Soyons solidaires des Franco-Ontariens !

Pour quelles raisons, à l’instar des Anglo-Québécois, les Franco-Ontariens ne peuvent-ils pas aussi acquérir et exercer des droits qui suscitent les envies de toutes les minorités linguistiques du monde ? Voilà pourquoi nous devons être solidaires des Franco-Ontariens !

MQF – 09 août 2018

Soyons solidaires des Franco-Ontariens toujours résistants et fiers qui participent depuis plus de 400 ans au rayonnement de la langue française en Amérique du Nord. Soyons-leur solidaires aussi parce qu’ils partagent avec les Québécois et les Acadiens une histoire d’amour avec la francophonie depuis le fondement de la Nouvelle-France.

Un texte du Mouvement Québec français

Les Franco-Ontariens sont profondément attachés à la langue française. Cette attachement, ils le démontrent par une remarquable résistance politique face à un Ontario anglais fort indifférent à la langue française.

En résistant jusqu’à remporter des batailles, les Franco-Ontariens ont retrouvé des droits linguistiques que le gouvernement ontarien leur avait restreints pendant plus de 100 ans par volonté de les assimiler à la langue anglaise.

En 1989, les Franco-Ontarien ont obtenu une grande victoire : celle du droit de se faire servir en français par la fonction publique ontarienne comme le dispose la Loi sur les services en français. Depuis plus de 30 ans, les Franco-Ontariens ont réalisé d’autres gains politiques intéressants qui leur ont permis d’améliorer un peu plus leurs conditions linguistiques à l’intérieur d’un gouvernement de l’Ontario qui lui a jadis été très hostile. [2]

Leur plus récent gain, très significatif, est l’adoption en 2017 de la loi 177 créant les bases de l’Université de l’Ontario français, un établissement universitaire 100% de langue française. [3]

Elle était réclamée depuis plus d’un demi-siècle.

D’une répression à une lente progression

Par l’adoption en 1885 d’une loi qui exigeait un enseignement en langue anglaise dans toutes les institutions scolaires de l’Ontario, le gouvernement ontarien s’est engagé dans une longue répression des Franco-Ontariens pendant plus de 100 ans.

Au début du 20e siècle, les Ontariens de langue maternelle française représentaient grosso modo 7% (entre 150 000 et 160 000) de la population de l’Ontario. Quelques 120 années plus tard, ils ne sont actuellement qu’autour de 4% (540 000 à 600 000 de la population). C’est que, encore, année après année, des circonstances incitent un bon nombre de Franco-Ontariens a délaissé la langue française pour la langue anglaise.

C’est en réponse à l’abolition du règlement 17 (1912-1927) [4] qui interdisait l’usage du français dans les écoles bilingues de l’Ontario que la langue française fut en mesure de reprendre lentement de la vigueur dans les institutions publiques ontariennes.

Ce n’est toutefois qu’à partir des années 60 que, à contre-coeur, le gouvernement ontarien a d’abord autorisé la transformation de quelques écoles primaires bilingues en écoles de langue française pour ensuite ouvrir des écoles secondaires de langue française dans les régions de l’Ontario où le nombre de francophones le justifiait.

En 1989, la création de l’Office des affaires francophones de l’Ontario, responsable de l’application de la Loi sur les services en français, représente encore aujourd’hui la plus importante victoire de la francophonie ontarienne. Cette victoire permet à l’Ontario français de se battre actuellement pour un ministère des Affaires francophones [5], alors que, moins d’un an après que l’Office des affaires francophones de l’Ontario (1989-2017) soit devenu un ministère, le premier ministre ontarien Doug Ford a arrêté ce processus, en transformant à nouveau le ministère en office.

Des comparaisons avec la minorité anglo-québécoise

L’Ontario et le Québec partagent une caractéristique commune : ils cohabitent sur leur territoire respectif avec une minorité linguistique dont la population se chiffre entre 500 000 et 600 000 personnes. D’une part, le groupe majoritaire de langue anglaise (70% de la population) en Ontario coopère avec un groupe minoritaire francophone (4% de la population) alors que le groupe majoritaire de langue française (80% de la population) au Québec collabore avec un groupe minoritaire anglophone (7% de la population).

