Montréal, le 9 novembre 2007 ─ Au cours de l’opération «Press nine», tenue aujourd’hui au siège social de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, des militants ont pris d’assaut les lignes téléphoniques de divers ministères du Gouvernement du Québec, pour inviter ces derniers et l’Etat québécois à respecter la propre politique linguistique du Gouvernement en ce qui concerne les messages téléphoniques.
A cette occasion, le Mouvement Montréal français et Impératif français ont émis en conférence de presse la prise de position suivante : Faire du français la langue publique commune et officielle, c’est établir un facteur essentiel de l’inclusion des nouveaux arrivants à la société québécoise. C’est réaliser la condition première pour assurer l’avenir du français au Québec, seul Etat majoritairement francophone de l’Amérique du Nord. C’est contribuer à la défense de la diversité culturelle dans la mondialisation. Les lois linguistiques existent partout dans le monde, soit dans plus de 190 Etats et 110 pays. Dans la plupart des Etats développés, sur un territoire donné, une seule langue est utilisée dans l’éducation et les services publics. Le bilinguisme officiel, institutionnel ou social (et non pas individuel) favorise invariablement la disparition progressive des langues minoritaires. Le français est la langue d’à peine 2% de la population nord-américaine. Comme c’est le cas pour la langue officielle dans la plupart des Etats, au Québec le français devrait normalement être non seulement la langue utilisée par les francophones, mais la langue publique commune, c’est-à-dire celle parlée entre citoyens de langues maternelles différentes, ainsi que la langue d’intégration des immigrants. Que les Anglo-Québécois parlent anglais entre eux, les Sino-Québécois, mandarin, les Maghrébo-Québécois, arabe, etc., rien de plus normal. Cependant, lorsque des personnes de langues diverses se croisent au Québec, le français devrait être la langue normale et habituelle de leurs échanges. Tous les francophones, de quelque origine qu’ils soient, sont par ailleurs lésés lorsque les droits linguistiques fondamentaux définis par la Charte de la langue française ne sont pas respectés. La violation du droit de travailler en français atteint durement les nouveaux arrivants francisés, à qui on avait dit que le français est la langue officielle et commune du Québec. Très souvent ces derniers se retrouvent face à des offres d’emploi où la connaissance de l’anglais est exigée sans justification, souvent dans des secteurs qui n’ont rien à voir avec le tourisme ou le commerce international.
Pourtant, la Loi 101 visait à faire du français non pas une langue officielle, mais plutôt la seule langue officielle du Québec. Mais la Charte de la langue française a été grandement contestée et affaiblie dès son instauration. Rappelons-nous que la Loi 101 a subi plus de 200 amendements qui l’ont affaiblie dans la plupart de ses secteurs d’application. Les attaques répétées dont la Charte fut l’objet ont eu pour effet de réinstaurer le bilinguisme institutionnel et de contrecarrer la progression du français au Québec. C’est pourquoi, en 1996, le gouvernement du Québec a formulé par voie de règlement une politique linguistique gouvernementale. Cette politique affirme que «l’Administration doit jouer un rôle exemplaire et moteur dans l’application de la Charte de la langue française». Cette politique prévoit que, de façon générale, l’Administration emploie exclusivement le français dans la rédaction et la publication de ses textes, documents et communications, y compris ceux qui sont diffusés sur support électronique.
Pourquoi est-il important de respecter la prédominance du français dans les services publics? La connaissance de plusieurs langues constitue un enrichissement personnel. Mais le bilinguisme anglais-français des institutions publiques crée un clivage qui nuit à l’intégration. René Lévesque affirmait : «A sa manière, chaque affiche bilingue dit à l’immigrant : il y a deux langues ici, le français et l’anglais; on choisit celle qu’on veut. Elle dit à l’anglophone : pas besoin d’apprendre le français, tout est traduit». De même, si les services publics sont automatiquement disponibles dans les deux langues, les nouveaux citoyens comprendront que la société d’accueil québécoise ne tient pas spécialement à ce qu’ils apprennent le français. Dans le contexte canadien et nord-américain, le français est alors forcément perçu comme une langue utile, mais non nécessaire.
Le bilinguisme institutionnel avantage toujours l’anglais, jamais le français à l’extérieur du Québec, son introduction, là ou elle s’est faite, n’a pas ralenti l’assimilation massive des francophones, qui s’est au contraire accélérée. Les messages d’accueil commençant par «press nine for English», montrent en fait que l’anglais est aussi important que le français, que les citoyens qui ne comprennent pas le français comprennent nécessairement l’anglais, et que l’anglais est la langue commune entre ces citoyens et le reste de la société québécoise ; ce triple message contredit le caractère officiel du français. Il existe bien peu de gouvernements dans le monde qui sentent le besoin d’offrir en premier l’accès à leurs messages d’accueil sur boîte vocale dans une autre langue (lire ici l’anglais) que leur langue officielle et publique commune.
Les gouvernements participant à l’UNESCO qui ont adopté la Convention internationale sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles seraient surpris d’apprendre que le gouvernement du Québec choisit de consacrer et multiplier au sein de ses propres établissements et à sur tout son territoire ces pratiques d’anglicisation. Le Mouvement Montréal français et Impératif français ont donc lancé l’opération «press nine» pour faire pression sur le gouvernement du Québec afin qu’il fasse appliquer dans tous ses ministères et dans toutes les institutions qui relèvent de sa juridiction sa propre politique linguistique!
COMMUNIQUÉ
