La francophonie de Macron

En tant que citoyens et citoyennes du monde, nous avons la responsabilité de défendre et de promouvoir la différence culturelle et linguistique du Québec.

MQF – 08/03/2018

Le rapport des francophones à leur langue française change selon que l’on soit Québécois, Français ou membre d’une communauté minoritaire comme les Franco-Ontariens.

Mais il est difficile de comprendre comment le président de la France peut soutenir que de parler anglais renforce la francophonie… Car c’est ce qu’Emmanuel Macron a semblé dire, lundi, à l’occasion d’une rencontre avec le premier ministre du Québec, Philippe Couillard.

Les deux hommes parlaient de la promotion du français et le président a lancé ceci : « Je n’hésite jamais à m’exprimer à la fois en français, ou dans la langue du pays hôte, ou également en anglais lorsque ce sont sur des scènes internationales ou devant des milieux d’affaires, parce que je pense que cela renforce la francophonie. »

Comment diable l’usage de la langue anglaise pourrait-il bien avoir un tel effet bénéfique ?

Une question de point de vue ?

En France, la langue française n’est absolument pas menacée. Les plus adeptes aiment faire montre de leurs talents. À défaut de parler la langue de Shakespeare, cela donne l’impression à certains qu’ils sont à la mode, qu’ils sont au diapason d’une Europe où le multilinguisme est encore considéré comme un atout. Ainsi, Emmanuel Macron se sent légitimé d’utiliser l’anglais à l’extérieur de l’Hexagone. Et les Français ne lui en tiennent à peu près pas rigueur. Comme l’a soutenu M. Macron, « cela s’inscrit dans le plurilinguisme ».

Ce n’est pas du tout la même chose pour Philippe Couillard. À l’étranger, et même dans un pays non-francophone, la population du Québec s’attend à ce que leur chef d’État fasse une large part au français. Pour que soit réaffirmé haut et fort que le français est la langue nationale du Québec. Le premier ministre l’a d’ailleurs appris à la dure lorsqu’il s’est adressé exclusivement en anglais lors de la conférence Artic Circle, en Islande, en 2014. Cet unilinguisme lui a été reproché et l’opposition du Parti québécois a même qualifié cet usage de « colonisé », une insulte virulente. Depuis, M. Couillard paraît faire plus attention. Avec M. Macron, il a été sans reproche, rappelant qu’il fallait « se battre » pour sa langue française, et que le continent africain était le prochain territoire d’action pour son essor.

Le fossé est particulièrement profond entre Emmanuel Macron et les francophones minoritaires du Canada. S’il utilise l’anglais par choix pour bâtir des liens avec autrui, eux parlent anglais dès qu’ils sortent de leurs foyers parce qu’ils n’ont souvent pas le choix. Au commerce du coin, avec le voisinage, la réalité démographique les rattrape. Il n’existe aucune protection constitutionnelle comme à l’école et à l’hôpital… et encore, là où le nombre le justifie. Ce n’est pas une question d’afficher ses talents de bilinguisme, ou d’agir en apôtre du pluriculturalisme, mais bien une question de simple survie comme citoyen.

Dans tout cela, il demeure difficile de comprendre comment parler anglais peut renforcer la francophonie, comme semble le croire Emmanuel Macron.

Il a par ailleurs confirmé à Philippe Couillard qu’il séjournerait au Québec en juin. Il y constatera une autre perspective sur le français. Mais pour un réel dépaysement linguistique, c’est au sein des communautés francophones minoritaires que le président Macron devrait séjourner. Et ce serait mutuellement bénéfique. Elles seraient honorées d’une telle visite rare, et lui verrait que l’anglais contribue bien peu au maintien de la langue française dans le monde. Au contraire.

06/03/2018 – JURY, Pierre

 

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