Toutefois, même si elles sont de dimensions semblables et protégées par une loi et des règlements, les deux minorités linguistiques ne bénéficient pas d’un même traitement de la part de leur gouvernement respectif. Ne disposant de services en français que dans les régions où ils représentent au moins 10% de la population totale, les Franco-Ontariens vivent une réalité linguistique plutôt fragile comparativement à celle des Anglo-Québécois qui est l’une des minorités les plus favorisées du monde et qui peut obtenir ─ par une simple demande et cela partout au Québec ─ des services publics en anglais.

Puis, les services en français offert par le gouvernement de l’Ontario sont parfois retirés pour des raisons financières, administratives ou politiques. Prenons par exemple le désormais célèbre épisode de l’hôpital universitaire Montfort [6], la seule bilingue et fondée en 1953, que le gouvernement ontarien a voulu fermer en 1997. Sa présente existence est le résultat d’une spectaculaire mobilisation des opposants à sa fermeture. Elle est aujourd’hui en pleine croissance.

La situation linguistique est d’autant plus fragile pour l’Ontario français que les institutions de santé et les institutions scolaires postsecondaires destinées aux Franco-Ontariens sont presque toutes bilingues et administrées en grande majorité par des personnes d’expression anglaise.

À titre comparatif, alors que le Québec finance [7] plus que généreusement trois universités destinées aux Québécois de langue anglaise, entièrement administrées en anglais, il n’y a en Ontario que des établissements universitaires bilingues, au nombre de neuf, n’offrant que des programmes partiels en langue française, la plupart n’étant que des satellites d’une université de langue anglaise.

Il n’y a que les institutions scolaires primaires et secondaires de langue française qui sont administrées par des personnes d’expression française. Partie intégrante d’un bassin de 455 écoles de langue française, divisé en douze conseils scolaires, la majorité des écoles françaises se retrouve dans les régions d’Ottawa (près de 70 établissements dans un rayon de 15 km), de Toronto (près de 50 établissements dans un rayon de 30 km) et de Sudbury (près de 31 établissements dans un rayon de 30 km).

Ce qui n’est pas une réussite banale, sachant que les règlements 17 et 18 adoptés en 1912 par le gouvernement conservateur de James Whitney [7] avait pour but d’éliminer la menace d’une population franco-ontarienne en pleine croissance en les assimilant à la majorité de langue anglaise.

A contrario, les Anglo-Québécois ont de nombreuses institutions scolaires et de santé de langue anglaise administrées entièrement par des personnes d’expression anglaise. Plus de 50% des quelques 277 établissements du réseau de santé québécois offrent des services en anglais, desquels plus de 30 établissements de la région de Montréal (dans un rayon de 25 km) offrent des services uniquement en anglais.

Ils gèrent aussi neuf commissions scolaires de langue anglaise qui comptent 115 000 élè­ves répartis dans 350 écoles, desquelles plus de 50% sont situés dans la région de Montréal (dans un rayon de 25 km). C’est depuis 1977 que les droits exercés par les Anglo-Québécois sont assurés par la Charte de langue française (Loi 101) qui a été adoptée par le gouvernement de René Lévesque.

Pour quelles raisons, à l’instar des Anglos-Québécois, les Franco-Ontariens ne peuvent-ils pas aussi acquérir et exercer des droits qui suscitent les envies de toutes les minorités linguistiques du monde ?

Voilà pourquoi nous devons être solidaires des Franco-Ontariens !

RÉFÉRENCES – [1] https://www.ontario.ca/fr/lois/loi/90f32#BK4 [2] https://www.ledroit.com/actualites/education/le-reglement-xvii-a-faconne-lontario-francais-f44a9cd27fe9650ffe178a64a636bd8c [3] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1073171/projet-de-loi-universite-francophone-adopte [4] http://www.axl.cefan.ulaval.ca/amnord/ontario_reglement17.htm [5] https://onfr.tfo.org/le-ministere-des-affaires-francophones-netait-pas-encore-concret/ [6] https://fr.wikipedia.org/wiki/SOS_Montfort [7] http://journalmetro.com/actualites/national/65422/un-auteur-denonce-lapartheid-universitaire-au-quebec/ [8] https://www.ledroit.com/actualites/education/le-reglement-xvii-a-faconne-lontario-francais-f44a9cd27fe9650ffe178a64a636bd8c

 

Voir aussi

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