Langue du travail au Québec : le français est de plus en plus fragile

Le problème ne réside pas dans le fait que des emplois nécessitent l’usage de l’anglais ou d’autres langues dans les communications avec l’extérieur du Québec. Le problème est que la mondialisation sert de prétexte à un nombre croissant d’entreprises établies ici pour obliger leurs employés à transiger en anglais avec d’autres résidents du Québec, collègues, clients ou fournisseurs, surtout à Montréal ou dans les autres régions linguistiquement mixtes.

MQF – 06 novembre 2018

S’il y a une réalité qui témoigne du recul de la langue française au Québec, c’est bien la position de plus en plus fragile du français comme langue du travail au Québec.

Les statistiques sont marquantes : entre 2006 et 2016, la proportion de travailleurs utilisant le français comme seule langue de travail a reculé, passant de 84,3 % à 83,4 %, alors que celle utilisant l’anglais comme seule langue de travail a augmenté de 14,8 % à 15,6 % (1).

Un texte du Mouvement Québec français.

Cela témoigne que l’utilisation du français dans les entreprises est délaissée au profit de l’anglais, particulièrement dans la région de Montréal, malgré le fait que les entreprises ont l’obligation de respecter le droit fondamental des Québécois de travailler en français.

Le français recule alors que l’anglais progresse. Cela devrait être l’inverse. La loi est claire : le travail au Québec se passe en français.

Que propose alors le nouveau gouvernement du Québec en matière de langue de travail afin de renverser la tendance et renforcer le statut de la langue française ?

Deux propositions phares

Dans son rapport (2) publié en 2016, Claire Samson, députée de l’actuel gouvernement Legault, a présenté deux propositions phares : 1) développer et financer adéquatement des programmes de francisation à l’intérieur de quelques secteurs économiques précis dans les PME de 25 à 49 employés de la région de Montréal ;  2) réduire le bilinguisme institutionnel. Ce sont deux solutions audacieuses que le Mouvement Québec français accueille avec enthousiasme.

Que le gouvernement du Québec intervienne auprès des entreprises montréalaises de 25 à 49 employés est un bon pas en avant. S’il veut parvenir à imposer adéquatement des programmes de francisation dans des entreprises privées, il devra augmenter significativement les budgets et cibler des secteurs économiques problématiques. Le succès de ces démarches reposera sur une collaboration efficace entre l’État du Québec et les responsables des comités de francisation dans les entreprises.

Français comme langue du travail sur l’île de Montréal : la chute est drastique

Il y a urgence d’agir auprès de la langue du travail dans les entreprises. Entre 1997 à 2010, la part des travailleurs du secteur privé sur l’Île de Montréal travaillant généralement ou uniquement en français est passée de 62,5 % à seulement 43,7 % (3). La chute est drastique. Le danger est tel que, en utilisant librement la langue anglaise comme langue de travail, les travailleurs allophones la favorisent aussi dans la sphère publique au détriment de la langue française. Or, en choisissant de s’intégrer à la communauté anglophone plutôt qu’à la majorité francophone, les allophones participent activement à l’anglicisation de Montréal.

Il y a pourtant des avantages à la francisation des PME pour les travailleurs québécois. D’une part, le français comme seule langue du travail améliore grandement la sécurité dans les milieux de travail, puisque communiquer par une langue commune évite de nombreuses confusions et imprécisions dans les recommandations, les actions, etc. D’autre part, la francisation permet aux allophones d’approfondir leurs habiletés linguistiques en français sur les heures de travail, de mieux s’exprimer devant autrui et développer un sentiment d’appartenance au groupe et à l’entreprise. Plus largement, se brancher sur la francophonie rend nécessairement plus efficace l’intégration des non-francophones à la société québécoise et la culture française.

Un bilinguisme institutionnel problématique

Par contre, il n’y a pas que dans le secteur privé qu’il y a « problème » avec le français comme langue de travail. La langue anglaise compétitionne le français dans les institutions publiques, car la Charte de la langue française exige que l’État du Québec respecte les institutions destinées à la communauté historique anglophone du Québec. (4)

Mais encore, les anglophones et les allophones réussissent facilement à obtenir des services en anglais dans les institutions publiques. La présence de la langue anglaise est maintenant habituelle, même encouragée, à un point tel qu’un grand nombre des emplois de la fonction publique « recommande » une maîtrise de l’anglais comme langue seconde pour présenter sa candidature.

Or, pour contrecarrer l’anglicisation des institutions publiques, le gouvernement du Québec devra réduire le bilinguisme de ses institutions publiques qu’aux services publics destinés à la communauté historique de langue anglaise.

Cela dit, la baisse de l’utilisation du français dans les milieux de travail au Québec, particulièrement dans la région de Montréal, est un problème majeur auquel le gouvernement du Québec doit remédier. Pour que les deux solutions phares avancées dans le rapport Samson soient réalisables et efficaces, elles doivent être appliquées simultanément. Non seulement l’État du Québec devra mettre en oeuvre une transformation de la politique linguistique québécoise en matière de langue du travail, mais aussi il devra lui-même être cohérent en appliquant le français comme la seule langue commune de l’espace public.

RÉFÉRENCES :

  1. http://lautjournal.info/20180124/recul-du-francais-au-travail
  2. https://v2018.lacaq.org/wp-content/uploads/2016/11/rapport-samson-final-2016-2.pdf
  3. https://quebecfrancais.org/wp-content/uploads/2017/10/R%C3%A9sum%C3%A9-IRFA-Thibaudin-2011.pdf
  4. « L’Assemblée nationale entend poursuivre cet objectif dans un esprit de justice et d’ouverture, dans le respect des institutions de la communauté québécoise d’expression anglaise […] » – http://www.legisquebec.gouv.qc.ca/fr/pdf/cs/C-11.pdf

Voir aussi

Débat en anglais : le MQF demande aux chefs de reconsidérer leur présence pour ne pas contribuer au déclin du français au Québec

Montréal, 12 septembre 2018 – Le Mouvement Québec français (MQF) dénonce la tenue du débat …