Le Québec n’est ni bilingue, ni multiculturel, dit Landry

27 août 2007

CATHERINE HANDFIELD | LA PRESSE |27/08/2007

L’ancien premier ministre Bernard Landry a profité des festivités entourant le 30e anniversaire de la Loi 101 pour lancer, hier après-midi, un appel aux immigrants qui choisissent de s’établir au Québec.

« C’est pour nous un devoir d’intégrer (les immigrants) et de leur dire la vérité. Le Québec n’est pas multiculturel, a dit M. Landry, soulevant les applaudissements de la foule. La culture de Vivian Barbot (députée bloquiste de Papineau, d’origine haïtienne) et la mienne sont les mêmes. Ses ancêtres ne sont pas venus de l’île d’Orléans, mais elle contribue à enrichir le grand courant culturel honorable qui s’appelle la culture québécoise. »

« Le Québec n’est pas bilingue non plus, a poursuivi M. Landry. La langue officielle du Québec, c’est le français. La langue commune du Québec, c’est le français pour tous les gouvernements du Québec. »

L’ancien politicien a prononcé ce discours de 10 minutes devant l’immeuble de l’Office québécois de la langue française, rue Sherbrooke Ouest, dans le cadre d’une manifestation organisée par le Mouvement Montréal français.

Il a conclu cet hommage à Camille Laurin, le père de la Loi 101, en disant que seule la souveraineté du Québec pourrait mettre un terme à l’anglicisation des nouveaux arrivants.

« Ce jour-là, quand notre choix sera fait, ce sera tellement plus simple pour ceux qui choisissent de vivre parmi nous de savoir où ils viennent d’avance, a poursuivi M. Landry. Quand on choisit d’aller vivre au Danemark, on sait qu’on devra être Danois. Quand notre drapeau flottera devant l’édifice des Nations unies, quand on choisira de venir au Québec, on saura que c’est pour être Québécois et Québécoise. »

M. Landry a préalablement cité certaines statistiques qu’il a qualifiées d’« inquiétantes ». Il a souligné que 50% des immigrés ayant fréquenté des écoles québécoises choisissent un collège anglophone pour poursuivre leurs études. Et que 50% d’entre eux ont comme langue d’usage la langue anglaise. « C’est méprisant (de la part des immigrés), et c’est triste pour eux », a fait valoir M. Landry.

Une heure plus tôt, la députée du Bloc québécois Maria Mourani a pour sa part demandé aux immigrés de choisir le français puisque « le Québec est la seule place en Amérique du Nord où on parle français. Si on préfère l’anglais, on peut aller au Canada ou aux États-Unis », a déclaré Mme Mourani.

Bernard Landry, comme plusieurs autres personnalités souverainistes, a profité de la fête pour dénoncer le jugement rendu mercredi dernier par la Cour d’appel du Québec, qui invalide la Loi 104 et que Québec compte porter devant la Cour suprême. Cette disposition de la Loi 101 empêche un élève d’une école anglaise privée non subventionnée de faire le saut dans le réseau public anglophone.

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a lancé un appel aux chefs des trois autres partis à Ottawa. « Qu’ils disent aujourd’hui que d’aucune façon les institutions canadiennes et fédérales ne doivent entraver le français au Québec et affaiblir la Loi 101, a-t-il déclaré. C’est à l’Assemblée nationale et à elle seule de décider de toutes les lois concernant la langue française, et à personne d’autre. »

« Je trouve ça honteux et méprisant, a dit l’ancien premier ministre Jacques Parizeau, qui n’a pas fait de discours malgré les appels de la foule. Je suis encore estomaqué que ça puisse arriver. »

Les allocutions ont débuté vers 13h30 à la station de métro Mont-Royal. Quelque 2000 personnes ont marché rue Saint-Denis jusqu’à l’immeuble de l’Office québécois de la langue française, où les organisateurs ont rallumé le micro.

Plusieurs politiciens souverainistes – dont Pauline Marois et de nombreux députés péquistes et bloquistes – étaient du rassemblement pour saluer la Loi 101 et son défunt père, Camille Laurin. Même le porte-parole de Québec solidaire, Amir Khadir, s’est permis un « Vive le Québec libre ! » à la fin de son discours, avenue du Mont-Royal.

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