Quel avenir pour les universités québécoises de langue française sous un gouvernement de la Coalition avenir Québec?

Il faut accroître le financement du réseau universitaire francophone et établir graduellement les subventions du réseau universitaire anglophone en fonction du poids démographique de la minorité historique de langue anglaise.

MQF – 25 octobre 2018

Depuis plusieurs années, François Legault s’est engagé à réinvestir en éducation, répétant ad nauseam que cela est une priorité. Qu’est-ce qu’il propose en matière de financement du réseau universitaire québécois ?

D’emblée, François Legault n’en sera pas à ses premières armes en matière d’éducation. Étant ministre de l’Éducation de 1998 à 2002 au sein d’un gouvernement du Parti québécois, il a participé à une importante réforme du monde de l’éducation. À l’époque, par un souci d’équité, François Legault avait convenu que le financement des 19 établissements universitaires au Québec ─ dont 3 universités de langue anglaise ─ soit basé sur « […] des critères identiques […] et […] des enveloppes spécifiques par la suite pour répondre à certaines missions. » [1]

Il s’avère que les gestionnaires de ces 19 établissements universitaires se sont depuis adaptées à ce cadre de gestion établi par François Legault et que, une vingtaine d’années plus tard, certaines universités ─ McGill et Concordia tout particulièrement ─ ont su en tirer profit à un tel point que leur « toute-puissance » provoque des déséquilibres structurels et financiers à l’intérieur du réseau universitaire québécois.

Des modifications au mode de financement des universitaires québécoises sont maintenant nécessaires.

Qu’envisage alors le gouvernement en matière de financement du réseau universitaire québécois pour rétablir un équilibre à l’intérieur de ce réseau universitaire, particulièrement en ce qui concerne le sous-financement des universités de langue française ?

Voilà que, lors de la dernière campagne électorale, François Legault a affirmé qu’il maintiendrait le « statu quo » en matière de financement, envisageant même de développer un réseau universitaire à deux classes, soit l’une de « classe nationale » et l’autre de « classe mondiale ».

Sous ce « statu quo », tout porte à croire que la majorité des universités de langue française restera sous-financée dans la « classe nationale », tandis que quelques-unes ─ possiblement l’Université de Montréal ou McGill, peut-être même Concordia et Laval ─ se retrouveront dans la « classe mondiale » avec un financement réservé habituellement à la haute compétition.

Peu importe la nouvelle classification des établissements universitaires, il n’en reste pas moins que le sous-financement des universités de langue française n’est pas sans conséquence.

Depuis de nombreuses années, des études publiées par le Mouvement Québec français et autres organisations ont démontré que les déséquilibres structurels et financiers à l’intérieur du réseau universitaire québécois sont néfastes pour l’avenir culturel et économique du Québec.

Voici quatre des déséquilibres structurels et financiers :

  1. Il y a une surpopulation des étudiants francophones dans le réseau universitaire de langue anglaise. Près de 17% des étudiants québécois de langue maternelle française délaissent le réseau scolaire de langue française pour étudier dans les universités québécoises de langue anglaise. Conséquence : une sous-fréquentation des étudiants québécois dans les universités de langue française, particulièrement dans les régions du Québec ;
  2. Il y a un surfinancement des universités du réseau de langue anglaise. Près de 30% du financement destiné aux universités québécoises est attribué aux trois universités de langue anglaise alors que la population de la communauté historique de langue anglaise au Québec est de 8%. Conséquence : un sous-financement des universités de langue française au Québec, particulièrement dans les régions du Québec ;
  3. Il y a un surfinancement des universités du réseau de langue anglaise. Les universités McGill et Concordia empochent plus ou moins 50% du financement de tous les universités établies sur l’Île de Montréal, alors que la communauté historique de langue anglaise au Québec ne forme que 18% de la population de l’Île de Montréal. Conséquence : une concentration des ressources financières et humaines à Montréal qui provoque une pénurie de main-d’oeuvre dans les régions ;
  4. Il y a une surpopulation des étudiants allophones dans le réseau universitaire de langue anglaise. Les allophones du Québec s’inscrivent majoritairement dans le réseau universitaire de langue anglaise, alors que ce réseau ne dénombre que 3 établissements comparativement à 16 pour le réseau universitaire de langue française. Conséquence : les allophones s’intègrent davantage à la communauté historique de langue anglaise et ne s’établissent presque jamais dans les régions du Québec.

Or, ces déséquilibres sont nettement à l’avantage du réseau universitaire de langue anglaise, tandis qu’ils représentent un danger pour la vitalité de la langue française.

Pourquoi un danger ? C’est qu’il existe des liens entre la langue de la formation scolaire et celle parlée dans les milieux de travail.

À cet égard, selon les dernières études [2], près de 50% des francophones ayant fait leurs études postsecondaires en anglais travaillent en anglais et que 75% des allophones ayant fait leurs études postsecondaires en anglais travaillent dans cette langue une fois sur le marché du travail.

Que faire alors pour inverser la tendance ? Pourquoi ne pas progressivement réduire le nombre d’étudiants de langue française ─ les étudiants allophones également ─ dans les établissements de langue anglaise. Ainsi donc, l’État du Québec diminuerait l’importance de la langue anglaise dans les milieux de travail et ne financerait plus son anglicisation, la «montréalisation» de sa main-d’oeuvre ainsi qu’une pénurie de professionnels dans les régions.

Comment y parvenir ? L’État du Québec devra réduire le financement des universités McGill, Concordia et Bishop’s au niveau du poids démographique (8%) de la communauté historique de langue anglaise, tout en transférant les fonds au réseau universitaire de langue française.

D’une part, cela entraînerait une redirection massive des étudiants québécois vers le réseau universitaire de langue française, puisque des universités mieux financées pourraient alors offrir des programmes plus intéressants pour les étudiants et mieux adaptés aux besoins spécifiques du territoire. D’une autre part, en fréquentant alors davantage le réseau universitaire de langue française dans les régions, les allophones ─ même des anglophones ─ s’intégreraient plus efficacement à la majorité de langue française du Québec.

Dans ce cas, cet inévitable rééquilibre permettrait de faire deux pierres un coup : franciser Montréal et revitaliser les régions du Québec.

C’est pourquoi, en ce début de mandat du gouvernement Legault, le Mouvement Québec français (MQF) invite le nouveau gouvernement à réfléchir à ces déséquilibres structurels et financiers à l’intérieur du réseau universitaire québécois.

Un texte du Mouvement Québec français

RÉFÉRENCES :
[1] RAPPORT – Politique québécoise de financement des Universités (2000)
[2] https://quebecfrancais.org/recul-francais-langue-de-travail-principale-quebec

Voir aussi

Langue française : est-ce le début de quelque chose?

« Rappelons que la très vaste majorité des Québécois et des Québécoises comprennent le français. …