30 ans plus tard, quel est l’avenir de la Loi sur les services en français?

23 novembre 2016

[box type=”shadow” align=”” class=”” width=”auto”text_position=”otw-text-left“]« Les 415 000 anglophones du Québec reçoivent par année plus de 2 milliards de dollars pour leurs universités et hôpitaux, alors que les 325 000 Franco-Ontariens n’ont que 300 millions de dollars pour des programmes universitaires de langue française. » ─ MQF[/box]

Quand la première ministre Kathleen Wynne a accepté de nous rencontrer dans le cadre des 30 ans de la Loi sur les services en français, le mot d’ordre était clair : prudence. Chaque mot était bien pesé pour souligner les acquis et éviter de s’aventurer sur un terrain glissant. Mais 30 ans plus tard, les attentes sont grandes. Plusieurs exigent une refonte complète de la loi 8.

En juin dernier, le commissaire aux services en français de l’Ontario, François Boileau, appelait la province à repenser la loi 8 au grand complet.

Sa première recommandation? Faire de l’Ontario une seule région désignée. Selon lui, cela éliminerait une barrière administrative et permettrait à la province de se questionner sur d’autres points de service au-delà des régions désignées présentement.

« La question de régions désignées, c’est un faux débat pour moi. Réglons ça, ça va être beaucoup plus simple pour tout le monde »,  estime François Boileau, commissaire aux services en français.

Deuxième suggestion? Créer une offre active pour que les francophones se sentent à l’aise d’utiliser leur langue auprès des différents points de service du gouvernement provincial. Et cela, selon le commissaire Boileau, va plus loin qu’une simple affiche bilingue.

« On sent qu’on dérange, dit-il. Tous les Franco-Ontariens et même les francophones du Canada ont entendu la phrase I don’t speak French. […] Ça n’envoie pas nécessairement le bon message aux francophones de réutiliser leur langue. »

À quand la mise en oeuvre des recommandations?

Le gouvernement étudie actuellement les recommandations de François Boileau.

« Faut comprendre que je suis arrivée en poste le 13 juin. […] On veut vraiment évaluer et analyser chacune de ces recommandations-là pour améliorer [les pratiques] », mentionne la ministre Marie-France Lalonde.

La première ministre Wynne veut d’abord comprendre pourquoi les francophones ont du mal à se faire servir en français dans les endroits désignés par la loi.

Je veux comprendre les barrières. Pourquoi est-ce que c’est un problème? Pourquoi nous n’avons pas plus de succès? Je ne connais pas les réponses.

Aucun détail sur cette possible refonte n’a encore été dévoilé par le gouvernement.

Selon le bureau de la ministre Lalonde, celle-ci a prononcé ce matin un discours pour confirmer l’engagement du gouvernement envers la loi 8 et a réitéré et que son bureau étudie les propositions mises de l’avant par le commissaire Boileau.

Agir, mais à quel prix?

Historiquement, les questions relatives aux politiques linguistiques ont toujours suscité de vives controverses.

L’ancien premier ministre David Peterson en sait quelque chose.

« Je peux comprendre pourquoi les politiciens ne veulent pas se mettre le nez dans ce dossier », dit David Peterson, ancien premier ministre ontarien.

Quand son gouvernement a adopté la loi 8, en 1986, une vague de municipalités se sont déclarées unilingues anglaises pour se protéger contre une loi dont plusieurs anglophones se méfiaient.

« Depuis M. Peterson, il n’y a jamais eu personne qui a mis son pied à terre », estime Bernard Grandmaître, ex-ministre et père de la loi 8.

Ottawa bilingue?

Celui qui s’est battu corps et âme pour faire adopter le projet de loi il y a 30 ans croit que la province peut davantage faire preuve de leadership. Par exemple, dans le dossier d’Ottawa, qui n’est pas encore bilingue. Sauf que… de toucher à la loi à moins de deux ans des élections serait très risqué, selon lui.

« Si on commence à jouer avec la loi 8, on prend une chance », dit M. Grandmaître.

Pour le spécialiste des droits linguistiques Michel Doucet, il est évident que « le politique préfère au niveau linguistique de ne rien faire plutôt que de prendre action ». Selon lui, le parfait exemple est celui du maire d’Ottawa qui refuse de déclarer la ville comme étant officiellement bilingue.

« Si Ottawa ne [se déclare pas officiellement bilingue], je crois que c’est une possibilité de le faire par le biais de la Loi sur les services en français », estime Michel Doucet, spécialiste en droits linguistiques.

Or, pour la première ministre Wynne, pas question d’envenimer sa relation avec la Ville.

« Je ne crois pas que c’est une bonne idée pour le gouvernement provincial d’imposer cette décision à une municipalité », dit-elle.

28/11/2016 – OUELLET, Valérie, BOUCHARD, Sarah-Émilie, BRULÉ, Claudine
http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1000730/30-ans-loi-services-francais-ontario-avenir-bilinguisme-ottawa

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