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Le «moment Lisée» du Parti québécois

Le libre choix au cégep revient ainsi à financer l’anglicisation d’une part importante de l’élite québécoise de demain.Alors, rien ne presse, vraiment? On laisse filer une autre décennie? La loi 101 n’est pas mesquine. Elle reconnaît à de nombreux francophones et allophones le droit de fréquenter l’école anglaise. Appliquée au collégial, la loi 101 ferait preuve d’une même générosité. ─ CASTONGUAY, Charles

MQF – 04/04/2017

Depuis sa fondation en 1834, la Société Saint-Jean-Baptiste, que j’ai l’honneur de présider, a vu se succéder des dizaines et des dizaines de partis et de chefs politiques. Au fil du temps, quelques personnalités politiques ont « osé » se démarquer du lot. Ainsi, les Louis-Joseph Papineau, Honoré Mercier, Jean Lesage, Camille Laurin, Lise Payette, Jacques Parizeau auront réussi, chacun à leur manière, à générer de l’extraordinaire.

Aujourd’hui, le PQ vit son « moment Lisée ». Tout en proposant plusieurs idées intéressantes, le PQ de 2017 a opté pour une approche un peu plus ordinaire de la politique, pour ainsi dire. Cette approche consiste essentiellement à se rabattre sur un objectif opérationnel, lequel s’avère d’ailleurs commun, par définition, à tous les partis politiques, quels qu’ils soient : prendre le pouvoir et, en l’espèce, renvoyer les libéraux dans l’opposition.
Dans l’espoir d’atteindre cet objectif légitime, les politiciens commettent souvent l’erreur de vouloir plaire à tout un chacun, pour « rassembler » le plus largement possible, jusqu’à se laisser tenter par le clientélisme. Mais, au-delà de la nécessité de plaire, il y a la nécessité de convaincre, d’inspirer, sachant de toute façon qu’on ne peut plaire à tout le monde — tel est le propre de l’action publique. Il n’y a jamais eu, en politique, de lien de proportionnalité directe entre « renoncer davantage » et « rassembler davantage ». C’est un mauvais calcul qui, au final, ne plaît véritablement à personne, car au fond, ça fait hypocrite, à tort ou à raison.
En l’occurrence, M. Lisée semble croire qu’il serait impossible de convaincre « les jeunes » — cet argument d’autorité — des excellentes raisons d’étendre la loi 101 au cégep. Sur le fond, je renverrai le lecteur aux récents textes du statisticien Charles Castonguay, que nul n’a su contredire jusqu’ici.
« Les jeunes », dont je suis, ne seraient-ils que de la marchandise électorale ? Seraient-ils incapables de penser rationnellement et par eux-mêmes ce qui serait bon pour l’avenir du Québec, au-delà de leur petite réalité individuelle et de leurs préférences personnelles ? Aussi, les jeunes formeraient-ils un bloc monolithique ? Bien sûr que non.

Retrouver le sens de l’extraordinaire

En 2013, un sondage Léger révélait d’ailleurs que, parmi l’ensemble des Québécois, les jeunes de 18 à 24 ans seraient les plus prompts à faire du renforcement de la Charte de la langue française une priorité politique. Un autre sondage, CROP celui-là, a déjà révélé que 62 % des Québécois se disaient pour la loi 101 au cégep. Chez les 18-34 ans, ce pourcentage s’élevait à 63 %. En ce qui a trait aux non-francophones, 25 % se sont même dits d’accord avec cette idée… Pas mal ! Des chiffres qui surpassent nettement les intentions de vote en faveur du PQ au sein de ces « clientèles » !
Au-delà des sondages, il m’apparaît évident que le combat pour la langue française, si crucial, si essentiel pour notre société, se révèle sensiblement plus inspirant, plus rassembleur et mieux à même d’attirer « les jeunes » et « la diversité » que les peurs que nous racontait hier encore M. Lisée avec ses histoires de burqas et d’AK-47, comme si des mitraillettes ne pouvaient également se cacher sous des manteaux d’hiver…
Mais, plus fondamentalement, si le Parti québécois a perdu des plumes depuis le dernier référendum, s’il s’est morcelé à sa gauche et à sa droite avec la création de Québec solidaire, d’Option nationale et de la CAQ, ce n’est certainement pas à cause de son positionnement central sur la langue et l’aspiration du Québec à l’indépendance, lesquelles ont toujours été, depuis les années 1970, le ciment de nos convergences. C’est plutôt parce qu’il a perdu le sens de l’extraordinaire dans la poursuite de ces missions, et alors le ciment a cessé de prendre.
Avec le congrès du PQ qui aura lieu en septembre, il n’est peut-être pas trop tard pour le retrouver, ce sens de l’extraordinaire. Je ne vois pas d’autres moyens pour ce parti de maximiser ses chances de passer de la troisième ou quatrième position dans les intentions de vote chez les jeunes à la première. Je ne vois pas non plus d’autres moyens d’augmenter les probabilités que, le jour venu, les électeurs péquistes ne boudent pas, par lassitude, le bureau de vote. Pour s’inscrire dans l’histoire, il faudra bien que le « moment Lisée » suscite davantage de oh ! que de bof ! ou de pff !

 

01/04/2017 – LAPORTE, Maxime

   

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