Il est primordial de faire le débat sur l’état réel de la langue française au Québec.

09 janvier 2020

Pour favoriser un réel rapprochement entre tous les citoyens, nous considérons qu’il faut faire le vrai débat : parler non seulement des progrès du français, mais aussi des difficultés actuelles et du chemin qu’il reste à parcourir.
La loi 101 a été un geste historique de libération et d’affranchissement. Cependant, la Charte a été grandement contestée et affaiblie dès son instauration. Rappelons-nous que la loi 101 a subi plus de 200 amendements qui l’ont affaiblie dans la plupart de ses secteurs d’application. Les plus importants amendements sont issus des projets de lois 57, 178 et 86 favorisant le retour au bilinguisme institutionnel et affaiblissant le pouvoir d’attraction du français. Parallèlement, la presse du Canada anglais s’est livrée à une campagne intense de dénigrement du Québec français et de la loi 101, la communauté anglo-québécoise y étant généralement décrite comme une minorité maltraitée. Sous l’effet de tels assauts, la question linguistique est devenue un véritable tabou médiatique et politique. En ce sens, la prétendue « paix linguistique » qu’on nous ressort régulièrement ne sert qu’au ravalement des revendications des francophones. On veut à tout prix éviter de soulever le couvercle de « la marmite linguistique ». Cette attitude collective constitue un recul en soi, car le constat de la situation réelle du français au Québec est ainsi occulté et, de ce fait, l’ensemble de la population québécoise demeure privé d’une information vitale pour son avenir. Une fausse impression de sécurité n’incitera certainement pas à la mobilisation. Par ailleurs, l’absence de réactions a insidieusement légitimé le bilinguisme institutionnel qui s’est répandu dans les services publics et sur le marché du travail. La désinformation, délibérée ou inconsciente, qui laisse croire que la langue française se porte bien et que l’aménagement linguistique québécois relève d’une quelconque intolérance, entrave tout rapprochement « des deux solitudes ». Par contre, l’établissement du français en tant que véritable langue commune et facteur d’appartenance au Québec devrait être l’axe central de toute action visant à réduire, voire à éliminer leur déficit migratoire. Les mêmes mesures seraient également susceptibles d’augmenter le taux de rétention des nouveaux arrivants. Pour inclure, il faut commencer par ne pas s’exclure. Il faut oser faire le vrai débat de fond. Il faut le faire rationnellement et sereinement avec tous les citoyens. C’est une condition d’ouverture et de solidarité.

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