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L’art de se ficher du français en prétendant s’en préoccuper

Deux solutions : 1) Mettre un terme au bilinguisme institutionnel et 2) Mettre en place des structures qui favorisent la francisation des immigrants.

MQF – 05/08/2017

Il y a deux manières d’esquiver la question de la survie du français tout en prétendant s’en préoccuper.

La première consiste à dire que si seulement nous faisions plus d’enfants, tout irait soudainement mieux. C’est l’esquive démographique.

La deuxième consiste plutôt à dire que nous prétendons aimer notre langue mais que nous la parlons très mal, ce qui ferait de nous des hypocrites. C’est l’esquive esthétique.

Dans les deux cas, on culpabilise les Québécois. On les accuse d’avoir une démographie famélique, on les accuse de ne pas honorer la langue française. Dans le deuxième cas, on va même jusqu’à dire: tant que vous ne parlerez pas merveilleusement votre langue, vous ne serez pas en droit de l’imposer aux autres. On fait comme si la question de la «qualité» de la langue devait effacer complètement celle de la «quantité» de la langue. On fait comme si la question du nombre était secondaire. Et on oublie que si le français est «anglicisé» au Québec, c’est surtout parce qu’il subit un rapport de force défavorable global qui a des effets sur la qualité de la langue. C’est vrai sur le plan économique : on veut moins franciser le marché du travail pour assurer aux Québécois le droit de travailler dans leur langue que systématiquement bilinguiser la main d’œuvre, comme l’a déjà proposé Philippe Couillard. Et à travailler de plus en plus dans une autre langue que la sienne, on en vient à basculer dans la confusion linguistique. C’est vrai sur le plan symbolique aussi : toujours, le français est associé à la ringardise et au passéisme, alors que l’anglais est associé à la modernité et à la puissance.

Dans les deux cas, surtout, on dépolitise la question linguistique et on s’interdit de penser à la manière de redéfinir le rapport de force entre le français et l’anglais au Québec. C’est pourtant la question essentielle : de quelle manière pouvons-nous faire usage de nos institutions et des pouvoirs qui sont les nôtres pour réaffirmer clairement la norme francophone et la culture québécoise qu’elle exprime? De quelle manière pouvons-nous politiquement travailler à réaffirmer le pouvoir du français? C’est une perspective politique. C’est elle qui est à l’origine de la loi 101, qui demeure certainement une des grandes victoires dans l’histoire du peuple québécois, même si elle est terriblement édentée aujourd’hui. Il faut dire que nous avons perdu l’habitude de penser politiquement. Si on veut sauver le français et lui permettre de reprendre le terrain perdu, il faut moins maudire un peuple qui n’a plus la démographie de naguère ou sermonner un peuple qui se laisse envahir par les anglicismes (soit dit en passant, ce n’est pas parce que l’anglais mondialisé est d’une qualité esthétique bouleversante qu’il domine notre époque mais parce qu’il s’agit de la langue de l’empire américain) que se demander dans quelle mesure on peut revitaliser la loi 101 en lui donnant les moyens qui lui manquent aujourd’hui. Certes, une nouvelle loi 101 susciterait des résistances énormes. C’est pourtant en agissant pendant qu’il est encore temps qu’on peut renverser la tendance qui joue contre nous. Il faut redonner du pouvoir au français.

Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas encourager la démographie. Cela ne veut pas dire qu’on ne doit pas mieux parler français.

Cela veut dire qu’on ne doit pas tout mélanger.

05/08/2017 – BOCK-CÔTÉ, Mathieu

 

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