LANGUE DE MOLIERE OU DE SHAKESPEARE AU QUEBEC ? (1er partie)

16 janvier 2012

Entrevue de Mario Beaulieu avec d’Isidore Grao pour La Voix De Cartier publié le 16 janvier 2012

 

IG : Vous venez de dire que de plus en plus les fonctionnaires québécois s’exprimaient dans leur fonction en anglais. Mais je croyais que cela était interdit par la loi 101 ?

MB : Effectivement mais la loi 101 est très peu respectée, le gouvernement québécois actuel ne fait pas respecter la loi 101 au sein de ses propres organismes. C’est ainsi qu’au départ la loi 101 laissait une souplesse dans le cadre des services aux individus. On disait que les services publics devaient être en français mais sans exiger que ces services soient bilingues. Par contre les services aux entreprises, aux personnes morales devaient être exclusivement en français. En 2002 j’étaits au Parti Québécois et on faisait le plus de pression possible pour que le gouvernement de Lucien Bouchard intervienne. Mais finalement Lucien Bouchard a démissionné, et la loi 104 qui interdisait de revenir à une échappatoire contenue dans la loi 101. Cette dernière permettait aux gens qui allaient dans une école anglaise de s’acheter le droit d’aller dans une école anglaise en contournant la loi 101 par l’intermédiaire des écoles anglaises privées non subventionnées. L’article 1 de la loi 104 devait modifier la charte de la loi française en rétablissant l’obligation que les communications entre le gouvernement du Québec et les personnes morales établies au Québec devaient être seulement en français. Mais cette obligation n’a jamais été mise en vigueur. La loi 86 avait enlevé dans plusieurs cas les mots « uniquement en français ». La loi 104 a été votée à l’unanimité par les parlementaires Québécois. Alors le gouvernement actuel essaie de jeter de la poudre aux yeux en faisant des campagnes incitatives pour faire avancer l’usage du français avec les entreprises alors qu’il continue de communiquer avec elles en anglais. Nous avons fait une manifestation devant les registraires des entreprises. A la prochaine manifestation prévue le 1er décembre 2011on va aller visiter le ministère du revenu et des agences gouvernementales pour exiger qu’ils respectent l’article 16 de la loi 101 (tel que modifié par le projet de loi 104). Par ailleurs, la politique linguistique gouvernementale qui n’est pas régie par une loi mais un règlement, précise que les services gouvernementaux doivent s’avancer dans l’unilinguisme français pour bien montrer que le français est la langue commune au Québec. C’est le bilinguisme intégral au Canada alors que dans le même temps on donne le service en anglais aux immigrants au Québec. Dans tous les services gouvernementaux, les nouveaux arrivants qui s’installent à Montréal peuvent avoir le service en anglais sur demande ce qui fait qu’il n’y a pas d’incitatif à apprendre le français. Alors il y a une grande bataille à mener de ce coté là. Une revendication commune du Mouvement Québec français avec le syndicat de la fonction publique du Québec est que pour tous les services administratifs excluant les services sociaux, de santé, d’éducation municipaux, soient exclusivement en français pour tous y compris pour les anglophones. Si on veut respecter l’esprit de la loi 101 qui fait de la langue française la langue commune de tous les québécois on constate qu’on peut continuer à donner les services en anglais pour les services de proximité pour les minorités historiques anglophones qui dans les faits constituent environ 5 % de la population du Québec. Il y 8 % de citoyens québécois de langue maternelle anglaise, et c’est 5,6 % de langue maternelle anglaise née au Québec. Les gens de langue anglaise d’origine britannique née au Québec c’est 3 % de la population. Alors pour une petite minorité on finance finalement essentiellement des services en anglais qui servent à angliciser les immigrants francophones de Montréal.

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