J’ai été longtemps sans comprendre pourquoi nos élites nous ont trahis avec une telle constance tout au long de notre histoire, comme le pensait Gaston Miron. Pourquoi en effet les intérêts des « parlant-français » sont-ils si souvent ignorés, bafoufés, et carrément balayés sous le tapis par la classe politique «canadienne-française» et Québécoise? Pour la classe politique «canadienne-française», on peut toujours comprendre que les Québécois qui font carrière à Ottawa défendent les intérêts des Anglais par la force des choses, mais pourquoi ce comportement presque mimétique de la classe politique québécoise? Pourquoi, par exemple, cette absolue impossibilité d’aborder publiquement de front des questions qui engagent notre avenir collectif, telles que :
1) Les transferts linguistiques qui se font encore et toujours à 60% en faveur de l’anglais.
2) La construction du McGill University Health Center qui va minoriser à jamais la médecine de langue française à Montréal.
3) L’application de la Charte de la langue française au niveau collégial, puisque les cégeps anglais sont composés à seulement 30% d’anglophones de naissance.
4) La question de l’anglais en première année de primaire alors qu’il est prouvé que l’imposition de cette langue avant même que l’enfant ne maîtrise sa langue maternelle n’a aucune valeur pédagogique.
Ces questions ne sont jamais abordées de front par les hommes politiques québécois. Ni par les éditorialistes, journalistes, médecins, hommes d’affaires, etc. Le Québec est une société où le silence autour de questions centrales à son avenir telles que les rapports intercommunautaires est presque absolu.
Personne –ou presque- ne conteste les décisions politiques qui vont à l’encontre des intérêts des Franco-Québécois. Pendant que le parti libéral défend avec vigueur les intérêts des Anglo-Québécois et des Canadians, le PQ et l’ADQ se taisent et veulent parler des vraies affaires, c’est-à-dire d’autre chose…
Pourquoi est-ce ainsi?
Je crois avoir trouvé un début de réponse dans le livre du sociologue Stéphane Kelly «La petite loterie: Comment la Couronne a obtenu la collaboration du Canada français après 1837» publié aux éditions du Boréal en 1997.
L’auteur explique que pour gagner les chefs patriotes à la Couronne, il a fallu leur faire miroiter les gratifications de la «petite loterie coloniale» selon les termes du Rapport Durham. Cette petite loterie est un système de distribution de faveurs qui vise à gagner l’adhésion du rebelle et à en faire un parvenu- c’est-à-dire un membre de la minorité qui sacrifie les intérêts de celle-ci à ses intérêts personnels. La politique de collaboration réussit en 1840 grâce à l’action d’un petit groupe de parvenus qui accepte ainsi le verdict de Lord Durham. En échange de loyaux services, ils vont recevoir, sous diverses formes, des privilèges de la Couronne. Les causes de la défaite de la rébellion se trouve dans l’alliance scellée entre le bureaucrate anglais et le parvenu.
Pour dire les choses crûment, les anciens rebelles furent achetés.
Il en est encore ainsi aujourd’hui.
