Identifier le coût unitaire de la francisation

L’État a tous les moyens de calculer le coût unitaire moyen de la francisation d’un immigrant. Pourtant, cette information n’est pas disponible. Cela fait 25 ans que le Québec reçoit des sommes du gouvernement fédéral pour la francisation de l’immigration et aucun gouvernement n’a établi le coût unitaire de la francisation. Comment peut-on prévoir des volumes d’immigration si on ne sait à l’avance les montants per capita nécessaires à une francisation

MQF – 10 février 2019

Alors que Québec tente d’obtenir d’Ottawa davantage de pouvoir en matière de sélection des immigrants, il est surprenant de constater que les deux gouvernements ne semblent pas en mesure de dresser un portrait précis de tous les tenants et aboutissants du système d’immigration.

Un texte du Mouvement Québec français

Pourtant, dresser un portrait précis se résume à une seule donnée comptable : le coût unitaire pour la francisation d’un immigrant. Or, il s’avère que cette donnée comptable est inexistante; son absence est d’ailleurs l’une des principales causes de nos difficultés à intégrer adéquatement les nouveaux arrivants sur notre territoire.

La composition de notre immigration et notre structure d’accueil

Malgré l’inexistence d’un coût unitaire, plusieurs études commandées et publiées, à la fois, par le Mouvement Québec français et par d’autres organisations vouées à la défense de la langue française, ont mis en évidence suffisamment de données pour cibler les deux principaux facteurs de l’anglicisation du Québec : la composition de notre immigration et notre structure d’accueil inefficace.

Chaque année, la proportion des immigrants de langue maternelle ou d’usage française, qui compose les cohortes migratoires reçues sur le territoire du Québec, est très en deçà du 80 % de la population de langue française. Cet écart provoque une pression constante sur le système de francisation.

Les données démontrent aussi que les services de francisation offerts sont si défaillants que plus ou moins 50 % des immigrants du Québec apprennent peu – ou pas du tout – le français. Leur premier réflexe est donc de se joindre à la communauté historique de langue anglaise du Québec.

C’est pourquoi, une composition insuffisamment francophone et francotrope de notre immigration, jumelée à une structure d’accueil qui peine à franciser les nouveaux arrivants, contribuent à maintenir le poids démographique des anglophones, tout en diminuant celui des Québécois de langue française.

Bref, le Québec s’anglicise.

Un coût unitaire : Pourquoi ?

Identifier le coût unitaire de la francisation d’un immigrant, c’est la base pour évaluer précisément les besoins et les moyens nécessaires afin de réussir la francisation des immigrants. À partir du coût unitaire, l’État du Québec peut déterminer les ressources humaines, financières et matérielles à mobiliser. De plus, cette donnée est essentielle pour offrir à l’apprenant les conditions de sa réussite, soit un montant forfaitaire décent afin qu’il puisse participer à temps plein – ou à temps partiel – à des cours de francisation sans avoir à s’absenter, voire à les abandonner, pour subvenir à ses besoins de base.

C’est seulement lorsque les instances gouvernantes seront en mesure de chiffrer le coût unitaire et les investissements nécessaires à la structure d’accueil, que l’État du Québec pourra développer des services de francisation profitables et durables. Cette stabilité permettra également d’évaluer avec plus de précision et de justesse le nombre de nouveaux arrivants que l’on peut recevoir annuellement, et de doser plus adéquatement la composition francophone et non-francophone de notre immigration.

Identifier le coût unitaire, c’est logique, non ?

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