Le financement de la nouvelle Université de l’Ontario français est-il suffisant ?

Après les sept premières années d’opération de l’Université de l’Ontario français, il sera intéressant de voir si les gouvernements ontarien et fédéral seront aussi généreux pour la communauté française de l’Ontario que le sont le gouvernement québécois et celui du Canada pour la communauté anglaise du Québec

MQF – 22 août 2018

Après plus de cinquante années à réclamer une université de langue française en Ontario, les Franco-Ontariens pourront enfin étudier dans une institution universitaire ontarienne administrée par et pour eux. L’ouverture officielle de l’Université de l’Ontario français est prévue en 2020.

Un texte du Mouvement Québec français

L’Université de l’Ontario français s’ajoute à liste de treize institutions universitaires canadiennes hors Québec ─ la plupart sont des institutions de langue anglaise ─ qui offrent des programmes et des cursus en français. Elle se joint en plus à un groupement de quatre universités qui offrent des programmes entièrement en français au Canada hors Québec. Ce n’est pas d’hier qu’il y a des établissements d’enseignement supérieur de langue française au Canada, les Université de Saint-Boniface à Winnipeg (1818), Université Saint-Anne en Nouvelle-Écosse (1890), Campus Saint-Jean – Université d’Alberta (1908) et Université de Moncton au Nouveau-Brunswick (1963) sont d’authentiques institutions universitaires de langue française.

Des comparaisons révélatrices

Au Canada comme au Québec, les universités sont généreusement subventionnées par les gouvernements provinciaux et le gouvernement fédéral. Dans certains cas, les subventions publiques s’élèvent jusqu’à plus de 60% du budget annuel des institutions universitaires.

Pour les années 2020 à 2026, il est prévu par l’Office des Affaires francophones (Ontario) et le Conseil de planification pour une université de langue française que le budget initial de l’Université de l’Ontario français sera de 83 millions de dollars pour les 7 premières années d’opération. Les revenus prévus sont principalement fournis par le gouvernement de l’Ontario et celui du Canada [1] comme il est mentionné ici :

« Ainsi, il est prévu dans ce plan de mise en œuvre que des investissements publics servant au démarrage et à l’émergence seraient nécessaires pour une période initiale de sept ans, c’est-à-dire lors des premières étapes de la mise en place de l’institution, de l’accueil des premières cohortes d’étudiants et de la consolidation des effectifs. Un investissement unique de 71,5 millions de dollars sur sept ans serait alors nécessaire, en plus d’une contribution de 12 millions pour les immobilisations visant à couvrir les frais de l’aménagement de l’édifice pour les besoins spécifiques de l’université. Sur une base annuelle, l’investissement correspondant au fonds de démarrage et de subventions émergentes de 71,5 millions de dollars serait réparti en tranches de 12.5 millions annuels pour les cinq premières années et de deux tranches annuelles de 4.5 millions de dollars pour les deux dernières années […] »

Une moyenne de près 12 millions de dollars par année semble très peu en comparaison des 35 millions de dollars en moyenne par année que reçoivent en subventions les autres universités de langue française de l’Alberta, du Manitoba, de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick.

Voici, en chiffres, les subventions publiques attribuées à 3 des 4 universités de langue française au Canada hors Québec. Les subventions représentent une moyenne de 35 millions de $ :

L’Université de Saint-Boniface (Manitoba) en 2017 [2] :
Subvention du gouvernement provincial : 18 145 000 $
Subvention du gouvernement fédéral : 5 021 000 $

Campus Saint-Jean de l’Université d’Alberta (Alberta) en 2013 [3] :
Subvention du gouvernement provincial : 8 275 200 $
Subvention du gouvernement fédéral : 4 036 697 $

Université de Moncton (Nouveau-Brunswick) en 2017 [4] :
Subvention du gouvernement provincial : 64 400 000 $
Subvention du gouvernement fédéral : 13 700 000 $

Université Saint-Anne (Nouvelle-Écosse)
Informations indisponibles

Cette immense différence révèle que malgré une attente de plus de 50 ans, l’Université de l’Ontario français ne bénéficiera pas d’un financement à la hauteur des attentes, du moins pour les 7 premières années de son existence. C’est quand même difficile à comprendre alors que les Franco-Ontariens représentent la plus grande communauté francophone du Canada hors Québec avec plus ou moins 560 000 parlants français [6]. En comparaison, les Acadiens du Nouveau-Brunswick considérés comme une importante communauté francophone du Canada ne sont que 240 000 [7]. De par ces chiffres, il est alors difficile de comprendre que l’Université de Moncton recevra un total de subventions neuf fois supérieur à celui de l’Université de l’Ontario français.

Une comparaison avec McGill

Après les sept premières années d’opération de l’Université de l’Ontario français, il sera intéressant de voir si les gouvernements ontarien et fédéral seront aussi généreux pour la communauté française de l’Ontario que le sont le gouvernement québécois et celui du Canada pour la communauté anglaise du Québec (plus ou moins 640 000 personnes) [9]. À elle seule, l’Université McGill, situé à Montréal, a reçu des gouvernements du Québec et du Canada un financement autour de 670 millions de dollars pour la seule année 2018 [8].

Au vu de ces chiffres prévus pour 2020 à 2026 pour l’Université de l’Ontario français, il faudra alors augmenter de 55 fois le budget actuellement prévu pour que le financement de l’Université de l’Ontario français soit équivalent celui de l’Université McGill.

En terminant, il est intéressant de constater que le budget total du réseau universitaire bilingue en Ontario (9 établissements) [10] est d’environ 300 millions de dollars [11].

Étant des établissements bilingues, il est très difficile de chiffrer exactement les montants attribués à tout ce qui se rapporte à la langue française dans ces neuf établissements universitaires.

Rappelons que les trois universités de langue anglaise au Québec, McGill, Concordia et Bishop’s, reçoivent annuellement autour de 1,7 milliard de dollars, soit grosso modo 30% du financement universitaire au Québec [12].

[1] Rapport du Conseil de planification pour une université de langue française en Ontario
[2] https://ustboniface.ca/file/documents—rapports-annuels/Rapport-annuel-2017-2018.pdf
[3] https://cloudfront.ualberta.ca/-/media/csj/about-us/publications/flashbackrapportsinglelowres.pdf
[4] https://www.umoncton.ca/publications_docs/rapport_annuel/2016_2017/fr/files/assets/basic-html/index.html#1
[6] http://www.axl.cefan.ulaval.ca/amnord/ontario.htm
[7] http://www.axl.cefan.ulaval.ca/amnord/nbrunswick.htm
[8] https://www.mcgill.ca/budget/files/budget/budget_book_fy2018_final_20170905.pdf
[9] http://www.axl.cefan.ulaval.ca/amnord/Quebec-2demo.htm
[10] https://www.ontario.ca/fr/page/colleges-et-universites-de-langue-francaise
[11] https://quebec.huffingtonpost.ca/louis-prefontaine/langlais-une-langue-surfinancee-au-quebec_b_6223040.html
[12] http://journalmetro.com/actualites/national/65422/un-auteur-denonce-lapartheid-universitaire-au-quebec/

Voir aussi

Affichage bilingue : le temps est-il venu de serrer la vis?

Il ne faut pas que les Acadiens soient timides à imposer un affichage bilingue car …