Plus de francophones attirés par l’anglais

10 juin 2011

Sébastien Ménard, Canoë.ca, 10 juin 2011. De plus en plus de parents francophones sont prêts à payer le gros prix pour que leurs enfants aient accès à des écoles d’immersion anglaise 100% privées, une situation qui dérange le Mouvement Québec français. Des données obtenues par le Journal révèlent que près de 7 000 élèves étaient inscrits dans une école entièrement privée offrant des services éducatifs en anglais, cette année. Cela représente une hausse de 23% en quatre ans. Le Mouvement Québec français est préoccupé par le phénomène. Lire l’article.

 

Plus de francophones attirés par l’anglais

Le président du regroupement des écoles Vision, Richard Dumais, dans un des sept établissements du réseau.© Daniel Mallard/Agence QMI

Sébastien Ménard

10-06-2011 | 01h07

De plus en plus de parents francophones sont prêts à payer le gros prix pour que leurs enfants aient accès à des écoles d’immersion anglaise 100% privées, une situation qui dérange le Mouvement Québec français.

Des données obtenues par le Journal révèlent que près de 7 000 élèves étaient inscrits dans une école entièrement privée offrant des services éducatifs en anglais, cette année. Cela représente une hausse de 23% en quatre ans.

La porte-parole du ministère de l’Éducation, Esther Chouinard, soutient que le phénomène est principalement attribuable à la croissance de la clientèle du regroupement des écoles Vision.

Fondé en 1995 à Drummondville, ce réseau 100% privé connaît un essor considérable depuis quelques années. Offrant des programmes d’immersion anglaise à des élèves francophones qui n’ont pas droit à l’enseignement public en anglais, les sept écoles primaires Vision accueillaient cette année 1 310 élèves, d’après les données du Ministère. Il s’agit d’une croissance de 32% en quatre ans.

La popularité de ces écoles augmente sans cesse, reconnaît le président du regroupement, Richard Dumais.

Surtout présentes dans la région de Québec et en Estrie, ces institutions commencent à faire leur apparition autour de Montréal. Un nouvel établissement ouvrira ses portes à Saint-Jean-sur-Richelieu en septembre prochain et on n’exclut pas d’en ouvrir un autre sur la Rive-Nord.

« Quand on regarde la croissance de nos effectifs, il y a lieu de convenir qu’on répond à une demande », dit M. Dumais.

L’importance des langues

Si les parents sont de plus en plus nombreux à opter pour ces écoles d’immersion, c’est parce qu’ils accordent plus d’importance à la « maîtrise d’une deuxième ou d’une troisième langue », croit Richard Dumais.

Dans les écoles Vision, les élèves reçoivent autant d’heures de français que dans une école publique francophone, et autant d’heures d’anglais que dans une école publique anglophone, explique-t-il.

Les écoles publiques ou privées subventionnées peuvent offrir des programmes «enrichis» en anglais, indique M. Dumais, «mais jamais elles ne peuvent tomber dans le concept d’immersion.» N’étant pas subventionnées par l’État, les écoles Vision disposent de cette flexibilité.

Non seulement les élèves y reçoivent plus d’heures d’anglais, ils « évoluent dans un environnement anglophone », ajoute M. Dumais, en assurant que cela ne se fait «pas au détriment du français».

Il soutient d’ailleurs que ces écoles ne sont «pas des passerelles» donnant accès à l’éducation publique en anglais.

Les parents qui inscrivent leurs enfants dans ces établissements non subventionnés doivent payer le gros prix. Uniquement en frais de scolarité, la facture peut atteindre 6 500 $, indique Richard Dumais.

Une majorité de parents bien nantis composent la clientèle des écoles Vision, mais le tiers d’entre eux le font aussi «par choix», en se serrant la ceinture ou avec l’aide des grands-parents, confie-t-il.

Loi 101 au cégep

Le Mouvement Québec français est préoccupé par le phénomène.

« Je ne pense pas que ça répond aux besoins de la société québécoise de développer ces écoles-là davantage », tranche le porte-parole de l’organisme, Mario Beaulieu. À son avis, cela démontre l’importance d’appliquer la loi 101 au collégial.

Richard Dumais est conscient que l’approche des écoles Vision ne fait pas l’unanimité. «Si ça se faisait au détriment du français, ils auraient de bons prétextes [pour dénoncer], dit-il. Mais ce n’est pas le cas », insiste-t-il.


Ce qu’il a dit…

«Le Québec s’anglicise.»

«Ça reflète l’anglicisation qu’on voit dans la région métropolitaine, et un peu partout au Québec. Les gens sentent que le Québec s’anglicise.»

«Les entreprises exigent une connaissance de l’anglais alors que souvent, ce n’est pas nécessaire.»

«Nous, on n’est pas contre l’apprentissage d’une deuxième ou d’une troisième langue. Mais le monde du travail s’anglicise beaucoup et les parents ont des attentes. Ils veulent que leurs enfants deviennent parfaitement bilingues.»

«Or, il y a déjà beaucoup plus de gens qui connaissent l’anglais que ce dont le marché du travail a réellement besoin.»

«Ce qui est important, pour le Québec, c’est de former des gens dans des domaines spécialisés. Pas de former des citoyens bilingues.»

Propos de Mario Beaulieu, Mouvement Québec français et Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal

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