[Notre présidente par intérim, Marie-Anne Alepin, également présidente de la SSJB, publie aujourd’hui un texte important dans les pages du Journal de Montréal.]
L’étude de l’Observatoire de la culture et des communications a brossé récemment un portrait pour le moins troublant: les jeunes Québécois boudent massivement la culture d’ici. Moins de 5% des 15 à 29 ans écoutent de la musique québécoise, et seulement 4,4% préfèrent notre cinéma. Pire encore: à peine 5% d’entre eux écoutent principalement de la musique en français.
Ce recul touche aussi les moins jeunes, les données montrent un fléchissement dans d’autres groupes d’âge. En effet, seuls 14% des personnes de 30 à 44 ans regardent surtout du contenu québécois. Ne craignons pas de nommer les choses: ce n’est plus une tendance, c’est un effacement culturel.
Ce triste constat n’est pas sans conséquences. Quand la langue recule, c’est toute une culture, une identité, une mémoire collective qui s’effacent. Il s’agit de tendre l’oreille pour s’en rendre compte.
L’environnement sonore qui nous entoure est aujourd’hui quasiment dominé par l’anglais: dans les cafés, les boutiques, les salons de coiffure, les restaurants, les stations-service… La musique qu’on entend, celle qu’on impose à nos oreilles, vient presque toujours d’ailleurs, et elle est rarement dans notre langue officielle, le français. Tout cela malgré la réglementation du CRTC qui oblige les radios à diffuser 65% de musique francophone, dont 55% aux heures de grande écoute.
Dans ce contexte, comment découvrir les nouveaux artistes québécois? Comment transmettre nos classiques? Demandez autour de vous: qui est votre chanteur québécois préféré ou votre chanteuse québécoise préférée?
Si le français continue de perdre du terrain, si la culture québécoise est de plus en plus ignorée, c’est notre propre effacement qui est en cours. Mais nous avons encore le pouvoir d’agir. Collectivement. Il est temps de faire bouger les choses à partir des leviers que nous contrôlons, sans attendre de nouvelles lois. Mais il faut réagir, et vite!
Je lance donc officiellement un appel aux radios commerciales, aux commerces, aux restaurants, aux entreprises locales: donnez une place réelle à la musique francophone. Faites entendre nos artistes, nos mots, notre accent. Encouragez la découverte. La culture québécoise est riche, vivante, vibrante. Cela est à votre portée: certaines émissions ont en effet déjà emboîté le pas, et plusieurs commerces sont fiers de mettre la culture du Québec à l’honneur.
Le recul du français n’est pas abstrait. Il s’entend. Il se voit. Il se vit. Et il inquiète. Le grand risque, c’est l’indifférence, puis l’oubli. C’est pourquoi toute la société doit passer à l’action rapidement. Bien qu’ils ne soient pas touchés directement par la loi 96, les radios et les différents commerces partout au Québec exercent une grande influence et peuvent participer à la vitalité de notre culture francophone. Je les invite à faire un geste concret pour l’avenir du français, pour notre avenir: favoriser nos artistes francophones.
Le recul du français est très certainement inquiétant, mais nous avons collectivement le pouvoir de renverser la tendance, une chanson à la fois.
En attendant que le Québec devienne un pays et qu’un véritable conseil de la radiodiffusion du Québec (CRTQ) soit mis en place pour encadrer la répartition de la langue française sur les ondes, appuyons la SSJB et son appel officiel aux radios et aux commerces, afin qu’ils contribuent activement à la vitalité du français. Commençons par contrôler ce que nous pouvons contrôler et nous y arriverons, une chanson à la fois. À tous ceux qui me lisent, écrivez à vos émissions de radio préférées et faites vos demandes spéciales.
