La non-application de la loi 101 au cégep est la plus grande porte ouverte à l’anglicisation du Québec

06 mars 2020

Texte du MQF

Il faut impérativement colmater la brèche

Les inscriptions dans les programmes préuniversitaires anglophones, à Montréal, sont en voie de surpasser celles des cégeps français. Selon le chercheur indépendant Frédéric Lacroix, ce phénomène pourrait se produire d’ici trois à cinq ans. Cela implique que les jeunes diplômés des cégeps anglophones fréquenteront ensuite, en très vaste majorité, l’université en anglais. Les statistiques démontrent que 50 % des francophones qui optent pour les études postsecondaires en anglais travaillent, par la suite, dans cette langue. Étudier en anglais et travailler en anglais impliquent aussi, plus souvent qu’autrement, de vivre en anglais. L’augmentation de la fréquentation des cégeps anglophones a donc un effet indéniable sur l’anglicisation du Québec. Étendre la portée de la Charte de la langue française au collégial constitue, sans conteste, une mesure indispensable pour freiner le recul de notre langue. Tous les experts qui se sont penchés sur le sujet abondent dans ce sens. Loin d’être un geste radical, l’application de la loi 101 s’impose comme une action nécessaire pour préserver le statut du français comme langue commune de l’espace public au Québec.

Nous sommes actuellement dans une conjoncture politique rare où les enjeux relatifs au statut du français au Québec sont tout particulièrement à la mode chez nos politiciens. Cette situation est d’autant plus alarmante lorsqu’on se rend compte qu’aucun d’entre eux ne propose ou n’endosse la seule solution qui s’impose pour enrayer la pire cause de l’anglicisation de notre territoire. Il y a fort à parier sur la possibilité qu’à Québec, les partis politiques redoutent de potentielles retombées négatives auprès des médias et des électeurs s’ils endossent l’application de la loi 101 au collégial, alors qu’en réalité, en toute logique, la réaction populaire ne peut être que favorable. En revanche, s’ils ne changent pas de position face aux problématiques engendrées par l’érosion du français, on peut facilement anticiper que les électeurs chercheront à obtenir des comptes de la part des décideurs qui n’auront pas osé mettre en œuvre la seule solution viable pour corriger la situation. Nos politiciens doivent se responsabiliser et remplir leur devoir, car le temps presse. Les Québécois ont clairement démontré qu’ils souhaitent assurer la pérennité de la langue française ; ils méritent d’être entendus. Le laisser-aller linguistique au collégial et ses dérives doivent prendre fin.

Très récemment, le Mouvement Québec français a vivement dénoncé la normalisation de programmes « bilingues » permanents au collégial francophone. La mise en place et le maintien de tels programmes, comme c’est le cas au Cégep de Saint-Laurent, ne peuvent qu’accélérer l’érosion du statut du français. Le MQF a, par ailleurs, exhorté le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, à mettre un terme à l’instauration d’établissements collégiaux de langue anglaise destinés aux étudiants internationaux. En 2017, le Cégep de la Gaspésie et des Îles a ouvert un pavillon montréalais unilingue anglais destiné aux étudiants internationaux souhaitant une attestation d’études collégiales, mais il est manifeste que le Québec n’a strictement rien à gagner d’une espèce de Klondike pour des étudiants étrangers en quête de formations postsecondaires en anglais. Il est absurde que des cégeps régionaux se voient autoriser l’ouverture de campus unilingues anglais à Montréal. Les visées de ces programmes collégiaux en anglais — le cas du Cégep de la Gaspésie et des Îles n’est pas isolé — sont purement lucratives et n’offrent aucun avantage au Québec français. De tels programmes postsecondaires montrent bien que les effets de la non-application de la loi 101 au cégep sont bel et bien tangibles.

Au moment de l’adoption de la Charte de la langue française en 1977, nul n’avait cru nécessaire de réglementer l’inscription au cégep anglais, puisqu’on faisait l’hypothèse que les habitudes linguistiques prises durant la scolarité primaire et secondaire allaient se poursuivre dans la vie publique et professionnelle, peu importe la langue d’enseignement de l’institution postsecondaire. Par la suite, chaque fois que l’enjeu est revenu dans le débat public, les partis politiques se sont défilés, prétextant une probable atteinte au principe d’accès à la connaissance des études supérieures. Toutefois, il ne s’agit pas d’empêcher l’accès à la connaissance, mais bien de s’assurer que le partage soit accessible à l’ensemble de la société par le biais de la langue officielle et commune, le français. Nos politiciens auraient donc tout à gagner à se sensibiliser. Les récentes études démontrent que plus ou moins 40 % des allophones, comparativement à 5 % de francophones (données recueillies en 2011), qui ont réalisé leur scolarité primaire et secondaire choisissent ensuite de fréquenter un cégep anglais à un moment pourtant charnière de leur vie, soit celui où l’on se prépare à rejoindre le milieu du travail et où l’on développe notre appartenance sociale. En 2018, la part occupée par le secteur collégial préuniversitaire anglophone était de 26,6 %, une donnée qui s’aligne presque parfaitement avec l’effectif universitaire anglophone qui représente 25,4 %. De toute évidence, l’étudiant qui choisit de poursuivre ses études dans un cégep en anglais ne retournera pas vers le français comme langue d’enseignement à l’université.

À l’heure actuelle, les cégeps anglophones sont financés à même les impôts des contribuables québécois, ce qui signifie que le Québec finance sa propre anglicisation. Sans remettre en question les droits de la minorité historique anglophone, est-il avisé de payer l’anglicisation d’une grande proportion de la population non anglophone du Québec à même les fonds publics, après avoir mis tant d’efforts pour franciser les jeunes allophones durant leur scolarité primaire et secondaire ? Permettre le « libre choix » au collégial défavorise le français en faveur de l’anglais. Le professeur Charles Castonguay a d’ailleurs prouvé, en s’appuyant sur une étude statistique qu’il a faite des cohortes d’étudiants de 1991 à 2006 (à partir des derniers recensements), que « le libre choix fait échec à l’effet de la loi 101. C’est très profond. Ça touche la langue du travail. Ça touche ensuite la langue qu’on adopte comme langue d’identité, dans l’intimité des foyers ». Manifestement, le passage de francophones (5 %) et d’allophones (40 %) au collégial anglais contribue largement à l’anglicisation du marché du travail.

Si nous voulons mettre un frein aux inscriptions massives dans les cégeps anglophones, et ainsi protéger le statut du français comme langue commune de l’espace public, la seule solution viable est d’étendre l’application de la loi 101 au collégial. Nous ne pouvons pas laisser l’anglais s’institutionnaliser. Une majorité de francophones sont en faveur d’un renforcement de la loi 101, c’est maintenant qu’il faut agir.

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