La résistance de l’Ontario français

« Les règlements 17 et 18 adoptés en 1912 par le gouvernement conservateur de James Whitney avait pour but d’éliminer la menace d’une population franco-ontarienne en pleine croissance en les assimilant à la majorité de langue anglaise. »

MQF – 20 décembre 2018

L’Ontario français est frappé par les coupures idéologiques du gouvernement conservateur de Doug Ford. C’est terminé ─ pour l’instant ─ pour le Commissariat aux services en français de l’Ontario et le projet d’Université de l’Ontario français. Le Mouvement Québec français est sensible à la lutte que mène présentement les Franco-Ontariens pour défendre les gains politiques qu’ils ont réalisés au cours des dernières années.

Un texte du Mouvement Québec français

Les événements actuels rappellent étonnamment la francophobie qui animait les John A. MacDonald, George Brown et autres membres de l’élite anglosaxonne des premiers jours de la fédération canadienne.

À cette époque, plusieurs lois et règlements anti-français étaient adoptés partout au Canada. En Ontario, le Règlement 17, imposé aux Canadiens-français de la province de 1912 à 1927, leur interdisait l’enseignement du français à partir de la troisième année du primaire pour favoriser un enseignement uniquement en anglais.

L’objectif caché derrière les politiques anti-françaises ayant marqué profondément les cent premières années de la fédération canadienne était de conserver un pays ─ hors Québec ─ le plus britannique possible. Les lois et règlements ne visaient qu’à arrêter l’expansion des Canadiens-français ─ provenant essentiellement du Québec ─ un peu partout au Canada, particulièrement au Nord-Est de l’Ontario et dans les Prairies canadiennes. [1]

Or, les Canadiens français, qui se rendaient dans le Nord-Est de l’Ontario sous la promesse de recevoir une terre par le ministère des terres et forêts de l’Ontario, faisaient face à une réglementation si sévère que la moindre petite infraction menait à l’expulsion de celui qui en était coupable. [2]

La répression contre les Canadiens-français était telle que ce n’est qu’à partir des années 50 et 60, sous une forte poussée du nationalisme québécois, que les francophones de partout au Canada ont regagné une confiance pour revendiquer leurs droits à l’intérieur d’un Canada principalement anglophone.

Cette levée politique au Québec ─ de même qu’en Acadie et dans l’Ontario français ─ a conduit à la Commission Laurendeau-Dunton (1963-1971) dont les recommandations ont mené à une transformation de l’identité canadienne. De là, la langue française a déniché un espace politique protégé et légitime grâce à la Loi sur les langues officielles qui « assure » à partir de 1969 une fonction publique fédérale bilingue anglaise-française.

Le déclin semble irréversible

Il est vrai que l’Ontario français a retrouvé depuis les années 70 une certaine vivacité politique permettant de remporter des victoires, telles qu’une Loi sur les services en français en 1986 ainsi que l’établissement de conseils scolaires de langue française en 1998. On dénombre aujourd’hui 455 écoles élémentaires et secondaires de langue française aux quatre coins de l’Ontario et plus de 1000 à travers le Canada. Ces gains majeurs sont toutefois insuffisants pour freiner l’assimilation des francophones au Canada hors Québec. Le déclin semble même irréversible. La population de langue maternelle française,  hors Québec,  qui était près de 8% au Canada autour de 1940, est moins de 4% actuellement.

La forte opposition organisée par l’Ontario français en réaction aux coupures tout aussi surprenantes que honteuses de Doug Ford témoigne néanmoins que la lutte pour le maintien de la langue français est un effort de tous les jours au Canada.

RÉFÉRENCES :
[1] L’esprit du Règlement 17, NÉRON, Christian
[2] L’esprit du Règlement 17, NÉRON, Christian