La ministre St-Pierre perd patience

08 février 2008

ÉMILIE BILODEAU | LE DEVOIR | 08/02/2008

La ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, Christine St-Pierre, a subi les foudres des défenseurs de la langue française hier, à un point tel qu’elle a perdu patience et vivement répliqué à ses détracteurs. Elle s’en est notamment prise à la chef du Parti québécois, Pauline Marois, qui a carrément remis en doute, hier matin, sa crédibilité.

«Si Mme Marois veut parler de crédibilité, nous allons parler de crédibilité. En 1995, le gouvernement péquiste a coupé cinq millions de dollars dans la langue, alors je n’ai aucune leçon à recevoir de Mme Marois. Et en 1996, ils ont coupé 36 employés de l’Office de la langue française», a vivement réagi Mme St-Pierre, alors qu’elle participait à une conférence de presse pour l’annonce de la signature du Pacte patrimonial du mont Royal.

Un peu plus tôt en journée, Pauline Marois n’a pas mâché ses mots concernant le travail du gouvernement libéral en matière de langue française. À son entrée au caucus du Parti québécois, la chef a critiqué les études cachées par l’Office québécois de la langue française (OQLF). «Je trouve ça absolument inimaginable. Ce gouvernement-là manque de transparence en tout. C’est absolument inacceptable», a-t-elle argué.

Et les critiques de Mme Marois ne s’arrêtent pas là. Alors qu’on l’interrogeait sur l’avenir de la ministre, Mme Marois en a rajouté. «Sa crédibilité est profondément minée, à mon avis, actuellement», a-t-elle rétorqué.

La querelle entre les deux partis s’est envenimée hier matin, alors que le quotidien La Presse dévoilait qu’une deuxième étude est présentement gardée secrète par l’OQLF. Sa présidente, France Boucher, avait pourtant promis que cette étude portant sur la langue utilisée au travail à Montréal serait rendue publique «incessamment». Cette étude s’ajoute à celle portant sur le recul du poids démographique des francophones dans la métropole, qui attend également d’être rendue publique depuis deux ans et dont Le Devoir faisait récemment état.

Interrogée, Mme St-Pierre a répondu très brièvement aux questions liées aux études cachées. «L’Office québécois de la langue française est un organisme autonome. Si vous avez des questions à ce sujet, posez-les à Mme Boucher. C’est à elle de décider du moment où elle veut publier ces études-là.»

La ministre a toutefois réitéré que cette étude sur la langue de travail serait rendue publique au même moment que le rapport quinquennal sur le suivi de la situation linguistique de l’OQLF, au mois de mars.

Nomination douteuse

Mme St-Pierre a également dû réagir à la nomination de Sylvia Martin-Laforge à titre de membre du Conseil supérieur de la langue française (CSLF). Comme le soulignait hier Le Devoir, la nouvelle venue au Conseil participe comme directrice générale et membre du conseil d’administration au Quebec Community Group Network. L’organisme se veut un lobby de défense des intérêts de la communauté anglophone de la province.

Mme Martin-Laforge «a le droit d’être contre la loi 101 et elle a une place au Conseil supérieur de la langue française. Elle n’est pas majoritaire à ce conseil. Elle est née au Québec, elle est Québécoise. Je ne veux pas entendre personne dire qu’elle n’a pas sa place au Conseil supérieur de la langue française», s’est offusquée la ministre.

Mme St-Pierre a assuré que des consultations ont eu lieu pour procéder aux nominations et s’est dite «fière» du choix des nouveaux membres. «Il y a des anglophones qui siègent au Conseil supérieur de la langue française depuis que le Conseil existe. Il y a neuf postes qui représentent tous les secteurs de la société. Je pense que les anglophones ont leur place, comme les communautés culturelles, comme les francophones, comme les syndicats», a-t-elle répondu sèchement aux journalistes avant de prendre la fuite, visiblement en colère.

Les attaques à son endroit ont continué à fuser. Hier, le président de Mouvement Montréal français, Mario Beaulieu, et celui d’Impératif français, Jean-Paul Perreault, ont profité d’une conférence de presse en matinée pour donner la note zéro à Mme St-Pierre depuis son arrivée à son ministère.

Le 9 novembre dernier, les deux organismes se sont offusqués publiquement des messages des répondeurs téléphoniques de plusieurs ministères du Québec. Dans de nombreux cas, une option «press 9» est offerte dès le début du message pour les anglophones qui désirent éviter d’écouter la version en français. Les deux organismes ont appelé massivement dans neuf ministères pour tenter de faire changer leur message. Depuis cette opération, cinq ont corrigé la situation. Mais ce n’est pas assez, jugent MM. Beaulieu et Perreault.

Pour eux, la ministre a le pouvoir d’agir et d’exiger que les ministères modifient leur message de boîte vocale conformément à la loi 101. «Improvisation, manque de transparence, improvisation de politicienne, et elle est sûrement très mal conseillée», ont plaidé les deux hommes, qui estiment que la ministre «manque de leadership» dans ce dossier.

Les deux organismes de défense du français ne demandent rien de moins que la réouverture de la Charte de la langue française. «Nous voulons inclure des nouvelles mesures qui vont aider à redorer le statut du français, qui vont aider à la francisation du Québec et qui vont stopper le mécanisme de déclin du français.»

Mouvement Montréal français et Impératif français ont toutefois félicité la ministre pour l’obligation de vendre les jeux vidéo en langue française à partir du mois d’avril 2009.

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