L’établissement francophone à l’ouest de la colonie de la rivière Rouge

Prenez le temps de lire cette plaquette Le génocide culturel des francophones au Canada

MQF – 28/01/2017

Le rôle historique de l’Église catholique dans l’établissement de la langue française et d’une culture francophone dans l’Ouest canadien est souvent mis de l’avant. Celui-ci a pourtant évolué au fil du temps.

« Qui perd sa langue perd sa foi » : il s’agit d’un dicton bien familier pour les francophones de l’Ouest. Jeunes, Laurier Gareau, Florent Bilodeau et Mgr Albert Thévenot se souviennent de l’influence qu’a eue l’Église catholique sur eux-mêmes, en tant qu’enfants, et sur la communauté.

L’Église catholique est ancrée dans l’Ouest depuis maintenant deux siècles. Elle a contribué à la colonisation francophone des territoires à l’ouest du Manitoba, qu’on appelait au 19e siècle, les Territoires du Nord-Ouest.

Mgr Provencher est ainsi l’un des premiers prêtres à arriver du Bas-Canada en 1818. L’ancien de l’Association catholique franco-canadienne de la Saskatchewan (ACFC) Florent Bilodeau explique qu’à cette époque, le clergé faisait venir des colons du Bas-Canada, de l’Acadie et de la Nouvelle-Angleterre.

Le clergé voulait vraiment faire de l’Ouest canadien une province francophone.

─ Florent Bilodeau, Fransaskois

L’historien Laurier Gareau souligne malgré tout que, pendant la seconde moitié du siècle, l’afflux de colons francophones s’est essoufflé. Cinq cent mille colons quittent alors le Bas-Canada, faute de terres, mais boudent l’Ouest canadien.

Ces francophones-là se dirigent vers la Nouvelle-Angleterre pour travailler dans des usines de textile, etc., et donc c’est des personnes qui auraient pu facilement être encouragées à venir s’établir dans l’Ouest et donc de renforcer la population francophone dans l’Ouest.

─ Laurier Gareau, historien

Tout de même, l’Église catholique poursuit ses efforts de recrutement au Québec. Ceux-ci finissent par porter fruit, puisqu’une vague de déplacements de 1910 à 1930 permet de fonder jusqu’à 80 villages complètement francophones en Saskatchewan seulement.
Il affirme que Mgr Langevin, sacré archevêque en 1895, a entre autres travaillé à établir un réseau de communautés francophones, allant de Saint Boniface, au Manitoba, jusqu’à la région de Pincher Creek, dans le sud de l’Alberta.

En Saskatchewan, c’est en 1912 que le clergé crée l’Association catholique franco-canadienne, pour assurer la qualité de l’enseignement du français. Le clergé crée aussi le premier journal francophone : Le Patriote de l’Ouest.

Ils travaillaient très fort pour garder les villages francophones en bonne santé avec une population grandissante, et, bien sûr, ça les a amenés à s’appliquer beaucoup dans l’éducation et comme enseignants, et la promotion du fait français parce qu’ils associaient la langue avec la foi.

─ Florent Bilodeau, Fransaskois

Malgré ces avancées, rien n’est gagné. Le gouvernement de la Saskatchewan, nouvelle province fondée en 1905, est hostile aux francophones et met en place des politiques pour contrer l’enseignement du français.

L’archevêque de Prince Albert, Mgr Thévenot, qui a grandi au Manitoba, et Florent Bilodeau, qui était aussi directeur du Collège Mathieu, dans cette même province, ont fait les frais de ces politiques.

Moi j’ai vécu ça, puis bien d’autres où nos examens de français se faisaient le samedi parce qu’on n’avait pas le droit de travailler en français ou de gaspiller du temps à faire des examens durant le temps scolaire.

─ Florent Bilodeau, Fransaskois

On avait notre français très tôt le matin ou au début des classes et on avait notre examen le samedi, et non pas un jour d’école ordinaire.

─ Mgr Thévenot, archevêque de Prince Albert

Pour en ajouter aux difficultés des francophones de l’époque, l’émergence du Ku Klux Klan en Saskatchewan, de 1926 à 1930, pousse la communauté francophone à se refermer sur elle-même et à abandonner sa langue.

La communauté passe de près de 50 000 à 25 000 francophones, selon Laurier Gareau. « C’était des personnes qui étaient encore ici, mais qui ne s’identifiaient plus comme francophone », ajoute-t-il.

Il faudra attendre les années 1950 et 1960 pour que la communauté francophone connaisse un nouveau souffle.Au cours de ces années, le clergé s’implique à nouveau dans la préservation du français.

Laurier Gareau explique que les diocèses de Gravelbourg et de Prince Albert chargent alors deux prêtres d’inspecter les écoles et d’assurer la qualité de l’enseignement.

Mais en dépit des efforts de l’Église, les décennies suivantes voient la population anglophone augmenter. Les villages deviennent de moins en moins francophones et n’arrivent plus à gérer des écoles francophones.

À la suite de Vatican 2, explique Laurier Gareau, l’Église se détourne des francophones, préoccupée à conserver sa clientèle anglophone.

J’ai tendance à blâmer le clergé pour cet abandon de la communauté francophone.

─ Laurier Gareau, historien

Le diocèse de Gravelbourg ferme même ses portes à l’aube de l’an 2000.

Selon Florent Bilodeau, il ne reste aujourd’hui que 8 paroisses francophones et 15 qui sont bilingues en Saskatchewan. Prince Albert est maintenant le seul diocèse qui a toujours un évêque francophone.

C’est ma responsabilité de leur donner quelqu’un qui parle leur langue. Ils ont un droit à leur langue, et moi j’ai une responsabilité à répondre à ce droit-là.

─ Mgr Thévenot, archevêque de Prince Albert

Mgr Thévenot affirme qu’il encourage constamment ses prêtres à apprendre le français, ce qui n’est pas facile, dit-il. Il envoie donc certains prêtres au Québec pour que ces derniers soient au moins bilingues.

Pour Mgr Thévenot sa mission est d’essayer tant bien que mal d’offrir aux catholiques francophones des services religieux en français, mais aussi de partager son amour pour la langue de Molière.

28/01/2018 – MACHHOUR, Amélia

 

Voir aussi

Francisation : Des solutions autres que celle de la CAQ

MQF ─ Au mois de mars 2018, la Coalition Avenir Québec (CAQ) a avancé une …

Power by

Download Free AZ | Free Wordpress Themes