette mesure.

Empêcher les jeunes d’apprendre l’anglais?

Bien que les données justifiaient en 2011 d’étendre les dispositions de la Charte de la langue française (CLF) au collégial, il subsistait une réticence quant à l’idée d’empêcher l’apprentissage de l’anglais à de jeunes adultes. Le Comité des jeunes du PQ (CNJPQ) comprenait bien la pertinence de la mesure, mais cherchait à voir de quelle façon ce pas en avant ne serait pas perçu chez la jeunesse comme une fermeture au monde et aux possibilités d’emploi accrues qu’offre la connaissance d’une seconde ou d’une troisième langue. L’équipe du bureau du député de Borduas et le CNJPQ se sont mis en mode créativité et ont proposé de développer des créneaux d’excellence linguistique dans différents cégeps de langue française où tous pourraient suivre des cours de langue seconde dans le cadre du bloc des cours complémentaires. Ainsi, pour les étudiants ne maîtrisant pas suffisamment l’anglais, ces cours s’ajouteraient aux trois cours déjà prévus dans le bloc des cours obligatoires. Pour les autres, l’apprentissage d’une troisième langue devenait possible. De plus, certains cégeps en perte d’effectifs auraient pu attirer les jeunes des grands centres avec une spécialisation en espagnol ou en mandarin. La formule était gagnante pour tous et c’est pourquoi la mesure a été adoptée à la quasi-unanimité au Congrès de 2011.

Brimer la liberté de choix ?

Certes, de la même manière qu’à l’égard des cégépiens, on peut prétendre que l’application de la CLF au primaire et au secondaire brime le «droit individuel» et la «liberté de choix» de parents adultes. Mais, rappelons-nous que ce qui était inacceptable en 1977 pour plusieurs est devenu une norme largement acceptée aujourd’hui. Dans un autre ordre d’idées, personne ne s’offusque à ce que l’on interdise complètement la consommation d’alcool chez les jeunes adultes qui prennent la route alors que l’on permet aux adultes plus vieux d’avoir un taux de 0.079% au volant? On brime les adultes qui veulent rouler rapidement sur les routes en leur donnant des amendes salées, en leur enlevant des points d’inaptitude et leur faisant payer plus cher leur assurance. Parlez-en particulièrement aux motocyclistes ! Après tout, c’est un choix personnel de rouler à 180 km/h sur sa moto… La rhétorique de l’adulte libre de choisir ne tenant plus, il n’y a donc rien qui justifie de ne pas appliquer la Charte de la langue française au collégial!

Modification #2 – Session optionnelle en anglais au collégial – Faire biffer de la proposition principale du PQ
  • Biffer 
  • Pourquoi

Les paragraphes 0546, 0547 et 0548 de la proposition principale disent:

0546 Le choix des cégeps anglophones par une trop grande proportion d’élèves allophones doit être renversé par une action robuste pour rendre les cégeps francophones plus attractifs sur tous les plans, notamment dans leur offre linguistique, en :

0547 Permettant aux étudiants des cégeps francophones qui le désirent et qui démontrent une maîtrise du français suffisante de suivre au cégep un parcours en anglais enrichi qui pourra comporter une session dans un cégep anglophone ;

0548 Ainsi, les étudiants allophones et francophones qui choisissent aujourd’hui un cégep anglophone afin d’y acquérir une meilleure connaissance de l’anglais pourront atteindre le même objectif, légitime, mais en choisissant pour y arriver un cégep francophone.

Proposition : Biffer les paragraphes 0546, 0547 et 0548.

Important :

1-Les paragraphes de la proposition principale qui ne seront pas biffés par une proposition qui aura franchi les congrès de circonscription, régionaux et national feront partie intégrante du programme du PQ.

2-Par conséquent, il est plus difficile de faire biffer une mauvaise mesure du programme que d’ajouter des propositions qui bonifient le programme du PQ.

3-Ainsi, la marche à suivre est la suivante. Il faut faire adopter en atelier la proposition de biffer les paragraphes 0546, 0547 et 0548. Une fois la proposition adoptée, il faut prioriser la proposition dans l’atelier, car en plénière, faute de temps, les propositions non priorisées ne sont pas débattues. Comme il n’y aura que quelques propositions qui pourront franchir les congrès de circonscription pour se rendre dans les différents congrès régionaux, il faut absolument faire prioriser en plénière cette proposition dans les congrès de circonscription.

4-Il faut faire le même processus aux congrès régionaux afin que la proposition puisse être débattue au Congrès national.  

Pourquoi faut-il biffer les paragraphes 0546, 0547 et 0548 ?

La part actuelle du français dans l’enseignement

Présentement, il y a :

8% d’anglophones au Québec ;

Parmi tous les Québécois qui fréquentent le primaire et le secondaire, 11% le font dans une institution du réseau de langue anglaise ;

Les effectifs des institutions collégiales anglaises représentent 16% du total des étudiants inscrits dans l’ensemble des cégeps ;

Parmi les étudiants qui sont inscrits en formation préuniversitaire, 23% le sont dans une institution collégiale de langue anglaise ;

Conséquemment, 21% des Québécois qui fréquentent les universités québécoises le font dans une institution universitaire de langue anglaise.

Plus on se rapproche du monde du travail et plus la formation est poussée, plus le français cède sa place à l’anglais. C’est l’opposé du bon sens ! Aucun autre endroit du monde développé n’a structuré une décroissance institutionnelle de la place de la langue officielle en éducation comme le Québec l’a fait. La proposition principale du PQ propose en bout de ligne  d’accroître cette décroissance de la place du français.  

