Le « nouveau Québec » de Philippe Couillard

Le plus grand facteur de l’anglicisation du Québec est le bilinguisme institutionnel. Quand l’État du Québec offre des services en anglais dans tous les ministères, il n’est alors pas nécessaire d’apprendre le français pour vivre au Québec :  « There is no need to learn French »

MQF – 09/02/2018

Lors des célébrations du 150ième anniversaire du PLQ tenues en novembre 2017, Philippe Couillard a présenté sa vision du Québec de demain, vision emballée dans le vocable de « nouveau Québec ». Un « nouveau Québec », il va sans dire, où tout va de mieux en mieux ; pour l’économie, pour les aînés, pour les familles, alouette! Un « nouveau Québec » où tout va aussi de mieux en mieux pour le PLQ et pour le Canada, qui a tourné le dos à l’indépendance, qui a embrassé le multiculturalisme et qui s’anglicise de plus en plus.

Ce qui est intéressant dans l’expression « nouveau Québec », c’est la volonté de rupture qu’elle affiche. Au PLQ, on souhaite clairement tourner la page sur le Québec actuel, « l’ancien Québec ». « L’ancien Québec », que Philippe Couillard ne se gêne pas pour associer à la « fermeture sur le monde », au « racisme » et à « l’islamophobie». Tout cela sans que les intentions de vote pour le PLQ ne souffrent de façon importante : celles-ci oscillent en effet entre 28-35% depuis des années, soit une variation relative d’environ 20%. La stabilité de l’appui au PLQ – alors que l’appui à tous les autres partis a varié d’un facteur deux (soit 100%) au cours des dernières années- est tout à fait remarquable. Un des ingrédients de la recette libérale est connu : celui-ci s’appuie massivement sur l’électorat qui ne parle pas français à la maison. Bon an mal an, environ 85% des non-francophones déclarent vouloir voter pour le PLQ. Moins du quart des francophones déclarent la même chose. La structuration linguistique des intentions de vote au Québec est tout à fait saisissante.

L’appui des francophones au PLQ est cependant en baisse lente depuis des années. Pour se maintenir, le PLQ il doit impérativement faire augmenter ses appuis chez les non-francophones. Comme, à 85%, le plafond supérieur d’appuis chez les non-francophones est pas mal atteint, la seule solution consiste à faire augmenter le nombre de non-francophones dans la population québécoise. En conséquence, et ce dès la prise du pouvoir en 2003, le PLQ s’est appliqué à augmenter-fortement- le volume d’immigrants reçus au Québec.

En vingt ans, le volume d’immigration a presque doublé, d’une moyenne de 29 000 qu’il était à la fin des années 1990 pour atteindre maintenant une « cible » tournant autour de 53 000 par année. Une « cible » qui, normalisée à l’année 2015, équivaut à l’entrée d’un nombre d’immigrants permanents équivalent à 0,64% de la population québécoise à chaque année alors que le chiffre correspondant pour l’année 2000 était de 0,39%. En comparaison, selon les données compilées par l’OCDE, pour la même année, la France admettait l’équivalent de 0,4% de sa population, les États-Unis 0,3%, le Canada 0,8% et le Japon 0,1%.

L’autre ingrédient de la recette libérale est le refus plus ou moins explicite de franciser les immigrants non francophones qui arrivent au Québec. Résumons: la francisation des immigrants adultes n’est pas obligatoire au Québec, aucun examen de connaissance du français ne vient sanctionner la remise de la citoyenneté canadienne, les moyens mis à la disposition de ceux qui souhaitent suivre les cours de français sont faméliques (140$ par semaine), et le gouvernement Couillard a largement tronçonné les budgets alloués à la francisation dans les dernières années. N’oublions pas le dossier répugnant de la remise de diplômes bidons de francisation par certaines institutions anglophones de Montréal pour lequel une enquête de l’UPAC est en cours (encore une enquête qui ne débouchera pas?).

Si la connaissance du français est un des critères que cible le gouvernement du Québec dans sa grille d’évaluation, une proportion importante des immigrants (40 à 60%) ne le connaissent pas en arrivant. Une majorité grandissante d’immigrants (60%) qui ne connaissent pas le français ne s’inscrivent pas aux cours de francisation. Résultat? Plus de 200 000 immigrants récents ne savent pas parler français. L’anglais domine de plus en plus comme langue de travail à Montréal.

Il est à noter que si la connaissance du français est un élément intéressant, c’est véritablement le fait de parler français à la maison qui détermine le comportement électoral. Un calcul de la langue d’usage des immigrants récents(présents depuis moins de 5 ans) a été fait à partir des données du recensement de 2006. Les données indiquent que 9,4%, 34,7% et 55,9% des immigrants ont l’anglais, le français ou ni le français ni l’anglais comme langue d’usage (la langue parlée à la maison). Avec un volume de 53 000 immigrants par année, on peut calculer qu’il se rajoute environ 34 600 (53 000 * 65,3%) personnes ne parlant pas français à la maison à chaque année. De ce nombre, environ 70% sont des adultes acquérant le droit de vote suite à l’obtention de la citoyenneté canadienne. Si  85% de ces personnes votent pour le PLQ, cela signifie qu’il se rajoute environ 20 500 électeurs pour le PLQ à chaque année, assumant que tous les immigrants reçus demeurent au Québec. Le nombre moyen d’électeurs par circonscription est d’environ 45 000. Ainsi donc, on peut estimer très grossièrement que le PLQ se rajoute l’équivalent –en termes de nombre d’électeurs- d’un comté aux deux ans.

Bien sûr, cela est une approximation qui ne tient compte ni du tamisage migratoire, ni de la répartition des immigrants, etc. Cela donne cependant une idée de l’ampleur de la manipulation de la démocratie auquel se livre le PLQ en instrumentalisant l’immigration à son profit. Les projections effectuées à partir des intentions de votes sont d’ailleurs limpides : dans certaines régions du Québec où réside une forte proportion de non-francophones, il est mathématiquement quasi-impossible qu’un autre parti que le PLQ soit élu. Dans l’ouest de l’ile de Montréal par exemple, le PLQ ramasse –beau temps mauvais temps- un bloc monolithique de 13 comtés (voir figure 1, tirée de QC125.com).

Ces régions où l’alternance politique ne joue plus sont en croissance. La circonscription de Fabre dans l’ouest de Laval, par exemple,  a été représentée par le péquiste Joseph Facal jusqu’en 2003. Aujourd’hui, les probabilités d’élection du PLQ dans Fabre sont de 94% (voir figure 2). L’alternance du pouvoir ─ base de toute démocratie ─ a été réduite en miettes.

En instrumentalisant l’immigration et la francisation comme il le fait, le PLQ s’achète un boulevard vers le pouvoir, alimente le cynisme et sabote la démocratie québécoise.

07/012/2018 – LACROIX, Frédéric

 

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