Analyse de Charles Castonguay des énoncés soutenus par QCGN dans son texte « HOW MANY ENGLISH-SPEAKING QUEBECERS ARE THERE? »

09 février 2021

Le texte s’applique à interpréter les données de recensement de manière à amplifier au maximum l’écart entre le 7,5 % d’anglophones selon les réponses uniques à la question sur la langue maternelle et le 13,7 % d’anglophones selon la “première langue officielle parlée” ou PLOP. Ce n’est pas raisonnable – à moins d’avoir comme objectif de vendre l’idée que “tout est relatif” ou que “on peut faire dire n’importe quoi aux chiffres”.

La manière sensée de chiffrer la population de langue maternelle anglaise est d’ajouter aux réponses uniques “anglais” la part qui revient à l’anglais après avoir réparti de façon égale entre les langues déclarées les réponses multiples qui comprennent l’anglais en combinaison avec une ou des autre(s) langue(s), c’est-à-dire la moitié des réponses “anglais et français”, la moitié des réponses “anglais et une langue non officielle (dans le sens canadien)” et le tiers des réponses “anglais, français et une langue non officielle”. C’est ce procédé, qu’on peut qualifier “du juste milieu”, que j’ai employé dans notre plaquette Le français en chute libre, et ça donne 8,1% comme poids de l’anglais en tant que langue maternelle (voir la troisième partie du tableau A en annexe à la plaquette). On peut trouver le même chiffre pour le Québec sur le site du Commissaire aux langues officielles (CLO). Voir le chiffre mitoyen pour l’anglais, langue maternelle dans le tableau que voici : https://www.clo-ocol.gc.ca/fr/statistiques/province-territoire.

(En passant, le même commentaire s’applique au chiffre exagérément faible de 9.8 % comme poids de la population parlant l’anglais comme langue d’usage à la maison. Si l’on fait entrer en ligne de compte de façon raisonnable les réponses multiples qui comprennent l’anglais, on obtient plutôt 10,7 %, comme dans Le français en chute libre, troisième partie du tableau B en annexe, ou comme le chiffre mitoyen pour la langue d’usage anglaise dans le tableau du CLO.)

Enfin, la population ayant l’anglais comme PLOP au Québec en 2016 est de 12,0 % (voir encore le tableau du CLO). Hausser ce chiffre jusqu’à 13,7 % découle d’un procédé indéfendable, que j’ai démystifié de mon mieux dans ma chronique : https://lautjournal.info/20170317/langue-demystification-de-la-plop-de-statistique-canada. En bref, pour arriver à 13,7 %, il faut considérer la moitié des biplops de 2016 comme étant des angloplops, ce que rien ne justifie.

Donc si l’on est raisonnable, l’écart n’est pas entre 7,5 % et 13,7 %, soit presque du simple au double, mais entre 8,1 % et 12,0 %.

D’autre part, le texte interprète abusivement les données de recensement touchant l’anglais comme indiquant une appartenance (“belonging”) à la “communauté” anglo. Ce n’est aucunement fondé. Aucune question de recensement ne nous renseigne sur le groupe ou “communauté” linguistique auquel un individu “appartient” ou s’identifie. Ni la langue maternelle, ni la langue d’usage à la maison ou au travail, ni la simple connaissance du français ou de l’anglais, ni la PLOP – qui n’est qu’un coquetel de ces variables – ne nous informent sur l’identité ou la loyauté ou l’allégeance ou l’appartenance linguistique.

À la fin du texte du QCGN, on affirme ceci :

Since 1996, the demographic weight of the English-speaking community has declined when measured by Mother Tongue and to Language Used Most Often at Home. When measured by FOLS, our numbers have increased.

The QCGN uses the First Official Language Spoken variable when defining the number of English-speaking Quebecers. We do so not because it provides the largest number, but because FOLS is more indicative of those who may wish to communicate, or seek services, in English. When advocating on behalf of the English-speaking community, we judge it most appropriate and fair to advocate for all who are likely to consider English as their First Official Language Spoken — and not simply those whose Mother Tongue is English.

Besides, the federal government defines linguistic minorities using the FOLS variable. Who are we to argue?

  1. En ce qui concerne le prétendu déclin de l’anglais, langue maternelle et langue d’usage, depuis 1996 :

Le recul du poids de l’anglais, selon la langue maternelle aussi bien que selon la langue d’usage, depuis 1996 s’explique par la rupture de comparabilité des données de 1996 avec celles de 2001, causé par la nouvelle priorité donnée depuis 2001 à la réponse “Français” sur la réponse “Anglais” dans l’ensemble des questions sur la langue dans le questionnaire de recensement. J’ai souligné cette modification apportée au questionnaire de recensement à la p.33 de notre plaquette Le français en chute libre. Cette permutation des réponses (avant 2001, le questionnaire donnait partout la priorité à la réponse “Anglais” sur la réponse “Français”) a eu pour effet d’augmenter artificiellement le nombre de déclarations du français comme langue maternelle et comme langue d’usage en 2001 par comparaison avec les données de 1996, et de réduire artificiellement le nombre de déclarations correspondantes de l’anglais.

Comme je le souligne abondamment dans notre plaquette, les modifications apportées au questionnaire en 2001 font en sorte que les données linguistiques de 2001 à 2016 ne sont pas directement comparables à celles des recensements antérieurs.

Les gens du QCGN gagneraient à lire et à méditer notre plaquette.

  1. En ce qui concerne l’astuce de compter la moitié des biplops comme angloplops, de manière à gonfler l’effectif de la “communauté de langue anglaise” au Québec :

Je le répète (voir ma chronique dans l’aut’journal, dont une version abrégée (ci-jointe) est aussi parue dans Le Devoir au printemps 2017), cette façon de faire est abusive. Que le gouvernement fédéral emploie ce procédé pour gonfler l’effectif des “minorités de langue officielle” au Québec et dans les autres provinces ne le rend en rien plus recommandable. Cela sert tout simplement à consolider “l’unité nationale” canadienne, en grossissant (indûment) l’importance numérique des minorités en question.

Il s’agit là de petite politique et non de science.

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