Scénarios au profit de l’anglais si les paragraphes 0546, 0547 et 0548 ne sont pas biffés

Si les paragraphes 0546, 0547 et 0548 de la proposition principale du PQ ne sont pas biffés, la place de l’anglais dans l’enseignement collégial augmentera proportionnellement avec le nombre d’étudiants du cégep français qui feront le choix de suivre une session en anglais dans une institution de langue anglaise.

Si seulement le quart des 142 000 étudiants du réseau collégial français se prévalaient de leur session optionnelle pour aller étudier en anglais dans les collèges anglophones, il y aurait un transfert de l’équivalent de 9 000 étudiants à temps plein du collégial français vers le collégial anglais. Ces 9 000 étudiants (non-anglophones) supplémentaires viendraient s’ajouter au 26 000 du collégial anglais déjà composé de 50 % de non-anglophones. La place prise par l’anglais au collégial passerait de 16% à 21% et celle du collégial français reculerait de 84% à 79%. Si la moitié des étudiants inscrits au cégep français choisissaient la session en anglais, l’apport à l’enseignement en anglais équivaudrait à 17 750 étudiants équivalents à temps plein. Au total, l’anglais occuperait 26,5% de l’enseignement collégial, laissant 73,5% au français.

De plus, offrir cette session dans les collèges anglophones videra davantage les institutions collégiales de langue française situées en région, au profit des institutions de langue anglaise des grands centres. Non seulement la mesure favorisera les grands centres urbains au détriment des régions, mais favorisera aussi les institutions collégiales anglophones qui attirent déjà le double (ratio 2 pour 1) des étudiants de langue maternelle anglaise, alors que le réseau collégial francophone attire à peine plus que le nombre d’étudiants e d’inscrits (« de d’inscrits « ?  il manque un mot) de langue maternelle française (ratio 1 pour 1).

En somme, la place de l’anglais se situerait quelque part entre 16% et 26,5 %. La mesure proposée ne ferait qu’accroître la part de l’anglais alors que le libellé des paragraphes 0546, 0547 et 0548 semble vouloir indiquer que l’objectif de la mesure est de cesser  freiner l’accroissement de la part de l’anglais en enseignement supérieur.

Conclusion

Cette proposition est désavantageuse pour la part du français dans l’enseignement collégial. Dans ces circonstances, il faut biffer les paragraphes 0546, 0547 et 0548.

Revue de presse

Études et enquêtes

ÉTUDE – (2011) – L’application de la Charte de la langue française au collégial : Un prolongement nécessaire – Étude – CURZI, Pierre. BOUCHARD, Éric

ÉTUDE – (2011) – L’application de la Charte de la langue française au collégial : Un prolongement nécessaire – Synthèse – CURZI, Pierre. BOUCHARD, Éric

ENQUÊTE ─ (2010) ─ Enquête sur les comportements linguistiques des étudiants du collégial (ECLEC) – SABOURIN, Patrick. DUPONT, Mathieu. BÉLANGER, Alain

ÉTUDE ─ (2010) ─ Une analyse des comportements linguitiques des étudiants du collégial sur l’Île de Montréal (pdf à venir) – SABOURIN, Patrick. DUPONT, Mathieu. BÉLANGER, Alain

Les données linguistiques en résumé

Il y a 8 % d’anglophones au Québec [1] ;

11 % de tous les élèves qui fréquentent le primaire et le secondaire vont à l’école anglaise et 16 % vont au collégial anglais [2] ;

Parmi les étudiants du collégial qui font une formation préuniversitaire, 23 % étudient en anglais. À l’université, c’est 21 % des Québécois qui choisissent une université de langue anglaise [2] ;

« le cégep anglais a attiré 54 426 nouveaux inscrits francophones et 75 024 nouveaux inscrits allophones » entre 1981 et 2010. En tout, c’est un peu plus de 125 000 étudiants francophones et allophones qui ont fait leurs études au cégep anglais. Ces chiffres ne sont pas banals, surtout lorsqu’on sait que la langue des études supérieures est fortement corrélée avec la langue parlée au travail [1] ;

Lorsqu’un jeune quitte le secondaire français pour le collégial anglais, il ne revient jamais à l’université de langue française. Trois allophones sur quatre (75%) ayant fait leurs études postsecondaires en anglais travailleront en anglais le reste de leur vie. C’est exactement le contraire qui se produit chez ceux qui font le choix des études postsecondaires en français [2] ;

Chez les francophones, 50 % de ceux qui font leurs études en anglais travaillent en anglais alors que 93 % de ceux qui étudient au collégial en français travaillent par la suite dans cette langue [2] ;

[1] (source) Le français langue commune, un projet inachevé, CASTONGUAY, Charles, Éditions du Renouveau québécois (2013)

[2] (source) L’application de la Charte de la langue française au collégial : Un prolongement nécessaire – Étude – CURZI, Pierre. BOUCHARD, Éric (2011)

Vidéos

Charles Castonguay, professeur de mathématiques, chercheur en démographie linguistique, présente les chiffres qui expliquent l’indice d’attraction des collèges français et anglais du Québec.

Patrick Sabourin, spécialiste de la dynamique linguistique canadienne et des projections démographiques, présente les chiffres qui expliquent les comportements linguistiques des étudiants du Québec.