Ces PDG qui ignorent le français

30 octobre 2011

Article de Jean-François Cloutier paru dans le site du Journal de Montréal du 30 octobre 2011.

Le manque de connaissance du français du PDG, combiné à l’absence de réels lieutenants québécois, risque toutefois de représenter un problème pour une entreprise établie à Montréal, selon Mario Beaulieu, porte-parole du Mouvement Montréal français.

Surtout si elle réalise une bonne part de son chiffre d’affaires au Québec.
M. Beaulieu cite des études voulant que l’efficacité des travailleurs soit plus grande s’ils travaillent dans leur langue maternelle.

Dans une lettre ouverte, Gaétan Frigon, le PDG de Publipages, dénonçait l’absence de représentation québécoise à la haute direction de Loblaws pour expliquer la perte constante de parts de marché de l’épicier au Québec, par rapport aux rivaux Metro et IGA. Même si le PDG parle français, toutes les décisions sont prises à Toronto, critiquait-il.

Pour Michel Nadeau, il appartient aux grandes institutions financières du Québec, comme la Caisse de dépôt et placement et le Fonds de solidarité FTQ, de faire pression auprès des entreprises montréalaises pour que la place du français soit rehaussée et pour que des sièges sociaux ne se vident pas de leur essence. «Quand des compagnies donnent le contrôle à des Québécois, on crée une génération de gestionnaires québécois», a-t-il mentionné.

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On régresse

Pour Yves Michaud, fondateur du Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires (MÉDAC), il ne fait aucun doute que la place du français recule dans plusieurs entreprises de la métropole.

Vous avez mené le combat pour affirmer le français dans le monde des affaires. Où en est-on aujourd’hui?

La place du français n’est absolument pas respectée dans plusieurs entreprises à Montréal. Sauf pour l’affichage, la loi 101 a perdu de son mordant, et encore elle n’est pas toujours respectée. Des dirigeants ne se donnent pas la peine d’apprendre le français, et le pire, c’est qu’ils n’y voient aucune provocation.

Vous sentez qu’on recule?

On retourne peu à peu aux années 1900, à l’époque d’Henri Bourassa père. On s’est battu pendant des années contre la bilinguisation du Québec, et le constat que je fais, c’est qu’on revient peu à peu à la case départ. Il faut tout reprendre du début.

À l’échelon fédéral, vous constatez aussi un recul?

Même les plus fédéralistes des Québécois doivent être outrés des dernières nominations du gouvernement Harper. La Cour suprême vient de nommer deux juges unilingues de langue anglaise. Le vérificateur général est aussi un unilingue anglophone. Est-ce qu’il faut comprendre qu’on va bientôt nommer deux juges unilingues de langue française? Permettez-moi d’en douter.

Comment expliquer ce recul?

On n’aurait pas vu ça du temps de René Lévesque. Il y a moins de résistance à ça au sein même du Québec français. On s’est essoufflés d’être indignés.

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