La nécessaire francisation des immigrants

Le Mouvement Québec français propose de faire en sorte, tout en prévoyant les budgets gouvernementaux requis, que la seule langue d’accueil et d’intégration des nouveaux arrivants au Québec soit le français. Il faut s’assurer, tout en prévoyant les budgets gouvernementaux requis, que tous les résidents permanents du Québec acquièrent une connaissance de base de la langue française pour leur permettre de s’intégrer et de communiquer en utilisant la langue commune.

MQF – 05/05/2018

Rendre obligatoire la francisation des immigrants ? C’est une idée à laquelle adhèrent de nombreux Québécois (84 %), selon un récent sondage Léger commandité par le Mouvement national des Québécois (MNQ) et la Fondation Lionel-Groulx. Une majorité presque aussi forte (73 %) estime même que « la connaissance minimale du français » devrait être une condition obligatoire pour demeurer au Québec, selon cette enquête.

« Ce sont 84 % des Québécois, dont 91 % des francophones [et 59 % des non francophones] qui jugent que la francisation devrait être obligatoire. Lorsqu’on est néo-Québécois, on se doit d’apprendre le français », a déclaré Étienne-Alexis Boucher, président du MNQ. Quand on leur demande si la francisation des immigrants est « un enjeu vital », encore là, les Québécois parlent d’une voix forte : ils sont 76 % à se dire tout à fait en accord ou plutôt en accord avec cette assertion.

La « quasi-unanimité » — autant chez les francophones que les non-francophones — a d’ailleurs surpris les représentants de ces organisations nationalistes. « Ce sont des chiffres qui sont impressionnants, alors que, dans une société plurielle comme la nôtre, on aurait pu croire que les opinions allaient être diversifiées », a ajouté M. Boucher.

76 %. C’est le pourcentage de Québécois qui jugent que la francisation est un « enjeu vital ».

Car les deux organisations ne s’en cachent pas : certes, le sondage vise à tâter le pouls des Québécois depuis le rapport dévastateur de la vérificatrice générale sur la francisation en novembre dernier qui concluait ni plus ni moins à un fiasco, mais il sert aussi de prétexte pour que les partis politiques se prononcent. « Nous, c’est un signal d’alarme qu’on envoie aujourd’hui à la population, mais aussi aux partis politiques. On leur dit que cet enjeu-là doit être un enjeu central lors de la prochaine campagne et qu’ils doivent apporter des propositions concrètes, réalistes et efficaces », a dit Pierre Graveline, directeur général de la Fondation Lionel-Groulx.

Plateforme des partis

Imposer la francisation, le Regroupement des organismes en francisation du Québec (ROFQ) n’est pas très chaud à l’idée. « Ce n’est pas utile et c’est non nécessaire d’obliger. Les immigrants [suivent] déjà [des cours de français] avec beaucoup de plaisir », a indiqué Anait Aleksanian, vice-présidente du ROFQ, qui s’interroge sur la légalité d’une telle chose. Selon elle, une grande partie d’entre eux arrivent déjà francisés. « Honnêtement, ce qu’il faut, c’est favoriser la francisation en améliorant l’offre de services et en faisant la promotion de l’importance du français pour l’intégration sociale. »

Certaines formations politiques jonglent pourtant déjà avec l’idée. Dans un gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ), la francisation serait obligatoire pour les nouveaux arrivants. « Nous croyons qu’il faut ajouter 200 millions d’investissements supplémentaires pour l’accompagnement tout en bonifiant les allocations offertes », a indiqué Claire Samson, porte-parole en matière de promotion et de protection de la langue française.

Sans utiliser le mot « obligation », le Parti québécois propose plutôt que « le droit à la francisation » soit inscrit dans la loi. Un Québec dirigé par des péquistes s’assurerait de la connaissance intermédiaire ou avancée du français pour chaque travailleur qualifié et de rémunérer la francisation des réfugiés. Le Parti québécois prône aussi le retour des Centres d’orientation et de formation des immigrants (COFI) qu’il avait lui-même abolis, à l’époque de Lucien Bouchard.

À l’opposé, Québec solidaire ne veut rien obliger. Croyant que la francisation passe par les entreprises, le parti propose plutôt de mieux les soutenir en élargissant la portée de la Charte de la langue française aux entreprises de dix personnes et plus. « Il faut faciliter l’apprentissage du français en améliorant l’accès aux cours, notamment en réduisant les délais d’attente », a déclaré Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de QS.

En novembre dernier, le gouvernement Couillard avait déposé un plan d’action s’étendant jusqu’en 2019 et proposant notamment l’implantation d’un guichet unique, notamment pour réduire les délais d’attente. La vérificatrice générale avait qualifié d’échec sa gestion des programmes rappelant qu’il n’y avait aucun contrôle de qualité, aucun suivi des nouveaux arrivants et qu’à peine le tiers des non-francophones suivaient des cours de français.

Le rôle de l’État

Le sondage Léger révèle aussi que 78 % des Québécois croient que le « principal responsable de la francisation » doit être l’État. « Les défis sont immenses et c’est l’État qui doit prendre en main ce dossier-là », a dit M. Boucher du MNQ. Pierre Graveline reconnaît que la francisation en milieu de travail fait « certainement partie de la solution », mais pas au point que le gouvernement « doit s’en laver les mains. » Plus d’une personne sur deux estime que l’apprentissage du français doit être la priorité, avant la recherche d’un emploi.

Ainsi, croient les commanditaires, le sondage exprime, encore une fois de manière très peu équivoque, l’attachement que les Québécois portent à la langue française « Ce qu’on entend très souvent, c’est que la question de la langue française n’intéresse plus personne et que c’est une question passéiste et ringarde. Le sondage nous dit l’inverse », poursuit-il.

Le sondage a été effectué fin mars auprès de 1021 résidents du Québec âgés de 18 ans ou plus.

SOURCE – 24/04/2018 – GERVAIS, Lisa-Marie

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