Pour Yves Bigot et TV5 Monde, la francophonie est un atout

Le gouvernement du Québec doit mettre en place une plateforme de diffusion qui concentrera l’offre de séries et d’émissions originales, de films, de documentaires, de pièces de théâtre et de livres numériques. En plus de la mise en place de cette plateforme sans égal, le gouvernement du Québec doit absolument investir comme il ne l’a jamais fait auparavant dans la production de séries et d’émissions originales en français. ─ MQF

Patron de la chaîne francophone diffusée dans le monde entier, Yves Bigot plaide pour une mise en commun des forces des différents audiovisuels publics francophones pour lutter contre le piratage informatique et pour trouver une alternative à Netflix.

LE FIGARO. – En 2015, vous avez été victime d’un énorme piratage informatique. Vous venez de valider un plan stratégique à quatre ans avec vos cinq États bailleurs de fonds. Quel est le budget de la sécurité informatique ?

Yves BIGOT. – Sur les cinq prochaines années, environ 5 % de notre budget global, soit environ 3,5 millions d’euros, seront consacrés à la sécurité informatique. En 2015 et 2016, nous avons dépensé 9 millions d’euros pour répondre à l’attaque de hackers russes dont nous avons été victimes.

Les chaînes du PAF n’y consacrent pas autant. Les alertez-vous sur la nécessité de le faire ? Avec les chaînes dont nous sommes partenaires – France Télévisions, la RTBF, la RTS (Radio Télévision Suisse), Radio Canada, Télé Québec et Arte – mais aussi avec France Médias Monde et Radio France, nous partageons notre expérience et les informations relatives à la sécurité. Avec eux et la NHK au Japon, nous avons créé le Broadcasting Cyber Group pour partager les efforts. Nous échangeons des informations et nous faisons pression sur les fournisseurs pour qu’ils intègrent de la sécurité directement dans les matériels de production. Nous ne devons pas être les seuls responsables de notre sécurité informatique.

Envisagez-vous de mutualiser ces dépenses avec France Télévisions et Radio France ? Nous y travaillons, car, en nous regroupant, nous pouvons faire baisser les coûts des fournisseurs. De plus, nous avons créé la première police d’assurance pour se garantir contre les attaques informatiques et nous la mettons à disposition de tous nos confrères des médias publics francophones.

Voulez-vous créer une plateforme de SVOD concurrente de celle de France Télévisions ? Nous nous contentons de suggérer à Delphine Ernotte – qui est aussi présidente du conseil d’administration de TV5 Monde – et aux patrons de Radio Canada, la RTBF et la RTS, de lancer une plateforme de SVOD francophone. Si nous sommes unis, nous serons plus forts vis-à-vis des producteurs audiovisuels. Nous y associons aussi les acteurs africains francophones car la production audiovisuelle progresse fortement dans pays à la fois en quantité mais aussi en qualité. Dans trois ou cinq ans, nous pourrions avoir une plateforme alternative à celles des américains.

Vous dites à Delphine Ernotte d’abandonner son projet francofrançais pour se joindre à vous ? Je ne me permets pas de lui dire comme cela. Mais je lui suggère de réfléchir à l’intérêt de s’allier avec les partenaires naturels que sont les autres chaînes francophones.

Netflix et Amazon dépensent des milliards de dollars en contenus. Avez-vous les moyens de rivaliser ? Certainement pas. Notre budget total pour 2017 s’élèvera à 113,4 millions d’euros. En revanche, nous occupons une place centrale dans la francophonie qui nous permet de discuter avec tous les acteurs et de les inviter à discuter aussi entre eux. La francophonie est un atout. En 2025, il y aura 400 millions de francophones à travers le monde et 700 millions à l’horizon 2050. C’est à la fois un bassin de population, d’auteurs et de producteurs. Nous avons intérêt à travailler ensemble plutôt que chacun fasse son petit business dans son coin. C’est ma réflexion personnelle.

Canal + a la même stratégie. Discutez-vous avec eux ? Non, Canal a une initiative privée. Cela dit, en Afrique, nous sommes à la fois concurrents de Canal+, mais nous sommes aussi partenaires. TV5 monde est distribué par Canal+ et c’est un produit d’appel important pour leur bouquet. Enfin, eux et nous sommes coproducteurs et préacheteurs des séries africaines.

Les acteurs de l’audiovisuel public français ont créé Franceinfo. TV5 Monde a-t-il un rôle à jouer ? Nous avons potentiellement un rôle à jouer. J’avais proposé que TV5 Monde participe au projet Franceinfo. Mais nous n’avons pas été sollicité pour le faire.

Êtes-vous déçu ? Le personnel de TV5 Monde a été déçu car nous pensons que notre journal Afrique et les regards croisés des francophones dans notre JT « 64’: le monde en français » aurait pu contribuer à Franceinfo. Peut-être qu’à l’avenir, on pourra nous faire une petite place.

Le développement en Afrique passe-t-il par le mobile ? Notre plan stratégique 2017-2020 prévoit tout d’abord de poursuivre notre ligne éditoriale sur la francophonie multilatérale et d’être un diffuseur culturel. Nous sommes une chaîne généraliste francophone. Mais surtout, il prévoit de travailler sur la transformation numérique de l’entreprise. Dans le numérique, il y a deux mouvements contradictoires. D’une part, la nécessité d’être présent sur la SVOD et le rattrapage pour offrir une consommation des programmes à la demande. Mais, d’autre part, être présent en direct sur l’information 24 heures sur 24. Nous travaillons sur ces deux axes et évidemment sur la consommation des contenus en mobilité.

Votre mandat s’arrête fin 2017. Êtes-vous candidat à votre succession ? Si on me le propose, oui, bien sûr. TV5 Monde est un modèle unique au monde que nous devons réinventer chaque jour. C’est risqué mais passionnant. La nomination du directeur général de TV 5 Monde se fait sur une proposition de la France aux quatre autres gouvernements actionnaires : la Suisse, le Canada, le Québec et la partie francophone de la Belgique, la Fédération Wallonie/Bruxelles. C’est une nomination qui dépendra du futur gouvernement.

05/12/2016 – ENGUÉRAND, Renaud
http://www.lefigaro.fr/medias/2016/12/04/20004-20161204ARTFIG00131-yves-bigot-unissons-les-forces-pour-lancer-une-plateforme-de-svod-francophone.php

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