Article d’Antoine Robitaille paru dans Le Devoir du 28 juin 2011.
La langue
«Les raisins de la colère» ont en grande partie disparu. Même les 12 députés souverainistes dits «jeunes» (parce que nés après 1968), dans leur lettre adressée à Jacques Parizeau, insistent: ils ne sont plus souverainistes pour les mêmes raisons que leurs aînés. Jamais on ne leur a lancé «Speak White». Aucun foreman anglophone ne les a jamais regardés de haut. L’anglais n’est plus pour eux la langue d’Élisabeth II ou de quelque patron ontarien dominant, mais d’abord l’idiome d’Internet; bref, de ces sites web passionnants que le francophone consulte chaque jour.
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Autrement dit, la question linguistique, toujours importante, ne mobilise toutefois plus autant qu’à l’époque des lois 63 ou 22, ou encore lors de l’arrêt Ford sur la loi 101 en 1988. C’est dans une relative indifférence que le gouvernement Charest s’est finalement plié, à l’automne 2010, au jugement byzantin de la Cour suprême sur les écoles passerelles, faisant même voter sa loi sous bâillon. Quelques mois plus tard, le premier ministre Charest a été applaudi lorsqu’il annonça en grande pompe l’enseignement intensif de l’anglais à la fin du primaire.
Or l’attachement viscéral à la langue française fut un des piliers de la grille Meech. Une certaine sécurité culturelle doublée de l’effet Internet fait croire aujourd’hui à plusieurs que l’anglais doit même être accueilli jusques et y compris dans les célébrations de la Saint-Jean. Christine St-Pierre peut même annoncer, sans provoquer une levée de boucliers, que le ministère de la Culture aidera la chanson anglophone québécoise à rayonner à l’échelle internationale. Un nouveau rapport avec la langue s’instaure.
