Intégration de l’hôpital de Lachine au CUSM – Tollé contre le feu vert de Couillard

29 février 2008

LOUISE-MAUDE RIOUX-SOUCY | LE DEVOIR | 29/02/2008

Le feu vert à l’intégration de l’Hôpital de Lachine au Centre universitaire de santé McGill (CUSM) a valu hier au ministre de la Santé et des Services sociaux plusieurs tirs groupés. L’Action démocratique du Québec (ADQ), le Parti québécois (PQ), la Coalition pour l’hôpital francophone de Lachine et le Mouvement Montréal français ont tous accusé le ministre Philippe Couillard d’avoir ainsi sacrifié le dernier hôpital francophone de l’ouest de l’île de Montréal.

Ceux-ci estiment que les garanties évoquées par le ministre Couillard et le président-directeur général de l’Agence de santé et de services sociaux de Montréal, David Levine, ne sont que de la poudre aux yeux. «Où sont les garanties? Qu’on nous les montre, autrement, qu’est-ce que ça vaut?», a demandé le porte-parole du PQ en matière de santé, Bernard Drainville.

Le porte-parole de l’opposition officielle en matière de santé, Éric Caire, exige lui aussi des réponses. «Ces garanties ne rassurent personnes sur le fait français. Je pense qu’il faut que le ministre et l’Agence retournent faire leurs devoirs.»

Philippe Couillard assure pourtant que le statut francophone sera maintenu, et ce, «sans équivoque». M. Levine tient exactement le même discours. Il ajoute de surcroît que les garanties réclamées par la coalition — à savoir des accréditations et un Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens (CMDP) indépendants, une mission communautaire forte et un véritable statut autonome destiné à assurer le caractère francophone de l’hôpital — ont toutes été retenues, à l’exception du fameux statut autonome.

C’est pourtant là le nerf de la guerre, a dénoncé hier le porte-parole de la coalition, Michel Pilon. Selon lui, seul un statut autonome peut constituer un rempart efficace pour protéger le caractère francophone de Lachine. Le CUSM jouit en effet d’une dérogation en vertu de la loi 101 qui lui accorde un statut bilingue. «Une intégration suppose que les accréditations syndicales seront désormais assujetties à ce statut bilingue. Conséquemment, la langue de travail ne sera plus le français, mais bien le français et l’anglais», explique-t-il.

La coalition précise qu’elle ne s’oppose pas à l’affiliation, au contraire. C’est la fusion forcée qu’elle refuse. «Notre demande est simple, nous voulons un statut autonome en tous points semblables à celui accordé par McGill [au Centre hospitalier] St. Mary, de manière à assurer la mission communautaire de Lachine auprès de la communauté francophone de l’ouest de l’île, qui compte 140 000 personnes», résume Michel Pilon.

Au PQ, on comprend mal que ce qui est bon pour St. Mary ne le soit pas pour Lachine. «C’est d’autant plus incompréhensible que cette décision s’inscrit dans la bataille extrêmement importante qui se joue présentement pour la place du français sur l’île de Montréal», a commenté Bernard Drainville. «Je pense qu’on a ici la preuve que le gouvernement Charest n’est pas sérieux quand il dit vouloir protéger le français.»

Au bureau du ministre Couillard, on réplique que le statut francophone n’est nullement menacé, même sans statut autonome. Si cette formule n’a pas été retenue, c’est tout simplement pour des raison d’efficacité. «Dans les circonstances, seule l’intégration permet d’assurer rapidement à la population des soins continus et surtout plus diversifiés», a expliqué son attachée de presse, Isabelle Merizzi.

Dans une correspondance adressée simultanément aux directions générales du CUSM et du CSSS Dorval-Lachine-LaSalle, l’Agence a demandé mercredi à ce que soit initiée la démarche d’intégration qui devra être complétée au 31 mars prochain. «Le statu quo n’était pas une option», a tranché hier M. Levine, qui dit avoir agi dans le meilleur intérêt de la population.

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