Des candidats pris en flagrant délit de fautes de français

05 octobre 2019

Des «constats d’infraction» leur seront distribués ce week-end

Une candidate aux élections qui affiche des pancartes unilingues anglaises, et d’autres qui ont distribué un dépliant « authorisée par un agent official [sic] » recevront une contravention symbolique pour leur mauvaise utilisation du français.

« C’est dommage d’avoir à en arriver là, mais les candidats doivent comprendre que ça heurte les gens », dit Sophie Stanké, présidente de la section montréalaise du Mouvement Québec français.

Sur la rue Wellington, à Verdun, certaines pancartes de la candidate Jency Mercier du Parti vert sont entièrement en anglais.

Elle fait donc partie des six candidats aux élections fédérales qui recevront une visite du Mouvement Québec français au courant de la fin de semaine. Des membres de l’équipe leur remettront alors une « contravention » symbolique pour leur rappeler l’importance du français.

Sur la liste se trouve le ministre de la Justice sortant, David Lametti. Des dépliants du candidat comportant des fautes ont été distribués cette semaine dans LaSalle–Émard–Verdun.

En petit caractère, la phrase finale au verso indiquait que le document avait été « authorisée par l’agent official [sic] de David Lametti ».

« Malgré toute l’attention que l’on porte à la qualité du français et de l’anglais, il est possible que des erreurs se glissent parfois », dit Pierre-Olivier Herbert, porte-parole du Parti libéral du Canada.

Les erreurs seront corrigées et les dépliants réimprimés, assure-t-il.

Le Mouvement reproche aussi la prédominance de l’anglais dans les publications de plusieurs candidats sur Facebook et Twitter.

« Tout candidat qui prétend accéder au pouvoir doit être exemplaire », dit Sophie Stanké. « Si les élus ne le font pas [respecter le français], qui le fera ? »

Mauvais message

Pour elle, l’unilinguisme manifesté par certains candidats doit être dénoncé, mais aussi le bilinguisme.

« Ça envoie le message que le français est un choix au Québec. Mais c’est un mauvais message. Le français est la langue commune. »

Sur le plan légal, les messages politiques ne sont pas soumis à la loi sur l’affichage en français, indique l’Office québécois de la langue française. Quant à la loi électorale fédérale, elle ne réglemente pas l’utilisation des langues officielles, selon Élections Canada.

Mais ces exemples ne respectent pas l’esprit de la loi, dit Mme Stanké. « C’est une violation de nos droits. […] Et ce n’est pas intelligent du point de vue marketing », ajoute-t-elle.

La plupart des candidats ne se sont pas montrés offusqués d’être visés par une « contravention ». Même que le Parti vert, qui recevra le plus grand nombre de visites avec trois « infractions », les félicite.

Mettre plus d’efforts

La candidate Jency Mercier est elle-même francophone et « ne voulait choquer personne », assure Natassia Ephrem, attachée de presse du parti. D’ailleurs, la plupart de ses pancartes sont en français, rappelle-t-on.

« Il faut qu’on mette plus d’efforts », avoue en français au téléphone David Tordjman, candidat conservateur dans Mont-Royal, qui recevra lui aussi un « constat d’infraction » pour son fil Twitter à forte prédominance anglophone.

Jusqu’à hier matin, sa page en français présentait aussi la biographie du « candidate », comme en anglais, au lieu de celle du « candidat ».

La faute incombe à un bénévole, a expliqué M. Tordjman, qui admet « [qu’] on n’a pas assez bien vérifié. » Le texte a d’ailleurs été modifié au courant de l’après-midi.

La section montréalaise du Mouvement Québec français continuera de recueillir les exemples signalés par le public à l’adresse [email protected] dans les prochaines semaines.

Les fautes dans les communications de certains candidats sont si évidentes qu’elles témoignent d’un manque de volonté plutôt que de l’inattention des partis, selon Impératif français.

Dans le courriel d’envoi d’un communiqué de presse d’un député libéral de Laval de mercredi, pratiquement tous les verbes étaient mal accordés.

Plein de fautes

« Andrew Scheer annonce qu’il couperai l’aide destiné au pays à revenu moyen ou élevé en donnant l’exemple de l’Italie. L’aide que le Canada a envoyé à l’Italie a été à travers la Croix-Rouge pour venir en aide suite aux tremblements de terre dévastateurs qui tuèrent plus de 300 personnes en 2016. De nombreux pays venirent en aide à l’Italie pendant cette triste période ».

C’est ce qu’on peut lire dans le message signé d’un membre de l’équipe d’Angelo Iacono, qui se représente dans la circonscription Alfred-Pellan.

« En campagne, les journées sont longues et stressantes. Des erreurs peuvent parfois se glisser dans nos communications. Nous veillerons à ce que ce type de fautes ne se reproduise plus », assure l’équipe du candidat libéral.

Après la chanson…

Ces impairs viennent s’ajouter à celui de la chanson de campagne du parti, dont la traduction française maladroite a fait couler beaucoup d’encre à la mi-septembre.

Mais pour Jean-Paul Perreault, de l’organisme Impératif français, ce genre d’erreurs est « impardonnable ».

« Une coquille, ça peut passer. Mais des fautes de cette nature, ça témoigne d’une incompétence […] et d’une insouciance », particulièrement quand il s’agit d’un document officiel, insiste-t-il.

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