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La loi 101 au collégial: la mesure phare

Bien qu’il ait été un grand visionnaire, Camille Laurin ne pouvait pas s’imaginer qu’autant de jeunes obtiendraient des diplômes collégiaux et qu’un nombre si élevé fréquenteraient les institutions postsecondaires de langue anglaise. Actuellement, il y a 8 % d’anglophones au Québec. Pourtant, 11 % de tous les élèves qui fréquentent le primaire et le secondaire vont à l’école anglaise et 16 % vont au collégial anglais. Parmi les étudiants du collégial qui font une formation préuniversitaire, 23 % étudient en anglais. À l’université, c’est 21 % des Québécois qui choisissent une université de langue anglaise.

Dans ses recherches poussées comme député de l’opposition responsable du dossier linguistique entre 2009 et 2011, Pierre Curzi a vu que lorsqu’un jeune quitte le secondaire français pour le collégial anglais, il ne revient jamais à l’université de langue française. Trois allophones sur quatre ayant fait leurs études postsecondaires en anglais travailleront en anglais le reste de leur vie. C’est exactement le contraire qui se produit chez ceux qui font le choix des études postsecondaires en français.

Chez les francophones, 50 % de ceux qui font leurs études en anglais travaillent en anglais alors que 93 % de ceux qui étudient au collégial en français travaillent par la suite dans cette langue. Les chiffres parlent fortement!

Données et études en main, M. Curzi a convaincu la quasi-totalité des députés du PQ et des délégués du Congrès de 2011.

Empêcher les jeunes d’apprendre l’anglais?

Bien que les données justifiaient d’étendre les dispositions de la Charte de la langue française (CLF) au collégial, il subsistait une réticence quant à l’idée d’empêcher l’apprentissage de l’anglais à de jeunes adultes. Le Comité des jeunes du PQ (CNJPQ) comprenait bien la pertinence de la mesure, mais ne voulait pas que ce pas en avant soit perçu par les jeunes comme une fermeture au monde et aux possibilités d’emploi accrues qu’offre la connaissance d’une seconde ou d’une troisième langue.

L’équipe du bureau du député de Borduas et le CNJPQ ont donc proposé de développer des créneaux d’excellence linguistique dans différents cégeps de langue française, où tous pourraient suivre des cours de langue seconde dans le cadre du bloc des cours complémentaires. Ainsi, pour les étudiants ne maîtrisant pas suffisamment l’anglais, ces cours s’ajouteraient aux trois cours déjà prévus dans le bloc des cours obligatoires. Pour les autres, l’apprentissage d’une troisième langue devenait possible. De plus, certains cégeps en perte d’effectifs auraient pu attirer les jeunes des grands centres avec une spécialisation en russe ou en mandarin. La formule était gagnante pour tous.

De la même manière qu’à l’égard des cégépiens, on pourrait prétendre que l’application de la CLF au primaire et au secondaire brime le «droit individuel» et la «liberté de choix» de parents adultes. Mais, rappelons-nous que ce qui était inacceptable en 1977 pour plusieurs est devenu une norme largement acceptée aujourd’hui. Dans un autre ordre d’idées, pourquoi limiter la vitesse au volant? Après tout, c’est un choix personnel de rouler à 150 km/h… La rhétorique de l’adulte libre de choisir ne tenant plus, rien ne justifie de ne pas appliquer la Charte de la langue française au collégial!

Lisée fera reculer le français

La proposition principale du chef du PQ en prévision du Congrès de 2017 fera reculer le français si elle est adoptée dans sa forme actuelle. D’abord, il n’est plus question d’étendre la loi 101 au cégep et, surtout, M. Lisée ouvre la porte à un affaiblissement des cégeps de langue française au profit de cégeps de langue anglaise déjà surpeuplés. Pour contrer la fuite d’un grand nombre de jeunes adultes qui quittent le secondaire français pour le collégial anglais, M. Lisée propose d’offrir une session optionnelle en anglais dans les cégeps anglais chez ceux qui font le choix du cégep français.

Voyons voir! Il y a 142 000 étudiants au collégial français et 26 000 au collégial anglais. Si seulement 25 % des 142 000 étudiants prenaient une session optionnelle, ce serait l’équivalent de 9000 personnes de plus dans les cégeps anglais dont les effectifs représentent déjà le triple du poids démographique des anglophones.

Ce recul imposé par le nouveau chef est attristant puisque d’autres mesures prévues dans sa proposition principale, combinées à l’application de la loi 101 au collégial, auraient eu des effets très structurants. En fait, la loi 101 au collégial est le phare qui permet de mettre en lumière la force de la volonté d’un chef de parti à faire du français la langue commune de l’espace public. Monsieur Legault, Jean-François Lisée vous laisse passer devant si vous voulez!

Eric Bouchard, directeur général Mouvement Québec français et ancien attaché politique de Pierre Curzi

Maxime Laporte, président général de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal

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